Kokiriki exporte l’alternative végétale française

La PME de Pontchâteau, en Loire-Atlantique, réalise 60 % de son chiffre d’affaires à l’international. Elle utilise 95 % de matières premières françaises et vise le 100 %. 

Kokiriki multiplie les présences sur les salons en France comme à l'international.

L’anecdote est savoureuse. En Allemagne, le coq chante Kikeriki ! Son cousin espagnol annonce le jour avec Quiquiriqui !, qui devient Chicchirichi ! en Italie. Choisir comme nom de marque Kokiriki et porter en étendard le coq tricolore relève donc d’une stratégie très orientée export. Et couronnée de succès : l’entreprise, spécialiste des alternatives végétales dirigée par la famille Jouault, réalise 60 % de son chiffre d’affaires à l’international, dans une quinzaine de pays : Japon, Équateur, Italie, Allemagne, Espagne… L’export était déjà au cœur du développement de Nature & Moi, spécialiste des fromages végétaux, cédé par les Jouault au groupe Bel en 2020. Deux ans plus tôt, la famille s’était donc lancée dans l’aventure Kokiriki en démarrant par la production de charcuteries végétales. La société a implanté en 2020 son outil industriel à Pontchâteau (44), dans les anciens locaux de Frais Émincés. L’usine de 2 700 m² est certifiée IFS et BRC aux niveaux supérieurs. Au fil d’investissements réguliers, elle est aujourd’hui équipée de huit lignes de production qui permettent à Kokiriki de maîtriser en interne de nombreux process : mélanges à froid et à chaud, machine de formage pour les hamburgers, ligne basse température, surgélation, ligne panée, la dernière installée…

« La gamme la plus large de France »

Ses équipements ont permis à la marque de déployer son savoir-faire dans plusieurs univers. Après les substituts aux produits charcutiers, Kokiriki s’est consacrée aux alternatives à la viande de bœuf, à la volaille et aux produits de la mer. Cinq ans après la cession de Nature & Moi à Bel, la société a retrouvé le droit de faire du fromage végétal. Résultat, « avec 60 références, nous avons la gamme la plus large de France », annonce Thibault Jouault, en charge de la commercialisation et de la communication dans la PME 100 % familiale. Son père Bertrand, riche de vingt années de veille et d’expertise dans le végétal, assure la R&D et la création des recettes. La marque lance une dizaine de nouveautés par an. Son produit signature est le cordon vert. Elle se distingue aussi avec son simili bœuf le Cowboy, façon bouchère, et par ses fromages véganes aux goûts typés, comme le Cheesy Goaty et le K’membert Wheels. 

À l’écoute des tendances de consommation, Kokiriki a lancé des gammes de produits de snacking et pour l’apéritif. La société creuse depuis peu deux nouveaux sillons. Agréée bio fin 2025, elle démarre avec deux références, un égrainé à base de protéines de blé ou de pois, et un sauté végétal à base de fève et de pois. Une gamme de légumineuses a aussi été lancée, avec également deux références, lentilles corail et falafels. 

Vers un sourcing 100 % français 

Dans un marché en croissance et fortement concurrentiel, la PME de Pontchâteau, qui emploie une vingtaine de salariés, dispose d’atouts pour performer. Son statut de fabricant lui permet de répondre à des demandes d’industriels, de MDD et même d’autres acteurs du marché en sous-traitance. Un travail à façon qui stimule ses capacités créatrices. Kokiriki est adepte de l’amélioration continue, revoyant régulièrement ses recettes pour en améliorer la valeur nutritionnelle. « On optimise chaque année nos produits, comme notre Cordon vert. Beaucoup de nos produits sont désormais Nutri-Score A ou B. Nous sommes à l’écoute de nos clients pour nous améliorer, c’est plus facile quand on fabrique », relève Thibault Jouault. Kokiriki se distingue aussi par le choix des matières premières. « On utilise très peu de soja, on a souhaité donner une orientation différente de certains acteurs présents sur le marché », explique le dirigeant. À la place du soja, ingrédient allergène et à l’image dégradée, Kokiriki utilise des protéines de pois, de millet, de tournesol ou encore de blé. On retrouve également dans la composition des produits des fibres d’acacia et de chicorée, des arômes et des colorants naturels, comme des extraits de cassis, d’abricot, de pomme ou de carotte, et pas de conservateurs. Ces ingrédients sont sourcés en France à 95 %, le reste provenant de pays limitrophes, avec un objectif d’être 100 % tricolore d’ici fin 2026. L’approvisionnement en tournesol et en pois se fait en partie dans un cadre régional, Kokiriki affichant sa volonté de grandir comme acteur du Grand Ouest, tant dans ses achats que dans ses débouchés. « Nous travaillons avec des fournisseurs français que nous connaissons depuis des années, dont des acteurs régionaux qui se développent », souligne Thibault Jouault, sans vouloir en dire plus par souci de confidentialité.

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Local et international 

La même discrétion entoure la divulgation du chiffre d’affaires, annoncé « entre 1 et 2 millions d’euros ». Les ventes se répartissent ainsi : 50 % en GMS et retail, 30 % en food service et 20 % en industrie. L’export pèse donc 60 % du CA. Le démarrage aux États-Unis, jugé prometteur, a été freiné par la politique protectionniste du président américain. « Mais Trump nous a ouvert des marchés par ricochet, au Mexique, en Uruguay, en Équateur, au Canada », indique Thibault Jouault. En GMS, les produits Kokiriki se retrouvent dans les rayons de grosses enseignes telles que REWE et Edeka, en Allemagne, Billa en Autriche ou encore Aeon au Japon. En France, le référencement est national chez Intermarché et Monoprix, régional chez Leclerc et Système U. « Intermarché nous a fait confiance en premier, il y a quatre ans. Nous avons une dizaine de produits au national chez eux », précise Thibault Jouault. Au total, les alternatives végétales de Kokiriki sont présentes dans 300 points de vente en France et plus de 700 hors des frontières. Poussée par la montée du flexitarisme, la PME bénéficie sur le plan national de la loi EGalim pour prendre des positions en restauration collective. Kokiriki travaille avec des distributeurs régionaux comme le groupe Le Saint ou en direct avec des cuisines centrales de son périmètre proche. « Nous avons des produits qui respectent les cahiers des charges EGalim. Le secteur de la restauration collective progresse et nous voulons prôner le circuit court et le régional », indique Thibault Jouault. Du local au global en quelque sorte.

Des produits primés

Faute d’avoir les moyens pour des campagnes publicitaires, Kokiriki assure une forte présence sur le terrain, chez ses clients et sur les salons dans le monde entier. Ses produits y ont remporté quelques prix ces dernières années. Son saumon végétal vient de remporter le prix du meilleur poisson des saveurs véganes 2026 de PETA France. La PME avait dévoilé au SIAL 2024 ses innovations en matière de produits de la mer et de snacking. Côté distributeurs, elle avait fait partie fin 2023 des lauréats du challenge référencement de la FEEF (Fédération des entreprises et entrepreneurs de France) et d’Intermarché, et a ainsi bénéficié de 6 mois de référencement en flux poussés chez les Mousquetaires. Mais son plus beau trophée remonte à l’édition 2022 du Gulfood à Dubaï, l’un des plus grands salons alimentaires mondiaux. Kokiriki y avait remporté le prix du produit le plus innovant dans la catégorie des produits frais et surgelés pour son Veg-Toona.

Le Veg Burger, façon bistrot, est une des références phares de Kokiriki.
Le Veg Burger, façon bistrot, est une des références phares de Kokiriki.