Trop souvent perçus comme une contrainte, les couverts végétaux peuvent devenir un véritable levier de fertilité et de rentabilité grâce au semis par drone. La technologie permet désormais d’envisager des semis avant récolte pour garantir leur levée, sans que cela ne constitue une charge de travail supplémentaire pour les agriculteurs.
Les bénéfices agronomiques des couverts d’interculture sont nombreux : amélioration de la structure du sol, effet piège à nitrates, restitution d’azote, apport de matières organiques, stimulation de l’activité biologique… Mais pour en tirer un maximum de bénéfices, encore faut-il que leur développement soit optimal. Les conditions d’implantation deviennent un prérequis indispensable à leur réussite. « Le semis positionné avant la moisson des céréales à paille permet au couvert de profiter de l’humidité résiduelle, d’être déjà en place après la récolte et de profiter des premières pluies de début ou mi-août pour lever», détaille Roméo Vezo, responsable de l’activité drone chez Oligo Plus.
Le drone : un levier utile pour généraliser la pratique
Roméo Vezo rappelle toutefois que le semis à la volée avant moisson n’est pas conceptuellement nouveau, mais que son déploiement à grande échelle était limité par des contraintes matérielles. Il faut, d’une part, passer dans la culture avec des engins terrestres. Par ailleurs, le recours aux épandeurs traditionnels met à l’épreuve la qualité de semis des couverts multi-espèces. « Un épandeur à engrais centrifuge projette des semences à une certaine distance, mais la portée de chaque graine dépend directement de sa masse. Ce biais balistique a tendance à séparer les espèces au lieu de les mélanger uniformément », détaille Roméo Vezo.
Dans ce contexte, l’apport du drone affranchit l’agriculteur de ces contraintes d’intervention et de projection. Il permet une distribution parfaitement homogène de l’ensemble des espèces, indépendamment de leur PMG. De plus, l’arrivée des drones de forte capacité (Modèle DJI T50 et T100 portant respectivement des charges de 50 ou 100 kg) permet d’atteindre un débit de chantier de l’ordre de 10 à 25 hectares par heure. Sans compter, en période estivale souvent saturée, l’économie de main-d’œuvre. « Un semis précoce dans la culture évite d’avoir recours au déchaumage, de nature à assécher les sols et à limiter le potentiel de levée du couvert » ajoute le responsable d’Oligo Plus.

Biomasse et rentabilité au rendez-vous
Les résultats agronomiques semblent confirmer la pertinence du dispositif. Lors d’essais comparatifs menés par Novalliance Terra sur la plateforme de Lierville (60), un semis de couvert réalisé par drone au 30 juin 2025 a produit 5,5 tonnes de matière sèche par hectare contre seulement 1,8 tonne pour un semis direct conventionnel. « En supprimant le coût des déchaumages et du semis mécanique, la prestation drone, facturée autour de 40 euros/ha, permet de rentabiliser le couvert » précise Roméo Vezo.
Il est toutefois utile de procéder à une analyse préalable de la parcelle, car cette pratique peut être fortement déconseillée sur des parcelles fortement infestées de vivaces comme les chardons, ou présentant des risques de rémanence d’herbicides (sulfonylurées).
L’accès à la technologie est possible via une prestation de service clé en main ou par l’achat d’un équipement complet (drone, batteries, groupe électrogène) pour un budget compris entre 20 000 et 30 000 euros).
« Les couverts sont souvent perçus comme une contrainte technico-économique par les agriculteurs. Pourtant, sur le plan agronomique, ces couverts permettent sur le long terme de tirer beaucoup de bénéfices : fertilité des sols, production de biomasse, piégeage et restitution de l’azote. L’accès à de nouvelles technologies comme le semis par drone permet d’envisager le semis beaucoup plus tôt, tout en s’affranchissant de passages mécaniques coûteux et d’améliorer, in fine, la marge nette de son système », conclut Roméo Vezo.
