La filière sucre fragilisée par les contraintes environnementales

L’Union européenne sans renoncer à consommer moins de sucre pour compenser la baisse de sa production de betteraves sucrières,  est devenue une importatrice majeure. Dans le reste du monde, la production de sucre croît continuellement jusqu’à être excédentaire durant certaines campagnes.

En France, 393 000 ha ont été semés le printemps dernier selon Agreste, soit 4,6 % de moins que la campagne passée. La profession mise sur des rendements élevés pour atténuer des coûts de production, rapportés à la surface, en hausse ainsi que des cours du sucre volatils et imprévisibles. La guerre douanière lancée par Donald Trump, le président des États-Unis, sème en effet le trouble sur l’ensemble des marchés des commodités. 
À  l’échelle de l’Union européenne, l’USDA anticipe une baisse des surfaces de betteraves semées de 10 % comparée à 2024, et une production de sucre en repli de 9 %. Elle n’excéderait pas 15 millions de tonnes (Mt). 

De nombreux planteurs européens se détournent de cette production. « Ils sont de plus en plus privés d’outils efficaces pour protéger la betterave sucrière contre les organismes nuisibles. La gestion des résistances devient un problème et le risque de mauvaises récoltes (avec une perte de rendement pouvant aller jusqu’à 70 %) augmente », soutient Élisabeth Lacoste, directrice de la Confédération internationale des betteraviers européens (CIBE) à Bruxelles. 

L’Ukraine va privilégier l’export en dehors de l’UE

Bien que l’Union européenne soit toujours le troisième producteur de sucre au monde, elle est devenue une puissance structurellement déficitaire de 1,4 Mt. Elle exporterait cette année moitié moins de sucre (1 Mt) qu’en 2024 et en importerait 2,4 Mt. 

Ce ne sera pas d’Ukraine puisque le 7 juillet dernier, le contingent à droit zéro a peu ou prou été ramené, par la Commission européenne, à 100 000 t en année pleine. Or durant les deux premières années de guerre, le pays constituait le premier exportateur de sucre en UE. Jusqu’à 500 000 t en 2023-2024 ont été expédiées sans droit de douane. « La surface implantée de betteraves avait alors augmenté de plus de 25 % en réponse à l’attractivité du marché européen », analyse Élisabeth Lacoste, par ailleurs contributrice du Cyclope 2025. 

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Selon l’USDA, seules 1,5 Mt de sucre seraient produites cette année en Ukraine au regard des surfaces déclarées semées et en se référant aux rendements et taux de sucre moyens. Et comme la consommation nationale n’excèderait pas 890 000 t, le disponible exportable serait de 750 000 t, en puisant sur ses stocks. 

Mais selon Ukragroconsult, les exportateurs de sucre ont déjà pris les dispositions nécessaires pour réorienter leurs exportations vers l’Afrique, le Moyen Orient et l’Asie puisque l’accès du marché européen s’est réduit à peau de chagrin. 

Avant la guerre, l’Ukraine produisait du sucre pour couvrir ses besoins. Le pays ne faisait pas partie du club restreint des exportateurs. Mais depuis trois ans, la consommation nationale a diminué de 26 % comparée à 2011 en raison de la perte de 20 % du territoire national, de l’absence des 6,7 millions de réfugiés qui ont quitté le pays et des nouvelles habitudes alimentaires prises par ceux qui sont restés. Les ménages ukrainiens fabriquent également moins de confiture et la consommation d’édulcorants, remplaçant une partie du sucre entrant dans les formules des produits alimentaires, s’avère en pleine expansion.

L’Inde a les moyens de plomber les prix

Selon l’USDA, 65 Mt de sucres seront exportées dans le monde en 2025-2026. Le Brésil (35,8 Mt exportables) renforcera sa position de leader mondial. La Thaïlande (10 Mt – 5e producteur en 2024) sera toujours le deuxième fournisseur international (7 Mt) même si elle n’a pas les moyens de renouveler son record de 2024 (10 Mt).

L’Inde, un des pays les plus imprévisibles de la planète, donc des plus redoutés sur les marchés mondiaux du sucre, annonce une production de 35,3 Mt en hausse de 25 % sur un an. Les 7-8 Mt supplémentaires seront en partie consommées et stockées. Seules 4 Mt seraient exportées en 2025-2026. Mais l’Inde a les moyens d’engorger les marchés et de faire effondrer les cours du sucre ! 

cinq pays couvrent plus des trois quarts des échanges mondiaux (50 Mt sur 69 Mt). Pour les autres, ce marché est avant tout un débouché pour leurs excédents. Ils produisent d’abord du sucre pour couvrir leurs besoins. La Russie (6,2 Mt mais seulement 550 000 t exportables) en est un cas d’école.

Face à eux, vingt-cinq pays importent à eux seuls 47 Mt de sucre, avec en tête la Chine (5,3 Mt) et l’Indonésie (5,1 Mt) mais aussi les États-Unis (2,4 Mt) et l’Union européenne.

Un marché planétaire sous emprise géopolitique

Le marché mondial du sucre revêt une dimension géopolitique qui l’éloigne de ses fondamentaux. Les différentes décisions commerciales et les blocages imposées par les États-Unis, l’Inde ou encore la Chine, par exemple, sont de nature à créer des troubles et de la volatilité, selon Elisabeth Lacoste. L’accord UE-Mercosur pour le sucre et l’éthanol prévoit une ouverture contingentée du marché européen.

Cette campagne-ci, l’USDA estime la production mondiale de sucre à 189 Mt en 2025-2026, soit 8 Mt de plus que la précédente. Mais seuls 20 % de cette production sont issus de betteraves sucrières. L’Inde (35 Mt) est le principal moteur de cette croissance (+7 Mt). Toutefois, le marché mondial de l’export (65 Mt) se rétracterait de 2 Mt. Le Brésil (44,7 Mt en 2025-2026) transforme environ la moitié des cannes à sucre en éthanol employé pour faire rouler le parc de voitures hybrides rechargeables. La proportion varie constamment en fonction du prix du baril de pétrole.