Selon l’Inrae, le changement du climat en Union européenne aura un impact positif sur les rendements du sorgho. Plus résistante à la chaleur et moins exigeante en eau, la céréale pourrait en partie se substituer à la culture du maïs. A ce jour, l’Europe ne produit que 600 000 t de sorgho, soit 1 % de la production mondiale.
Les conditions de cultures du maïs sont loin d’être favorables partout dans le monde. Or une grande partie de l’alimentation des filières animales repose sur cette céréale. A contrario, la culture du sorgho confirme sa capacité à résister à des températures et à des déficits pluviométriques importants. Aussi, la céréale s’impose progressivement comme une alternative au maïs.
L’Union européenne n’a produit que 46 millions de tonnes (Mt) de maïs cette année, 14 Mt de moins que l’an passé. En France, la production s’est effondrée : 6,6 Mt versus 14 Mt en 2025-2026.
Depuis le début de la campagne, les importations européennes de maïs explosent. Le maïs que la France n’a pas produit et qu’elle ne peut exporter à ses voisins européens l’importent de pays tiers.
Or les 1 300 Mt de maïs engrangées dans le monde tout au long de la campagne actuelle dans le monde ne seront pas suffisantes pour couvrir la demande. Et comme les prix de l’énergie explosent, la céréale est de plus en plus utilisée pour être transformée en bioéthanol. Aussi, les cours mondiaux croissent fortement sans cependant avoir atteint les sommets observés en 2022-2023.
La production mondiale de sorgho (61,5 Mt) équivaut à 5 % à celle du maïs. Mais près de la moitié de ces quantités de grains sont cultivées en Afrique où la céréale est récoltée pour être autoconsommée. Sa production stable dans cette partie du monde contribue fortement à l’autosuffisance alimentaire des populations.
L’Argentine, les Etats-Unis et l’Australie orchestrent à eux trois les échanges mondiaux (8,3 Mt). Sur les 13 Mt qu’ils récolteront durant la campagne, ils en exporteront la moitié en Chine et en Arabie saoudite.
Mais en Union européenne, la production de sorgho ne décolle pas. Seules 600 000 tonnes ont été engrangées cette année, l’équivalent 1 % de la production européenne de maïs, selon le Conseil international des céréales. La France en a récolté 100 000 tonnes et l’Italie 300 000 tonnes.
La recherche agronomique
La céréale produite est autoconsommée, destinée à l’alimentation animale. L’Union européenne en a importé 100 000 t en 2024-2025 et 500 000 la dernière campagne à comparer aux 18 Mt de maïs entre temps livrées.
Or le sorgho mérite mieux. Une partie ses contreperformances s’explique par une méconnaissance des vertus agronomiques de la céréale. Toutefois, le réchauffement du climat en Europe pourrait changer la donne.
« Il aura un impact globalement positif sur le rendement du sorgho dans le nord de l’Europe », rapporte l’Inrae dans un communiqué de presse restituant les résultats d’une étude réalisée par l’Institut et AgroParistech.
« Selon le scénario de changement climatique considéré, le rendement moyen global prévu du sorgho devrait passer de 3 t/ha dans les conditions climatiques actuelles à une valeur moyenne comprise entre 3,4 et 3,8 t/ha à l’horizon 2050-2100 », ajoute l’Institut.
Mais ces rendements sont au moins 2 à 3 fois inférieurs à ceux du maïs non irrigué, les années normales !
Par ailleurs, davantage de régions seront propices à la culture de la céréale dans les décennies à venir. « Les zones géographiques combinant des rendements élevés et stables pourraient passer de 22 % des terres cultivées européennes dans les conditions climatiques actuelles à une fourchette comprise entre 29 % et 34 % d’ici la fin du siècle », précise encore l’Inrae.
Par ailleurs, « la production de sorgho pourrait remplacer près de 90 % du maïs actuellement utilisé pour l’alimentation animale européenne, s’il était cultivé 1 fois tous les 3 ans », défend l’Inrae.
Autrement dit, la céréale « représente une option intéressante pour adapter l’agriculture européenne au changement climatique….sa production et sa valorisation pour l’alimentation animale s’accompagnent de forts enjeux, notamment pour la gestion de l’eau », soutient l’Inrae si bien que « l’eau économisée par la culture de sorgho pourrait, ainsi, être allouée à d’autres cultures, afin d’augmenter l’autonomie alimentaire sur le territoire ».