Juan Manuel Perez Caicedo et sa famille, réfugiés dans leur propre pays pour fuir les guérilleros, se refont une situation dans une petite ferme dédiée à l’agriculture de subsistance. A 17 ans, Juan ambitionne de se lancer dans l’élevage laitier. Aujourd’hui, son seul capital est ses bras et son courage.
A El Palmar, Dagua, Valle del Cauca à 462 km au sud-ouest de Bogota, l’association Univitale de Occidente (Asouno) a décidé d’amarrer un groupe de 150 petits paysans à l’économie de marché.
L’association dirigée par Jorge H.Segura, souhaite construire avec la majorité d’entre eux une filière locale de producteurs de cacao biologiques, de la plantation des parcelles à la commercialisation des fèves torréfiées.
Le rendement escompté par hectare n’excèderait pas 400 kg de fèves séchées vendues 11 € le kilogramme (contre 8 € pour le cacao conventionnel). Mais le chiffre d’affaires réalisé permettrait aux paysans engagés dans ce projet, de dégager un revenu suffisant pour nourrir décemment leur famille et avoir les moyens financiers de développer leurs fermes.
Aujourd’hui, ces petits paysans pratiquent une agriculture de subsistance pour nourrir leur famille faute de moyens économiques pour faire mieux. La plupart d’entre eux sont des afro-colombiens très pauvres, discriminés en raison de leurs origines depuis des siècles.
L’Asouno soutient aussi les familles de réfugiés qui ont fui les guérilleros. Elles ont tout perdu quand elles font appel à l’association.
Originaire d’Herrera, dans le département de Tolima, au sud-est de la Colombie, Juan Manuel Perez Caicedo, jeune agriculteur de 17 ans témoigne : « ma famille a été menacée de mort par les guérilleros. Elle a été contrainte à deux reprises de fuir sa maison et son cybercafé en abandonnant tous leurs biens ».

Au mois d’avril 2025, cession de formation à la culture de Cacao. Jorge est entourée de quatre femmes membres de l’association Asouno.
Sans revenus, les parents de Juan Manuel se sont lancés dans l’agriculture pour se nourrir et pour financer les scolarités de leurs deux enfants. A leur arrivée à El Palmar, une propriétaire leur a mis à disposition une petite maison avec son lopin de terre d’un hectare pour y cultiver des fruits et des légumes en échanges d’une partie de leurs récoltes. Mais ils doivent aussi entretenir la ferme.
En aidant ses parents, Juan Manuel est devenu passionné d’agriculture. A 17 ans, il dirige avec son père la petite ferme tout en poursuivant ses études agricoles, avec l’ambition de devenir un ingénieur agronome… s’il a les moyens de financer sa scolarité.
« Actuellement, notre activité repose sur la production et la commercialisation de petites quantités d’agrumes, de bananes, de champignos et d’avocats, explique Juan Manuel. Mais nos revenus sont très faibles (300 €/mois). Nous n’avons jamais été indemnisés pour les destructions occasionnés par les guérilleros ». Comme la plupart des victimes, la famille de Juan n’a pas pu prouver qu’ils en étaient les auteurs.
Aussi, elle n’a pas les ressources pour acheter les intrants nécessaires pour investir et produire davantage de fruits, déplore le jeune agriculteur. Et les organismes bancaires n’accordent des prêts qu’à des agriculteurs déjà bien installés, qui ont les moyens de cautionner les fonds alloués.

Stockage de champignons séchés
A défaut, l’association Univitale de l’ouest (Asouno) envisage de se rapprocher d’une organisation européenne de microcédit pour financer des premiers projets tels que celui de Juan.
« Nous voulons promouvoir l’agriculture auprès de jeunes formés, en mesure de suivre leur scolarité, afin qu’ils puissent avoir un revenu sécurisé et décent, explique Jorge H.Segura, le coordinateur d’Asouno. Sinon, beaucoup d’entre eux migreront vers les zones urbaines et se déconnecteront de leurs coutumes ancestrales ».
« Mon rêve est d’avoir ma propre ferme et de produire une variété de produits pour les commercialiser à l’international mais aussi contribuer à la sécurité alimentaire de la planète et de créer des emplois », soutient Juan.
En attendant, la micro-ferme de Juan servira de tremplin pour accroître ses activités agricoles. Et à ce jour, produire du lait et le vendre est la production la plus appropriée sur l’hectare de terre disponible.
Juan projette l’achat de deux vaches gestantes de 6 mois en deuxième vêlage de race Guir, à la fois reconnue pour ses aptitudes laitières (jusqu’à 5 000 l par lactation) et bouchères. Originaire d’Inde, l’espèce est couramment élevée en Amérique du sud
Outre l’acquisition des animaux (7 millions de pesos ou 3 200 €), le futur éleveur investirait dans du matériel de traite et de conservation du lait (transport et stockage frigorifiques pour 4 600 €).
Un revenu récurrent
En vendant leur lait au détail, ils dégageraient un chiffre d’affaires quotidien d’une trentaine d’euros et un revenu 15 €. Chaque année, ils vendraient aussi deux veaux à moins qu’ils ne décident d’élever les génisses.
Leur lopin de terre leur permet de nourrir jusqu’à quatre vaches. Dans quelques années, les vaches de réforme pourront aussi être bien vendues à l’abbatoir.
Cette activité laitière sera complétée par la production actuelle de légumes et de fruits en ventes directes. A moyen terme, quand le troupeau se sera agrandi, ils chercheront de nouvelles terres à louer ou à acheter.
En attendant, c’est à partir de cette activité laitière que Juan envisage de donner une dimension professionnelle à sa ferme.
Légende photo en tête: Jorge récolte ses avocats cultivés sur la parcelle familliale