IA et bien-être animal : quand les coopératives placent la technologie au service du vivant

Au SPACE 2025, la Coopération Agricole a montré que l’intelligence artificielle peut renforcer la performance et le bien-être animal, sans jamais remplacer l’humain.

Un robot-chien testé par Maïsadour permet d'effectuer les tournées de contrôle des poulaillers et de détecter des anomalies. ©DR

Une révolution à encadrer

En ouverture de la conférence sur le bien-être animal au SPACE, Florent Varin, directeur de Solutions Plus et référent numérique pour La Coopération Agricole, a rappelé combien l’intelligence artificielle bouleverse déjà l’ensemble des métiers agricoles. « L’intelligence artificielle est une révolution comparable à celle de l’électricité. Elle transformera tous les métiers, à condition d’être comprise et encadrée. » La Coopération Agricole inscrit cette mutation dans une démarche structurée : former les acteurs aux usages de la donnée et de l’IA, évaluer la maturité numérique des coopératives et déployer des outils adaptés au terrain.

Parmi ceux-ci figure ChatCop, un assistant conversationnel conçu par Solutions Plus sur le modèle européen Mistral et hébergé chez OVH. Il permet de produire ou de rechercher des contenus dans un environnement sécurisé. « Nous devons garder la main sur nos données et nos outils. L’IA ne doit pas nous être imposée, mais intégrée collectivement », ajoute Florent Varin.

Maïsadour : de la donnée à l’action

Pour Laetitia Domange, directrice du développement pour le pôle agricole chez Maïsadour, la donnée devient un levier concret d’amélioration technique. Les outils d’analyse développés par la coopérative croisent des informations économiques, climatiques et comportementales afin d’anticiper les besoins et d’optimiser la conduite des élevages. « L’IA ne remplace pas le technicien : elle l’aide à poser le bon diagnostic au bon moment », souligne-t-elle ajoutant : « La donnée n’est pas une finalité, c’est un moyen de mieux accompagner nos adhérents. » L’enjeu, selon Laetitia Domange, est autant humain que technologique en rendant les outils compréhensibles, fiables et utiles à tous les utilisateurs.

Le chien-robot : un outil d’observation avicole

Aux côtés de Solutions Plus, Maïsadour et Evotech ont présenté un chien-robot testé dans les bâtiments avicoles du groupe. Conçu par Anthony Gavend, fondateur et PDG d’Evotech, l’appareil quadrupède est équipé de caméras, de capteurs thermiques et de capteurs de gaz. Autonome, il parcourt les poulaillers pour relever la température, l’humidité, la luminosité ou la qualité de l’air, tout en observant les volailles sans les déranger. « Le robot réalise les tournées de contrôle à notre place : il fait gagner entre 1h30 et 2h de travail par jour aux éleveurs », indique Laetitia Domange.

Les données recueillies permettent de détecter plus rapidement les anomalies, qu’il s’agisse d’une ventilation défaillante ou d’un regroupement anormal d’animaux. « L’intérêt, c’est d’avoir un œil en continu, objectif et non intrusif. Le robot ne remplace pas l’éleveur : il l’aide à se concentrer sur les décisions importantes », ajoute-t-elle.

Observer pour mieux prévenir

Le projet DIVOC (Détection et Interprétation Vidéo des Objectifs Comportementaux), présenté par Claire Mindus, chargée d’études en bien-être des ruminants à l’Institut de l’élevage (Idele) est lui basé sur l’analyse vidéo. Ce programme vise à mieux comprendre le comportement des jeunes bovins à partir de 1 600 séquences annotées.

L’algorithme atteint 87 % de précision et 78 % de sensibilité dans la détection de comportements anormaux. Cette fois encore, « l’intelligence artificielle ne remplace pas le regard de l’éleveur : elle le prolonge », explique la spécialiste. Cette approche contribue à repérer plus tôt les signaux de stress ou de mal-être, et à renforcer la prévention dans les élevages.

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Le dispositif de capteurs proposé par la coopérative Innoval, NEO, centralise les données de suivi des bâtiments d’élevage bovin pour permettre à l’éleveur de rectifier au plus tôt une éventuelle dérive.

Suivi numérique et pilotage prédictif

Chez Innoval, c’est NEO, un dispositif de centralisation des données de suivi des bâtiments qui a été présenté. Le système de monitoring intelligent, présenté par Matthieu Marteau, responsable du domaine numérique et organisation, compile les informations issues de capteurs mesurant la température, l’humidité, le dioxyde de carbone, l’ammoniac, le bruit et la consommation d’eau. L’IA les analyse en temps réel et alerte en cas de dérive. « Nous ne faisons pas de l’automatisation pour l’automatisation. Le but est de donner à l’éleveur des repères objectifs, utiles et exploitables immédiatement », précise le représentant d’Innoval.

Des perspectives transversales

Anthony Gavend d’Evotech et Mathias Nourry, ingénieur à l’Institut du porc (IFIP), ont insisté sur la nécessité de coopérer au-delà des filières. Tous deux plaident pour une intelligence artificielle ouverte et mutualisée, afin de créer des passerelles entre productions et métiers. « Les technologies sont matures, mais c’est la gouvernance de la donnée qui fera la différence », estime Anthony Gavend (Evotech). « L’enjeu, c’est de travailler ensemble, pas côte à côte »,complète Mathias Nourry (IFIP). 
Florent Varin a rappelé les trois piliers d’une IA coopérative et souveraine : former pour comprendre, protéger pour durer et partager pour progresser. Le livre blanc « IA et Données » et les programmes d’acculturation mis en place par La Coopération Agricole visent à renforcer cette dynamique collective.