Le désherbage ultra-localisé des rumex et des chardons est une solution pour maintenir des surfaces productives en herbe, alors que par manque de main-d’œuvre, certaines infestations peuvent conduire au découragement et à des pertes économiques importantes.
Les invasions de rumex et de chardons dans les prairies semblent devenir de plus en plus problématiques dans certains secteurs. Fléau face auquel les éleveurs ont peu de solutions. Le premier levier, le plus fastidieux, est de passer avec un outil à main (arrache-rumex) pour tirer les vivaces avec la racine. Le pulvérisateur à dos est une autre option, ainsi que le désherbage en plein au pulvérisateur. Cependant, les traitements en plein n’apportent pas toujours satisfaction. D’une part, l’herbe est freinée chimiquement dans sa pousse. D’autre part, ces traitements ciblant les dicotylédones pénalisent fortement les légumineuses qui sont par ailleurs d’un grand intérêt en matière d’autonomie sur une exploitation herbagère. En outre, les solutions techniques phytosanitaires sont de plus en plus limitées, y compris dans leur efficacité.
L’intérêt est donc grand de la part des éleveuses et des éleveurs touchés en système herbager pour trouver des solutions de traitement mécanisées en ultra-localisé. Pour répondre à cette problématique, la Cuma La Pratique du Teilleul, dans la Manche, s’est équipée de la machine ARA de la start-up suisse Ecorobotix. Cette machine, dopée à l’intelligence artificielle, reconnaît les mauvaises herbes avec une précision très fine associée à un déclenchement de buses capables de traiter des ronds au sol de 6 cm de côté. Selon les responsables de la Cuma, le dispositif permet de détruire environ 95 % des rumex, lorsqu’ils sont traités au bon stade, avec une économie de produits d’environ 96 % par rapport à un désherbage en plein.
Un débit de chantier modéré
En pratique, le débit de chantier réel est souvent inférieur aux capacités annoncées. La vitesse d’avancement doit être modérée pour assurer une détection fiable et l’ouverture/fermeture des buses au bon moment, notamment lorsque la présence de mauvaises herbes est importante.

Fédérer les agriculteurs
Il semble que la Cuma manchoise soit l’une des plus avancées dans la mise au point d’un modèle économique et organisationnel performant. Les adhérentes et adhérents sont parvenus en effet à mutualiser cet outil qui doit pouvoir traiter entre 700 et 1 000 ha par an pour assurer un équilibre avec un coût à l’hectare modéré. Pour sa première année d’acquisition de la machine en 2024, la Cuma « La Pratique » avait même dépassé cet objectif avec le traitement de 1 400 ha de prairies répartis auprès d’environ 150 exploitations. Un très grand nombre d’agricultrices et d’agriculteurs est donc nécessaire pour pouvoir amortir le matériel, et un fonctionnement à plusieurs Cuma a été requis. À l’avenir, des outils numériques pourraient aussi aider à organiser de façon plus simple et performante le partage au sein de groupes aussi étendus. Le déploiement à grande échelle de ces solutions de l’agriculture de précision ne doit en effet pas s’arrêter à la conception de machines performantes. Le travail d’appropriation est d’une grande importance et peut mériter un accompagnement sur le plan humain et organisationnel.

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Respect des légumineuses
En épargnant la flore utile, particulièrement les légumineuses telles que le trèfle, l’ARA peut contribuer à maintenir un couvert diversifié sur les exploitations agricoles, et donc de la performance et de l’autonomie dans les systèmes herbagers.