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Ferme France, une conjoncture des filières agricoles contrastée

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Sur les fronts des prix et des charges, des clignotants sont au vert… ou ne sont plus au rouge ! Mais pour combien de temps encore ?

Alors que les agriculteurs font face à une période de sécheresse exceptionnelle, marquée par deux périodes de canicule, la conjoncture agricole et économique leur est plutôt favorable. Au cours de ces derniers mois, les bons résultats du commerce extérieur n’ont pas été obtenus aux dépens des exploitants agricoles. Durant la crise du lait, les producteurs de lait en avaient fait l’amère expérience. Les prix payés aux producteurs étaient au plus bas alors que les profits des entreprises et les exportations battaient des records.

Au terme des six premiers mois de l’année 2019, le solde commercial était de 4,5 milliards d’euros (Mds d’€) contre 3,7 Mds d’€ un an auparavant.

Pour les seuls produits agricoles, il a crû de près de 400 millions d’euros (M€) pour atteindre 975 M€. Au sein de l’Union européenne, il a dépassé 2,1 Mds d’€.

Depuis janvier dernier, les exportations de céréales (5,1 Mds d’€) ont augmenté de 300 M€. Celles d’animaux vifs, d’œufs et de miel étaient de 1,34 Mds d’€ dont 873 M€ de gros bovins vifs. Les expéditions de produits laitiers ont aussi augmenté (3,9 Mds d’€, +122 M€ en six mois).

Mais la forte concurrence pèse beaucoup sur les échanges agroalimentaires français. Les exportations de viande stagnent tandis que les importations continuent de progresser, générant un déficit de 844 M€.

La montée en gamme de l’industrie agroalimentaire voulue par le gouvernement se fait aux dépens des produits bon marché importés de plus en plus en grandes quantités, ce qui grève l’excédent commercial.

Pour les produits laitiers, le bon résultat signalé précédemment masque des importations qui progressent continument depuis la crise du lait (2,47 Mds d’€ en six mois, + 50 M€).

Une réalité contrastée selon les filières

Quoi qu’il en soit, les bons chiffres du commerce extérieur agricole et agroalimentaire ne profitent pas à toutes les filières. Fin juillet (derniers chiffres connus), la hausse de 6 % des prix agricoles en moyenne quinquennale et de 4,4 % en rythme annuel, masque une réalité contrastée d’entre les filières végétales et animales.

Pendant de longs mois, les prix des produits végétaux sont globalement stables autour de leur niveau de 2015 avant d’entamer une forte baisse à partir du mois de juillet dernier. A l’inverse, les prix des produits animaux n’ont cessé d’augmenter, les cours des ruminants mis à part.

Les céréales françaises sont compétitives car les prix payés aux agriculteurs ne couvrent pas toujours leurs coûts de production des agriculteurs. Les aides Pac amortissent par conséquent les pertes.

Depuis quelques semaines, les prix des céréales ont ainsi retrouvé leur niveau de 2015 tandis que mes cours du Colza et du tournesol sont dorénavant inférieurs de 10 % et 20% aux cours observés cinq ans auparavant.

Toutefois, les récoltes abondantes de blé et d’orges l’été dernier et, les coûts de production eux aussi équivalents à ceux de 2015 augurent de meilleures marges brutes (en comptant les aides Pac) et une amélioration de la situation financière des céréaliers. Mais les revenus demeureront très faibles.

Les producteurs de maïs seront de nouveau pénalisés par des rendements médiocres et des prix de ventes "sortie ferme" qui ne couvriront pas de nouveau les coûts de production.

Selon FranceAgriMer, le potentiel de rendement du maïs est estimé en baisse par rapport à 2018 : 85,4 q/ha contre 89,2 q/ha. La production de maïs-grain (y compris semences) est estimée provisoirement à 13 millions de tonnes (+2,1 % sur un an et -8,7 % par rapport à la moyenne 2014-2018).

A court terme, l’ensemble des céréaliers sera en première ligne si les tensions géopolitiques au Moyen Orient se traduisent par une remontée des cours des produits du pétrole et leurs dérivés (engrais, produits de protection des plantes) alors qu’ils emblaveront leurs parcelles.

Une France agricole scindée en deux

Les filières animales sont dans une toute autre configuration. Les bons chiffres du commerce extérieur agricole et agroalimentaire profitent davantage aux éleveurs.

Hormis les ruminants, l’ensemble des prix animaux a augmenté au cours des douze derniers mois: porcs (+24 %) volailles (+3 %), œufs (16,1 %). Fin juillet, le prix du lait est en moyenne supérieur de 6 % à son niveau de 2018. Selon Eurostat, le service statistique de la Commission européenne, les 1 000  litres de lait pays aux producteurs est compris dans une fourchette de 340 € à 360 € contre 280 €,  il y a trois ans (cf graphique).

Dans le même temps, les coûts de production sont équivalents à ceux de 2015, aidés par des prix d’aliments eux aussi stables.

Toutefois, les statistiques délivrées fin août par le ministre de l’Agriculture montrent que l’évolution des coûts de production ne répercute pas encore les augmentations attendues des prix des aliments. Or les éleveurs de bovins et d’ovins viande, contraints d’acheter des fourrages pour nourrir leurs animaux, l’ont déjà constaté.

Les pâturages sont devenus des paillassons et les stocks de fourrages sont insuffisants pour nourrir leurs bétails jusqu’au printemps prochain.

En conséquence, ces charges supplémentaires acculeront la filière agricole française probablement la plus vulnérable ; les éleveurs ne disposant d’aucun levier (hausse des prix de vente, nouveaux débouchés à l’export) pour compenser ces charges supplémentaires.

La filière « bovins viande » a commencé a décroché fin juillet. Pour la première fois depuis six mois, l’évolution mensuelle des prix de ces animaux viande ne compensait plus la hausse des prix de l’alimentation.

Au milieu de l’été, les producteurs de bovins viande commençaient alors à être pénalisés par les deux périodes de canicule : les prix des aliments et des fourrages augmentaient tandis que les éleveurs vendaient prématurément des animaux trop chers à nourrir pour renflouer leur trésorerie.  

Les éleveurs des autres filières animales semblent profiter pleinement d’une conjoncture de prix durablement favorable. Le coût de compensation, c'est-à-dire la hausse de prix nécessaire (+ 0,7 %) pour compenser l’augmentation du prix des aliments (+ 3 %) est bien plus faible que celle du prix du lait payé aux éleveurs (+ 6 % sur un an).

En production porcine, le constat est similaire : le prix du porc a augmenté de 24 % sur un an alors que seule une hausse de 3,4 % du prix du porc aurait suffi pour compenser celle des aliments de 5,6 %.


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Auteur : Hénin Frédéric
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