Grandes cultures industrielles – Le lin confronté à son succès et au dérèglement du climat

Au salon de l’Agriculture à Paris, Semae, l’interprofession des semences et plants a mis à l’honneur le lin. En France, l’expansion de sa culture dans des régions éloignées des côtes maritimes impose la sélection de nouvelles variétés.

La production de lin équivaut seulement à 0,5 % de l’offre mondiale de fibres (cotons, chanvre, laine etc.), mentionne l’édition 2025 du Cyclope.

Si sa culture est essentiellement européenne (France, Pays-Bas, Belgique), son filage est chinois et indien et la confection textile, répartie entre l’Asie et l’Europe.

La filière européenne a ainsi réalisé un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros en 2024 (derniers chiffres connus) pour la seconde année consécutive.

La Biélorussie, l’Egypte et la Russie, cultivent aussi du lin (1/4 de la production mondiale) mais les rendements sont plus faibles qu’en Europe du Nord et la fibre est réservée à l’industrie textile de ces pays.  

En France, la culture de lin s’étend en recrutant des planteurs dans des « zones vierges » de culture, éloignées des littoraux de la Manche et de la mer du Nord, pour y produire à la fois de la semence et des fibres.

La production est sous contrat avec le versement d’un acompte à la récolte puis un complément de prix à la fin de la campagne, quand les balles sont vendues.

Mais n’est pas producteur de lin, semences ou fibres, qui veut. Avant de se lancer dans cette activité, le futur planteur doit s’assurer qu’il est bien entouré techniquement depuis le semis jusqu’à la récolte.

Au dernier salon de l’Agriculture à Paris, qui s’est achevé le 1 er mars dernier, Semae, l’interprofession des semences et plants avait organisé une conférence portant sur la culture du lin intitulée « Innover et structurer : les piliers de la filière lin textile ».

Quatre planteurs de lin fibre et de lins graines semences ont échangé et partagé leurs points de vue.

Une superficie toujours plus étendue

Le marché du lin est tendu mais les prix payés aux planteurs ne couvrent pas toujours leurs coûts de production. 186 000 ha ont été plantés en 2024, soit 2,5 fois la surface dédiée à cette activité en 2014!

Parallèlement, la superficie réservée à la production de semences a aussi été multipliée par trois en dix ans. Car un hectare de lin sur cinq est dédié à la production de graines.

Toutefois, l’engouement pour le cette culture textile n’est pas sans poser de problèmes au moment de la récolte. La filière manque d’arracheuses, et plus spécifiquement d’arracheuses décapsuleuses.

Plus de 5 000 exploitations cultivent du lin graines et/ou fibres en tête d’assolement le plus souvent.

Le dérèglement du climat rend la récolte de lin de plus en plus hasardeuse. Certains étés pluvieux, il est impossible mettre la paille en balles.

Par ailleurs, les pratiques agricoles évoluent. Sur les parcelles récoltées de lin semences, les agriculteurs pratiquent de plus en plus le semis direct car les pailles ne se décomposent pas certaines années.

Pas de recherche publique ambitieuse

Toutefois, la filière lin reste une niche malgré son vif succès. Les planteurs ne peuvent pas compter sur la recherche publique pour créer et sélectionner de nouvelles variétés puisqu’elle ne se donne pas les moyens de conduire des programmes de recherche ambitieux.

Aussi, l’industrie du teillage pilote des centres de sélections variétales répondant aux besoins des planteurs. Ils s’activent pour sélectionner des variétés supportant un climat terrestre chaud, tolérantes à l’Oïdium et peu déhiscentes quand le planteur de lin cultive à la fois cette plante pour produire de la semence et des fibres.