L’entreprise normande qui vient de souffler ses trente bougies a développé un modèle à trois chauffeurs avec les deux patrons et un jeune salarié, dans un rayon d’action de 15 km.
Rester réactifs, efficaces et qualitatifs, avec des machines de forte capacité et dans un rayon d’action assez réduit. Telle est la recette de l’ETA « façon Grandin » mise au point par les deux frères du même nom, Christophe et Rodolphe, pour leur entreprise à Lengronne, dans la Manche, dont ils sont associés à 50/50. « Notre philosophie, c’est de travailler en proximité dans un rayon de 15 km à la ronde, pour ne pas perdre de temps sur la route et d’assurer le meilleur service possible aux clients », souligne en effet Christophe Grandin, à l’origine de la création de l’activité. Une proximité qui semble payante avec des clients fidèles, certains depuis plus de trente ans.

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« Au départ, je prenais le tracteur de notre père agriculteur – un Same Laser 110 – et je partais pour rouler des balles de foin et d’enrubannage. C’était en 1993 », retrace Christophe qui s’est lancé après un BTS en productions végétales. Petit à petit, l’activité se structure. En 1995, la SARL Grandin est créée dans la foulée de l’achat de la première ensileuse en 1994 (une 695 Claas). Rodolphe, de 15 ans le cadet, s’installe une vingtaine d’années plus tard en 2013, en rachetant une ETA unipersonnelle à proximité de la côte ouest du Cotentin, permettant ainsi de couvrir un territoire jusqu’en bordure maritime. Diplômé d’un bac pro en agroéquipement avec option travaux publics, le jeune entrepreneur avait été salarié de la société avant de s’y associer. Il développe depuis son arrivée une activité de TP qui assure aussi un complément d’activité en mortes-saisons. Depuis le mois de septembre 2025, l’équipe s’est étoffée avec l’arrivée de Noa De Saint Jores, un jeune chauffeur de 21 ans, venu du monde des Cuma. L’embauche s’est faite « au feeling » grâce à la forte motivation du jeune homme venu frapper à leur porte. Des saisonniers sont également embauchés pour épauler l’équipe permanente pendant les grosses saisons.
Enfouir le lisier
L’ETA a investi en 2021 dans une tonne à lisier Samson à deux essieux de 23 m³ en faisant le pari de l’enfouissement pour valoriser au maximum les valeurs fertilisantes de l’azote organique. Les agriculteurs sont en réflexion pour l’achat d’un dispositif d’enfouissement à disque additionnel qui permettrait également de faire un déchaumage en un seul passage. Cela pourrait être intéressant avant la plantation du maïs par exemple, ou après une moisson avant le semis de couverts.

Forte activité d’ensilage
L’ensilage est au cœur de l’activité de l’ETA avec un parc de trois machines de 1 000 cv chacune. « Nous choisissons des matériels de grosse capacité afin de pouvoir réaliser de gros chantiers pour les clients qui sont demandeurs d’avoir des débits importants », explique Rodolphe. Dans ce secteur au parcellaire complexe et bocager, les entrepreneurs parviennent ainsi à réaliser des chantiers d’ensilage de maïs de 40 ha par jour et par machine.
L’ETA insiste auprès des clients sur l’intérêt d’un bon tassage pour maximiser la qualité et réduire les pertes de matière. Un silo représente en effet un coffre-fort d’une valeur alimentaire de plusieurs dizaines de milliers d’euros pour les éleveurs. L’ETA propose ainsi des chantiers semi-complets incluant une prestation de tassage avec tracteur lourd de 22 t, pneus larges gonflés et fourche éjectable à l’avant pour un tassage optimal.
Les machines sont équipées de 28 couteaux pour une coupe fine adaptée aux rations du secteur qui comportent souvent de l’herbe et de la paille avec des fibres en quantité suffisante pour la rumination. Les entrepreneurs réalisent aussi des ensilages de CIVES (pour la méthanisation) qui se récoltent en coupe directe – qu’il s’agisse de seigle ou de tournesol. Ce sont des chantiers assez techniques et où la présence de cailloux est proscrite.
Privés d’une ensileuse pendant cinq ans
Les entrepreneurs ont vécu un coup dur après l’achat d’une ensileuse Case 8790 qui n’a pas été homologuée en France à la suite de la fusion de Case IH et New Holland. Une quinzaine de machines se sont ainsi trouvées en stationnement forcé sur le territoire national. Les détenteurs ont finalement remporté leur action en justice au bout de cinq ans de procédures. Durant toute cette durée, l’ETA Grandin s’est retrouvée avec une seule ensileuse opérationnelle au lieu de deux (et un emprunt à rembourser pour une machine improductive). C’est grâce à la patience des clients et à la solidarité d’un concessionnaire local (Leroy à Avranches) qui leur a mis en location de vieilles machines, que l’entreprise a pu rester sur pied. L’expérience fut douloureuse. Cependant, elle a aussi été le point de départ d’une belle amitié avec une entreprise des Deux-Sèvres également concernée par le même problème. Pendant plusieurs années, ils ont travaillé ensemble pour faire transhumer des machines voire pour procéder à des échanges « moissonneuse contre ensileuse ».
Ne pas remuer l’herbe
Les chantiers d’ensilage d’herbe sont réalisés selon un procédé « maison » après le passage d’une faucheuse conditionneuse qui réalise trois andains groupés sur une largeur de 3,50 m. La récolte se fait 48 à 72 h maximum après la coupe et sans andainage. « L’expérience nous montre que nous avons ainsi un bien meilleur séchage et une bien meilleure qualité, souligne Christophe. Notre philosophie est que l’herbe doit être le moins remuée que possible pour limiter toute contamination par de la terre ou autre qui pourraient accroître la présence de spores butyriques. Au fil des années, on voit bien que les clients sont plus attentifs à la qualité de l’herbe, quitte à accepter des rendements de matière un peu inférieurs. C’est vrai aussi en maïs avec certains clients qui nous demandent de couper le maïs plus hauts pour améliorer la valeur de leur ensilage et réduire aussi les risques d’introduction de spores dans le fourrage ».

Les machines sont toutes équipées de dispositifs d’injection de conservateur à l’ensilage. La pratique semble d’ailleurs revenue à la mode depuis trois ou quatre ans avec différentes technologies de conservateurs demandées par les clients. « On fait très attention à la qualité de l’éclatement des grains de maïs. Même si nous voulons faire durer nos matériels, nous gardons nos machines au goût du jour en y intégrant par exemple des éclateurs récents », détaille Rodolphe. Les entrepreneurs, qui réalisent au maximum l’entretien eux-mêmes, misent sur des matériels de grosse capacité qui produisent du travail de qualité mais sans trop de superflu afin de faciliter le travail de maintenance et d’entretien. Pour limiter l’incidence des pannes, un pick-up herbe et maïs de secours sont toujours présents dans le hangar.
Le parc matériel
- 3 ensileuses
- 2 moissonneuses
- 1 autochargeuse
- 2 épandeurs à fumier
- 1 épandeur à lisier en injection
- 2 Round ballers
- 1 Big baller
- 2 pelles de chantier polyvalentes
- 4 bennes TP
- Plusieurs Semoirs