En produisant 50 Mt de maïs de plus que l’an passé, les Etats-Unis ne parviendront pas à trouver suffisamment de débouchés sur leur marché intérieur et à l’export pour écouler leur production de 427 Mt. Ils achèveront la campagne avec des stocks de report supérieurs de 20 Mt à la précédente.
Il n’y a jamais eu autant de maïs bon marché disponible l’export dans le monde et pourtant les pays importateurs ne se précipitent pas pour en acheter. La Chine est de nouveau la grande absente de ce début de campagne. Elle mise sur sa récolte (295 Mt) et ses stocks pléthoriques (193 Mt) pour approvisionner son marché intérieur déficitaire de près de 25 Mt. Elle n’importerait que 10 Mt de maïs cette campagne-ci, moitié moins qu’en 2023.
Or cette année, les Etats-Unis produiraient 427 Mt de maïs selon l’USDA, soit 50 Mt de plus que la campagne précédente. Cette récolte repose sur l’implantation de 39 Mha et des rendements atteignant 12 tonnes par hectare.
La première puissance économique mondiale devrait exporter plus de 90 Mt de grains pour ne pas commencer la prochaine campagne avec des stocks de report importants.
L’augmentation de la production américaine de maïs annoncée au mois d’août a surpris. Elle contribue largement à la croissance de 60 Mt de la production de cette céréale à l’échelle mondiale estimée à 1 288,56 Mt par l’USDA.
Par ailleurs, la progression de près de 10 Mt des échanges commerciaux de maïs dans le monde (200 Mt au total) profiterait uniquement au Brésil, à l’Argentine et à l’Ukraine partis pour récolter 8-10 Mt de grains de plus pour l’export afin de répondre aux demandes croissantes de leurs principaux clients. Les productions argentine (53 Mt) et ukrainienne (32 Mt) progresseront respectivement de 3 Mt et de près de 5 Mt.
A contrario, la politique douanière du président américain Donald Trump dissuade pays importateurs, souvent acculés de taxes à l’export vers des Etats-Unis, de privilégier l’origine américaine.
Les farmers américains sont d’ores et déjà les premières victimes de cette politique isolationniste.
Selon l’USDA, les Etats-Unis parviendraient difficilement à exporter autant de maïs que la campagne passée (72 Mt) et ils n’en consommeraient que 332 Mt (+ 14 Mt). Aussi, l’excédent sera stocké.
Certes l’augmentation de 20 Mt de leurs stocks de fin de campagne compensera allègrement, à l’échelle mondiale, le déstockage opéré par la Chine (- 18 Mt).
Mais le maïs américain engrangé est voué, un jour ou l’autre, à être mis sur le marché. Aussi, leurs stocks de report estimés d’ores et déjà à 57 Mt, sont l’épée Damoclès des marchés durant cette campagne voire la prochaine si aucun accident climatique ou géopolitique ne survient entre temps pour rebattre les cartes.
Une petite récolte européenne à petits prix
Les marchés mondiaux sont insensibles aux conditions climatiques caniculaires qui se sont abattues à deux reprises cet été en France et au sud de l’Union européenne (UE). La production française de maïs estimée à 13,7 Mt le 1er août dernier par le service de la statistique du ministère de l’Agriculture paraît très optimiste. Depuis, les conditions de cultures se sont nettement dégradées. Semaine 36 close le 08 septembre dernier, FranceAgriMer les a notées bonnes à très bonnes à 62 %, soit 17 points de moins que l’an passé.
Les planteurs de maïs vont être contraints d’écouler une petite récolte à petits prix !
En fait, la sécheresse n’épargne aucun pays européen producteur de maïs. En Union européenne (UE), l’USDA anticipe une production de 58 Mt dans son dernier rapport publié le 11 août dernier. Là encore, l’impact de la dernière période caniculaire n’a pas été pris en compte.
Mais l’UE et les autres pays structurellement importateurs de la planète pourront compter sur les marchés pour acheter les quantités de grains qu’ils n’auront pas engrangées. Leurs déficits relanceront à la marge les échanges commerciaux de maïs. Ces deux derniers mois, deux millions de tonnes ont déjà été importées du Brésil, des Etats-Unis et d’Ukraine.
Le Mexique, dorénavant le 1er pays importateur au monde de grains, projette de s’en faire livrer 25,8 Mt (+ 8 Mt en trois campagnes) et les Vingt-sept pays européens pris dans leur ensemble, 23 Mt, selon l’USDA. Mais ces regains d’intérêt pour la céréale ne permettront pas d’éviter l’engorgement des marchés.
Mais dans les prochaines années, le Brésil sera moins menaçant sur les marchés car le pays produit de plus en plus de maïs pour transformer la céréale en éthanol aux dépens de la canne à sucre. Le pays a augmenté le taux d’incorporation d’éthanol dans le carburant des voitures qui roulent à l’essence. Les dizaines de millions de tonnes de maïs ainsi transformées sont autant de millions de tonnes qui ne seront pas exportables.