Le CNPA a présenté la 1ère édition de l’Observatoire des exportations alimentaires « pour contribuer à l’information et à la mobilisation des pouvoirs publics ». Les exportations françaises progressent de 4,1% en valeur depuis 2015 mais déclinent en volume depuis cinq ans. La France ne profite pas pleinement de l’expansion des échanges mondiaux de produits agricoles et agroalimentaires. Ses concurrents européens et mondiaux plus compétitifs accroissent leurs parts de marché à ses dépens.
Le 18 novembre dernier ce sont tenues à Paris les premières Assises de l’export alimentaire organisées par le CNPA, le Centre national pour la promotion des produits agricoles et le
Collectif Export & Souveraineté Alimentaire (1).
Ils ont présenté ensemble la 1ère édition de l’Observatoire des exportations alimentaires « pour contribuer à l’information et à la mobilisation des pouvoirs publics ».
L’agroalimentaire et l’agriculture faisaient partie des quelques secteurs d’activité excédentaires à l’export comme l’aéronautique ou la parfumerie… mais c’est dorénavant du passé.
L’effondrement de la balance commerciale agricole et agroalimentaire de la France s’explique avant tout par des exportations qui croissent moins vite que celles de ses concurrents européens et internationaux. Aussi, la France perd des parts de marché alors que son marché est convoité par ses voisins européens notamment.
Concrètement, les exportations agricoles et agroalimentaires ont progressé de 20 milliards d’euros (Mds d’€) en valeur entre 2020 et 2024 mais elles ont diminué en volume de 8,0 millions de tonnes (Mt) par rapport à 2018-2020. La France n’expédie plus que 63 Mt de denrées agricoles et agroalimentaires. Dans le même temps, les importations ont fortement augmenté en valeur et en volume.
« Depuis 10 ans, loin de profiter de la croissance mondiale, notre pays voit sa performance reculer face à ses voisins européens, déplore le CNPA. Le volume (mesuré en masse) des exportations alimentaires françaises dans le commerce extérieur tend à diminuer, révélant un affaiblissement progressif de la contribution du secteur à la balance commerciale nationale, analyse le CNPA. Cette évolution s’est particulièrement accentuée à partir de la période 2018-2020, marquée par un net recul des exportations de produits agricoles bruts ».
À l’échelle mondiale, la France se maintient en 2024 à la 6ème position des pays exportateurs dans le monde, mais elle occupait la 2ème en 2010, témoignant d’un recul continu de sa compétitivité, avec un risque de nouvelle perte de rang en 2025», souligne encore le CNPA.
En dix ans, la part de marché des exportations de l’Hexagone dans le monde est passée de 5,0 % à 4,2 %.
Ce déclin commercial s’observe aussi à travers l’évolution du taux de couverture des exportations sur les importations. Il était de 150 % en 1990. Vingt-cinq ans plus tard il n’est plus que de 105 %.
Au cours des huit premiers mois de l’année, son excédent commercial (0,35 Mds d’€) s’est effondré de 93 % comparé à 2024. Certains mois, la balance commerciale était déficitaire. Or l’an passé, la balance commerciale elle avait déjà baissé de près 43% par rapport à 2023.
Or depuis 50 ans, l’excédent commercial agricole et agro-alimentaire français compensait quelque peu les déficits d’autres secteurs, énergétiques et aussi industriels notamment.
En fait, les exportations mondiales ont progressé en valeur de 55,7 % entre 2015 et 2024. A l’échelle des vingt-sept pays européens, l’Union européennes a accru ses ventes de 61 %.
Mais la France n’a augmenté les siennes que de 43 % en valeur, dépassée par la Pologne (+ 147 %) et l’Italie (+ 89 %).
Les pays tiers ne prennent plus le relais
Le déclin commercial de la France est d’abord européen
Avant les années 2010, notre pays réalisait l’essentiel de son excédent commercial avec ses voisins européens. Elle était en particulier leur grenier à céréales. Mais ce dernier stagnait autour de 6 Mds d’€.
Ses voisins européens sont entre temps devenus très compétitifs. Aussi, ils ont conquis le marché français en y exportant leurs produits transformés.
« Depuis les années 2010-2012, la France est importatrice nette de produits agroalimentaires et enregistre un décrochage progressif de sa balance commerciale des produits agroalimentaires vers l’Union européenne. Ce décrochage s’est installé dans la durée, traduisant une perte continue de compétitivité et un fort recul de la performance française au sein du marché européen ».
En 2023, l’Hexagone a été devancé par l’Espagne en matière d’exportations vers les marchés européens.
Durant une dizaine d’années, la France a compensé ce déclin européen en exportant massivement des produits agricoles et agroalimentaires vers les pays tiers avec lesquels elle réalisait son excédent commercial.
Certaines années, quand le prix des céréales était élevé, la balance commerciale de la France était excédentaire de 10 milliards d’euros.
« Mais après plusieurs années de progression, les exportations de la France hors Union européenne reculent (34,2 Mds d’€ en 2024; -3,2 Mds d’€), traduisant une perte d’élan sur des marchés pourtant stratégiques pour la compétitivité des filières françaises », analyse le CNPA .
L’Hexagone est en voie de rejoindre à la pléthore de pays commercialement déficitaires en produits agricoles et agroalimentaires. Sa sécurité alimentaire est affaiblie.
(1) Le Collectif Export & Souveraineté Alimentaire, créé par le CNPA (Centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires), fédère les principaux acteurs de la filière alimentaire (ANIA, Anivin de France, Chambres d’Agriculture France, CNIPT, CNMCCA, FNSEA, INAPORC, INTERBEV, INTERCEREALES, INTERFEL, La Coopération Agricole) et représente 1,3 million d’emplois directs en France.