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« J’ai gagné en débit grâce à ma coupe »

Les performances de battage et de séparation d’une moissonneuse batteuse dépendent en premier lieu de sa qualité d’alimentation. Conscients de cet aspect fondamental, Thierry et Patrick Hurtaut ont fait le pari du draper il y a quatre ans, une barre de coupe dont la mission est d’amélio- rer leur débit de travail autant que leur confort de conduite.

A la veille des moissons, ces deux agriculteurs et entrepreneurs près de Sézanne dans la Marne vérifient une dernière fois que leur matériel soit prêt. S’ils exploitent aujourd’hui une surface de 300 hectares de cultures traditionnelles en Champagne; des céréales, du colza, de la luzerne et des betteraves notamment, ils vont bientôt avoir la responsabilité de moissonner un total de 650 à 700 hectares. « Mais avec du matériel aussi performant, ce serait presque des vacances » se réjouit Thierry, qui reprendra le volant sa machine. « Il y a dix ans, nous faisions encore des pommes de terre. Mais il fallait renouveler un matériel vieillissant. Nous avons préféré cesser cette culture et voir autre chose. Proposer nos services notamment pour différentes activités. » se rappelle Patrick, son frère. « Ça nous a considérablement assoupli notre planning de travail et même permis de travailler différemment, avec nettement moins de contraintes à la période de l’irrigation. » L’entreprise ainsi créée travaille d’abord pour la SCEA familiale, qui n’a à ce jour plus qu’un pulvérisateur sur son parc. « Mais nous travaillons en prestation de A à Z chez des clients et notre activité phare, c’est la moisson ». Au fil des ans, les frères Hurtaut font évoluer l’unique moissonneuse de leur écurie. « Nous avons progressé en largeur de coupe à mesure que nous avons été sollicité. » se rappelle Thierry. « Nous sommes vite passés de 7,5 à 9 puis 10,7 mètres. »

Une expérience renouvelée

Il y a quatre ans, Thierry et Patrick recherchent des solutions pour améliorer leur débit de chantier et gagner en confort de travail. Ils font l’acquisition d’une John Deere S680i d’occasion avec sa coupe d’origine. Mais leur objectif était d’acquérir une coupe à tapis MacDon à terme.

« Elle avait quelques campagnes à son actif, mais ça ne nous faisait pas peur d’acheter une occasion. Elles sont simples, conçues pour durer et n’avons pas eu à le regretter » commente Thierry. Malgré leur satisfaction pour cet accessoire, ils profitent d’une opportunité commerciale pour renouveler leur ensemble l’année dernière, et font l’acquisition d’une S780i et d’un draper John Deere, ce qui leur permet de mieux digérer, dans la note globale l’achat de cet accessoire. « Le surcoût de 15% par rapport à une coupe à tablier télescopique est son principal frein à l’achat. Il faut donc l’envisager sur le long terme et ne pas la remplacer systématiquement à chaque changement de moissonneuse ».

Les coupes à tapis ne font plus peur en Europe. Elles ont profité de nombreuses améliorations pour récolter un grand nombre de cultures dans toutes les conditions.
 

A ne pas confondre avec les coupes tradition- nelles dont l’alimentation est régulée par des tapis, puis une vis classique (Zürn Premium Flow ou AGCO Powerflow), la coupe à tapis ou « draper » se dispense de la vis principale d’alimentation. A la place, deux tapis robustes sont entrainés hydrau- liquement et renvoient la récolte de l’extrémité du lamier vers un tapis central. La culture est présentée au convoyeur de façon plus régulière et ordonnée en nappe, sans paquets, rendant l’alimentation et donc le processus de battage/séparation plus fluide. De même pour le moteur de la machine, qui n’a plus à digérer des piques de charges et peut travailler à un régime plus constant. La meilleure exploita- tion de la puissance et des organes de la machine permet, potentiellement,   l’usage   d’une   largeur de coupe supérieure ou au contraire l’utilisation d’une machine moins puissante. « Par rapport à une machine similaire équipée d’une coupe classique, nous avons gagné 1,5 mètre et 1 km/h. Ce n’est pas rien! » argumente Thierry.

Pour le transport, la MacDon disposait de ses propres roues de transport. « Je préfère le chariot Cochet à roues directrices de ma John Deere, plus sûr et maniable » rappelle Thierry.
 

