Les plantes compagnes alliées de la lutte contre les bioagresseurs

Permettant parfois de limiter la présence des ravageurs, les légumineuses compagnes de la culture du colza participent surtout à sa robustesse et donc à la lutte contre les bioagresseurs.

« Terres Inovia a tout d’abord accompagné des producteurs qui ont introduit des légumineuses dans les cultures de colza dans un objectif de fertilité des sols il y a une quinzaine d’années » rappelle Jean Lieven.  L’ingénieur régional Normandie et ouest Île-de-France chez Terres Inovia, indique : « nous avons observé que ces plantes compagnes ou couverts associés présentaient des atouts dans la lutte contre les bioagresseurs ». Globalement, le statut azoté du colza lui permet de mieux supporter la pression des insectes et au-delà les aléas de la campagne. Des gains de rendement sont obtenus jusqu’à 6 quintaux par hectare et des effets sur la nutrition de la culture suivante sont observés.

Ces légumineuses s’avèrent particulièrement intéressantes face au développement des larves d’altises et charançons du bourgeon terminal entre novembre et février. « Limitant parfois le nombre de larves, elles participent surtout à la robustesse du colza en favorisant l’absorption minérale et dans certains cas l’enracinement de la culture ». Ce dernier phénomène est plus particulièrement marqué en association avec de la féverolle dont le système racinaire pivotant et profond contribue à une fissuration du sol. 

Couverture du guide expert intitulé “Réussir son colza pour la campagne 2025”

Réussir son colza pour la campagne 2024

  • Choisir le bon couvert végétal pour un maximum de bénéfices agronomiques
  • Fertilisation, bien raisonner ses apports pour optimiser sa marge
  • Des technologies de désherbage mécanique toujours plus précises

Atteindre 200 à 250 g de matière fraîche en entrée d’hiver

Si elle est adaptée à tout type de sol, cette pratique s’avère plus particulièrement pertinente dans ceux à fertilité plus faible où la biomasse des plantes compagnes sera complémentaire de celle du colza. 

Du coté de la maîtrise des adventices, Jean Lieven indique « le couvert ne limite pas leur germination mais peut favoriser leur étouffement et leur ombrage directement ou via le développement du colza ». Toutefois, les associations impliquent un allègement des programmes herbicides ce qui peut être préjudiciable en termes de salissement. L’ingénieur régional souligne : « les parcelles présentant un fort salissement par des dicotylédones ne sont donc pas adaptées à cette pratique ».

« Il est intéressant d’associer plusieurs espèces de légumineuses pour combiner leurs atouts en termes de vitesse d’installation, de capacité à fixer l’azote et de pourcentage de levée, recommande Jean Lieven. Les semis doivent être réalisés avant le 20-25 août. En effet, les légumineuses introduites sont des plantes sélectionnées pour une implantation au printemps et nécessitent une somme de température importante pour leur développement ». L’objectif est d’atteindre 200 à 250 g par mde matière fraiche des plantes associées en entrée d’hiver. 

Un autre point concerne leur destruction. Si les espèces recommandées sont gélives, la raréfaction de ce phénomène du fait du changement climatique peut nécessiter un désherbage idéalement en décembre. « Des solutions de destruction existent jusqu’à fin janvier voire début février » ajoute toutefois Jean Lieven. 

Vers des intercultures pièges ? 

« Nous étudions actuellement des stratégies nouvelles de type paysagères » indique Jean Lieven. Inspiré par les travaux sur les plantes compagnes, Terres Inovia teste actuellement l’introduction de certaines espèces tel le radis chinois dans les couverts à proximité de cultures de colza. Ces espèces sont autant voire plus attractives pour les altises adultes que le colza. « Elles peuvent contribuer à détourner une partie des altises et donc à réduire la pression » note l’ingénieur régional de Terres Inovia qui déconseille de les introduire dans la culture. Il ajoute : « cela implique de raisonner l’itinéraire technique au-delà de la parcelle comme un outil paysager ».