L’Idele dénombre environ 400 accords de libre échange à travers le monde. Ceux conclus entre l’UE et les pays tiers portent en partie sur la commercialisation des produits laitiers. Mais les dizaines de milliers de tonnes de contingents alloués sont loin d’être utilisés.
Depuis que le Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement), l’accord commercial bilatéral de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada, est entré en vigueur, les Vingt-sept pays européens remplissent chaque année leur quota de fromages alloué. Il était de 31 000 tonnes (t) en 2024. A contrario, les contingents cumulés de produits laitiers ouverts par l’UE dans le cadre des contrats signés avec l’ensemble de ses partenaires commerciaux ont à peine été entamés. Il est même nul pour les poudres de lait alors que le contingent cumulé est de 3 347 t. Et sur les 75 662 tonnes (t) de beurre, seules 917 t ont été utilisées.
Mais pour les fromages, le taux d’utilisation (4 336 t sur 50 408 t) n’excède pars 9 % et pour le lactosérum, 20 % (1 021 t sur 5 178 t)
En fait, les importations répondent d’abord à des besoins. Aussi, la corrélation entre les quantités de beurre néozélandais importées en UE et leur compétitivité-prix très avantageuse, certaines périodes de l’année sur le marché européen, est loin d’être démontrée.
« Les Accords commerciaux de libre échange (ALE), c’est la stratégie de l’UE pour compenser l’absence d’accords mondiaux conclus sous l’égide de l’OMC mais aussi avoir les moyens de rivaliser face aux puissances exportatrices », explique Baptiste Buczinski de l’Idele. Les Vingt-sept pays européens souhaitent signer différents ALE incluant des produits agricoles pour avoir entre autres accès aux terres rares. C’est pourquoi la filière laitière est complètement embarquée dans cette dynamique.
La plupart des ALE conclus par l’UE sont défensifs. Le Ceta (UE-Canada) est le seul à être offensif. Ils se démultiplient avec des règles du jeu à chaque fois différentes (contingents, droits de douane, critère de qualité etc.). Et quand des contingents sont fixés, ils sont souvent associés à des droits de douane mais ils sont très faibles.
Répondre à des besoins
Mais ces ALE ne sont pas l’apanage de l’UE. On en dénombre actuellement près de 400 en vigueur à travers le monde, selon l’Idele. Une vingtaine est notifiée chaque année en moyenne.
Toutefois, 2021 avait été une année d’exception. Environ 70 nouveaux ALE avaient été enregistrés car le Royaume Uni sorti de l’UE avait alors été contraint de signer une pléthore de partenariats commerciaux. Il souhaitait à la fois sortir de l’isolement international dans lequel il s’était retrouvé et redevenir un partenaire commercial à par entière, ouvert vers l’économie mondiale.
Les effets de ces 400 accords d’échanges bilatéraux sont pour le moment mesurés. Mais ils ont été avant tout conclus pour répondre à des besoins.
Aux Etats-Unis, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025 a accélère leurs négociations à travers le monde. Les ALE appliqués ou à l’étude visent avant tout à affranchir les pays signataires de la première puissance économique mondiale et de sa politique douanière du yoyo.
A ce jour, la majorité des accords bilatéraux en vigueur sont ou ont été essentiellement conclus par une grande partie des pays du continent américain (nord, central et Cordillère des Andes) mais aussi par l’UE, l’Asie et l’Océanie.
Le continent africain, mais aussi la Russie et le Moyen Orient, se sont peu engagés dans de tels accords.
Les ALE : un chantier permanent.
En UE, l’application de l’accord intérimaire avec le Mercosur, sans validation du Parlement européen, n’en finit pas de faire des vagues. Avec le Mexique et l’Australie, les finalisations des partenariats sont en cours.
Le premier prévoit de ramener à zéro, sur dix ans, les droits de douane de 45 % actuellement appliqués sur les produits laitiers européens (20 % pour les yaourts) tout en fixant des contingents pour les fromages (25 000 t les fromages ‘’bleus’’ mis à part).
Sur le marché australien des contingents seront maintenus mais plus un seul droit de douane ne sera appliqué d’ici trois ans.