Les fertilisants d’origine animale ou végétale apportent des fonctionnalités additionnelles au simple apport minéral. C’est un levier pour régénérer le potentiel agronomique des sols en vigne, arboriculture et maraîchage.
Chercher à exprimer toutes les fertilités du sol – biologiques, chimiques, physique et hydrique – c’est tout l’enjeu de l’emploi des engrais organiques dont le rôle dans les sols dépasse largement celui de simple apport d’unités fertilisantes d’azote, de phosphore et de potassium. « L’objectif avec les engrais organiques, c’est d’avoir une efficience maximale du sol. Un sol qui fonctionne et qui « vit » dans les meilleures conditions possibles pourra restituer tous les éléments nutritifs apportés à cette culture », résume Franck Girard, directeur du pôle fertilisation du groupe Perret en région Rhône-Alpes.
Le taux de matière organique du sol et sa qualité vont en effet conditionner sa capacité à fixer les éléments fertilisants et à les restituer dans le temps. La matière organique alimente par ailleurs la biologie du sol, elle accroît la capacité de rétention de l’eau et elle améliore les porosités du sol (même s’il existe quelques exceptions de sols agricoles ayant des taux de matières organiques excessifs où ces fonctions positives ne sont pas exprimées).


Viser la bio-fertilité
« Il est généralement admis qu’un sol avec moins de 2 % de matière organique est un sol faible en matière organique, constate Franck Girard. À partir de là on peut construire des stratégies qui visent à accroître le taux de matière organique ou bien simplement compenser a minima les pertes annuelles par minéralisation. Un sol idéal est un sol riche, avec un bon complexe argilo-humique, avec de l’humus stable, des matières organiques fraîches capables de fixer et de redistribuer les éléments fertilisants au fur et à mesure de l’avancement de la culture, ajoute le directeur du pôle fertilisation de Perret. Par minéralisation, la matière organique va aussi restituer un ensemble d’oligo-éléments secondaires ».
En vigne et en arboriculture, qui sont des cultures pérennes, l’enjeu est de construire la fertilité sur un horizon de temps long. Les stratégies de fertilisation peuvent s’étaler sur des horizons de cinq à dix ans. « En plus des apports d’unités fertilisantes, c’est toute la bio-fertilité des sols que nous visons, pour avoir un support de culture le plus vivant et le plus efficient possible, analyse Franck Girard. En maraîchage c’est encore différent. On vise des taux de matière organique très élevés de l’ordre de 4 à 5 %. Pour un maraîcher avec un taux de 2,5 %, il est bon de viser une stratégie d’accroissement sachant que gagner des points de matière organique se fait sur le long terme… ».
Indice de stabilité
« Un paramètre important à prendre en compte est l’indice de stabilité de la matière organique (Ismo NDLR) en plus du taux de matière organique et de l’humidité, détaille Franck Girard. Le taux de matières organiques multiplié par l’Ismo va donner le rendement potentiel en humus stable, en kilogrammes par tonne de produit apporté. C’est un critère que j’apprécie énormément dans la réflexion agronomique pour raisonner ses choix par rapport à des objectifs pour le sol et la culture ».

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Une autre donnée essentielle à prendre en compte est le rapport carbone sur azote (C/N). « Dans l’idéal pour un amendement organique végétal, les C/N sont situés entre 12 et 17 avec une cible à 15. À 15, le produit est considéré comme neutre au niveau du sol, c’est-à-dire qu’il va s’humifier sans spécialement « consommer » d’unité d’azote dans le sol. Au-dessus, le compost va consommer un petit peu d’azote du sol pour continuer à se décomposer et c’est rarement l’effet recherché », avertit Franck Girard. Le C/N donne aussi une idée de la rapidité du produit à se minéraliser dans le sol. Une paille de blé avec un C/N de 20 à 30 met du temps à se décomposer à l’opposé de la plupart des produits animaux avec des C/N beaucoup plus bas. Une fois tous ces éléments connus, il est possible de faire des choix en fonction des saisons, du sol et de la culture.
Amendements d’automne
« Les amendements organiques d’automne doivent être apportés en quantités assez importantes, a minima une à deux tonnes par hectare, sur des bases principalement composées de matières organiques végétales », poursuit le spécialiste du groupe Perret. Ce sont des composts végétaux issus de ressources locales, des pulpes de raisin, des pulpes d’olive, des composts de distillerie, voire des composts de déchets verts. « Une pratique qui se développe est de réaliser des composts végétaux mélangés avec des fumiers, de type ovin, bovin ou équin, ajoute le directeur du pôle fertilisation du groupe. On obtient alors des rendements potentiels en humus stable de plus de 500 kg par tonne d’engrais organique apportée, ce qui est excellent. Il est possible également d’enrichir les composts de biostimulants pour aider à la bonne décomposition et assimilation par le sol ».


Au printemps, la philosophie des apports change. Il s’agit davantage de répondre aux besoins nutritifs des cultures, que d’améliorer le sol, mais les deux ne sont pas antagonistes. Sont privilégiés des apports d’engrais organiques avec des C/N plus bas. « Cela peut être du fumier de volaille, des fientes de volaille, des fumiers de bovin ou de mouton qui sont un excellent apport de printemps. Les fumures organiques sont extrêmement efficientes au niveau du sol parce que l’azote est non lessivable », soutient l’expert. Il conseille en vigne et arboriculture des formules NPK de type 6/3/10 qui correspondent très exactement aux besoins. « Pour l’arboriculture et la vigne aujourd’hui, on prend aussi en compte les notions de mise en réserve pour un bon démarrage végétatif l’année suivante, insiste Franck Girard. Pour exemple, une vigne n’obtient son indépendance nutritionnelle qu’à partir de la mi-mai. C’est un peu la même chose pour l’arboriculture ». Dans ces cultures pérennes, une partie importante des apports doit donc être raisonnée pour soutenir la reconstitution des réserves dans les bois et les racines après la récolte et jusqu’à la chute des feuilles. Tant que le feuillage reste fonctionnel, la plante continue à photosynthétiser et à mettre en réserve des sucres et donc des nutriments pour l’année suivante.
En maraîchage, les apports d’automne sont stratégiques pour obtenir un sol de très bonne qualité avec une capacité de mise en réserve des nutriments. Le deuxième volet de cette stratégie vise ensuite à remplir « le garde-manger ». « Pas la peine de charger, mais il est judicieux d’entretenir ces réserves avec par exemple un apport d’organo-minéral avec un C/N assez bas, explique Franck Girard. Ainsi le sol va pouvoir jouer son rôle de tampon pour éviter toutes ruptures nutritionnelles. Ensuite avec la fertirrigation, il est facile d’apporter de l’azote, du phosphore, de la potasse, de la magnésie, au gré de l’avancement de la culture ».
Alimenter la vie
« On a longtemps considéré le sol comme un support inerte. En réalité, il contient une microfaune exceptionnelle ainsi que des bactéries et énormément de champignons. Les bactéries sécrètent des métabolites, les champignons entrent en symbiose avec la plante… C’est pourquoi le taux de matière organique et la fertilisation organique, qui nourrissent toute cette biomasse vivante, sont extrêmement importants pour la fertilité globale des sols, la qualité des récoltes et celle des cultures. C’est aussi valable en grandes cultures où il y a un fort potentiel de développement, même si toutes les références techniques sont encore aujourd’hui basées sur les engrais minéraux de synthèse ».