Et ce ne sont pas les graminées résistantes qui vont ralentir le chantier. « Cette année, on a réussi à calmer le vulpin, mais pas le ray grass. Et même si nous avons cru nous être débarrassé des coquelicots, ils sont repartis de plus belle. A se demander s’il ne va pas falloir ressortir la charrue » se questionnent-ils. « Mais avec une bonne coupe ça va aller tout seul. Il n’y a pas de paquets, c’est fluide que ce soit en cultures un peu vertes ou en présence d’adventices. Bien sûr, ça ne résout pas le problème de base mais au moins, ça ne limite pas les capacités de la machine ».

Les palpeurs sont proposés en options, et ne sont pas utiles selon Thierry et Patrick. « Une fois posée sur ses roues, elle se gère seule. Tu règles l’inclinaison du lamier et tu roules! »
 

Des accessoires aux goûts de l’Europe

Testées ici et là dans les années 90 et réellement com- mercialisées depuis 10 ans, ces coupes animées par la fée hydraulique ont d’abord souffert d’un manque de polyvalence, notamment dans les petites graines comme le colza. Les américains préférant générale- ment le pré-fanage du colza n’avaient pas ce soucis et ont du solutionner un manque d’étanchéité par l’ajout de déflecteurs, de bavettes et tôles inférieures pour contenter les européens. « Nous récoltons de l’orge d’hiver et de printemps, du blé et du colza. Je n’ai jamais vu de fuites de grain que ce soit sur notre ancienne MacDon ou sur la John Deere. » confirme Thierry. « Donc aujourd’hui, c’est parfaitement adapté aux grosses mais également petites graines, et même à des cultures très pailleuses. »

Autre point fort, leur adaptabilité et leur amplitude de réglages facilitent la récolte de cultures basses ou versées. « On ne fait pas de pois ou de vesces, mais le draper conviendrait parfaitement. Nous n’avons pas de palpeurs ni de releveurs. Une fois posée sur ses roues, tu règles l’in- clinaison de coupe et tu roules sans te poser de question. » complète Patrick. « Je suis d’ailleurs allé chez un client l’année dernière dans une parcelle complètement versée. J’ai cru que j’allais y passer ma journée ! J’ai commencé dans un sens, puis dans l’autre et finalement ça ramassait par- faitement dans n’importe quelle direction. Son efficacité m’impressionne » indique-t’il. « Oui, par contre on monte vraiment tout si l’on coupe au raz du sol et il est préférable de ne pas avoir de pierres. » Certaines coupes à tapis sont par ailleurs flexibles, pour récolter ces cultures basses comme des pois, des lentilles ou du soja, ce qui n’est pas le cas de la John Deere des frères Hurtaut. Ils l’ont associée à une S780 décorée à l’occasion de son lancement com- mercial et qui profite d’un nouveau caisson de nettoyage Dyna-Flo Plus, qui participe aux performances de l’en- semble. « Sincèrement, par rapport à notre ancienne S680, il fait vraiment la différence. Je regrette juste que le système de réglage automatique des organes de la machine, l’ICA2 qui manque un peu de réactivité. Mais avec une récente mise à jour, ça devrait s’améliorer ».

En option, la vis supérieure sert à canaliser le colza vers le convoyeur. « Je n’ai pas encore trop vu l’utilité, à part me boucher la vue. Ce sera surtout utile quand on aura à passer des colza très hauts. » commente Thierry.
 

Un bilan positif

« Le gros avantage de la MacDon, ce sont les scies à colza. Seul en cinq minutes, un clic et deux raccords hydrauliques et le tour est joué. Par contre sur le draper John Deere, il faut une demi heure à deux personnes. » s’agassent les deux frères. « Lorsqu’on est constamment en train de jongler entre céréales et colza, c’est un peu pénible. On ne comprend pas pourquoi John Deere emploie un système fastidieux de biellettes que l’on doit connecter au lamier. L’entraînement hydraulique de la McDon était idéal, lui. » Mais passé outre ce point négatif, les frères Hurtaut ne regrettent en aucun cas ce changement de marque. « Depuis qu’on a fait le choix d’une coupe à tapis, nous avons progressé tant en débit de chantier qu’en confort d’utilisation. L’entretien est vraiment très simple et accessible. Nous ne reviendrons en arrière pour rien au monde ! »

Thierry regrette qu’on l’on ne puisse synchroniser la vitesse des tapis avec celle de la machine. « On a deux positions sur le levier, mais elles ne permettent pas d’avoir une bonne progressivité. »
 

Texte et photos : Mathieu Bonaventure

 

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