Une variété précoce est implantée à raison de 3 grains/m². © TL

Du colza pour allonger la rotation bio

En Vendée, David et Christian Biteau ont franchi le pas de la culture du colza pour allonger leur rotation bio. En trois ans, cette culture ne leur a jamais fait défaut. Elle est implantée à haute densité afin de couvrir rapidement le sol et éviter le binage.

Avant l’installation de David Biteau, le colza n’avait jamais été cultivé sur le parcellaire du Gaec des trois rivières. Sur cette exploitation en polyculture élevage au sein de la commune des Epesses dans le bocage vendéen, la rotation était axée autour du maïs ensilage, du blé semence et du ray grass semence. Lorsque le jeune agriculteur rejoint son père, Christian Biteau, sur le Gaec en 2021, le projet d’installation repose sur une conversion à l’agriculture biologique. Dès 2019 et l’entrée dans la période de conversion, il leur faut donc repenser le système de production. « Pour le passage en bio, nous avons dû revoir complètement la rotation et la diversifier » déclare David Biteau. 

Lors de l’installation, le vendéen agrandit la SAU pour atteindre 145 ha. Avec son père, il y cultive désormais un mélange blé/féverole, du lin de printemps, du soja, du maïs grain, du tournesol et 10 ha de colza. « C’est une culture qui se faisait moins dans le secteur mais que nous voyons revenir, même chez les conventionnels, pour allonger les rotations » souligne David Biteau. Chez lui, le colza s’insère entre deux blés. 

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Réussir son colza pour la campagne 2024

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Une variété précoce est implantée à raison de 3 grains/m². © TL
Une variété précoce est implantée à raison de 3 grains/m². © TL

Une culture opportuniste

Sans expérience sur cette culture oléoprotéagineuse, les exploitants se lancent en août 2021 et implantent un premier colza. Ils réalisent cette culture avec l’accompagnement de Guy Marionneau. Ce technicien bio de la coopérative Cavac prône dans le terroir humide du bocage un colza dit « opportuniste ». L’objectif est de planter un colza très dense et rapidement poussant pour étouffer les adventices concurrentes et ne pas miser sur le binage. En effet, contrairement à la plaine vendéenne, le bocage est plus arrosé et offre peu, voir pas, de fenêtre d’intervention pour le désherbage mécanique. Ce fonctionnement a particulièrement plu à David Biteau dont le temps est compté au printemps. « Avec le maïs et le tournesol, il y a déjà beaucoup de binage à réaliser sur cette période. D’autant plus que nous avons investi dans une bineuse en commun avec deux autres exploitations. Le planning est serré » confie-t-il.

Évaluer l’état de la culture à différents stades

Si ce colza est baptisé « opportuniste » par le technicien, c’est parce qu’il repose sur l’idée de le retourner à tout moment s’il ne prend pas le dessus sur la concurrence. Un premier point est fait après la levée. Si la parcelle ne donne pas satisfaction, elle peut être réimplantée en céréale d’hiver. Puis des contrôles sont réalisés en entrée et sortie d’hiver. À nouveau, si le colza a subi une attaque ou si une adventive non-gélive a réussi à se développer, la parcelle peut être réorientée vers des cultures de printemps. « En trois ans, nous n’avons jamais dû retourner une parcelle. La première année, nous avons récolté 22 q/ha et l’année dernière entre 24 et 26 q/ha. Cette année la culture est encore très belle. Nous ferons le point rapidement lors des pesées de fin d’hiver, mais il n’y a aucune raison de les retourner » assure David Biteau.

Implanter dans un contexte poussant

Pour assurer un démarrage rapide, le colza est semé entre le 20 août et début septembre. « Cette année, nous avons eu de l’eau dans la semaine qui a suivi et un automne chaud avec des conditions favorables » se félicite l’agriculteur vendéen. L’irrigation lors de l’implantation n’a encore jamais été nécessaire, mais l’option est envisageable en cas de besoin.

Le colza est semé à une densité de 60 grains/m², avec 3 grains/m² d’une variété précoce pour prévenir les attaques de méligèthes. « Cette année, nous avons utilisé Aviron comme variété principale et Atrakt comme variété précoce » précise David Biteau. 

La culture est implantée avec un écartement de 15 cm à l’aide d’un semoir en ligne Pinta de la marque Maschio Gaspardo. « Nous avons investi dans cet outil lors du passage en bio car il nous fallait un semoir de 4,5 m pour s’adapter à la bineuse Phenix de même longueur. Mais en condition difficile, nous repassons sur notre combiné de semis de 3 m » détaille-t-il.

Le colza est implanté avec un écartement de 15 cm grâce au semoir Pinta de Maschio Gaspardo. © TL
Le colza est implanté avec un écartement de 15 cm grâce au semoir Pinta de Maschio Gaspardo. © TL

Engrais, soufre et oligo-éléments

Comme il n’est pas biné, le colza opportuniste nécessite très peu d’intervention en culture. « En fonction de la pesée de sortie d’hiver, nous faisons un apport de fertilisant organique en bouchon aux alentours du 15 février, dès que les conditions le permettent » témoigne l’exploitant. Cette année, il va également apporter du soufre. « Il pourrait y avoir un impact positif sur le rendement » rapporte-t-il. Lors de la dernière campagne, il a également fait une analyse de sève qui lui a permis de faire un apport d’oligo-éléments en foliaire pour compenser les manques de la culture. 

Pour la récolte, la culture est fauchée, avant d’être récoltée deux à cinq jours plus tard. « Nous étudions le bon stade de maturité avec notre technicien qui déclenche la récolte. L’an dernier, malheureusement il a plu entre la fauche et le passage de la moissonneuse-batteuse, mais cela reste moins problématique en termes d’égrenage que si la culture était toujours sur pied à priori » évoque-t-il. Pour ramasser la culture en andain, le Gaec des trois rivières utilise sa propre machine avec une barre de coupe pour céréale classique.

Cette année, David Biteau va faire des apports de soufre sur son colza. TL
Cette année, David Biteau va faire des apports de soufre sur son colza. TL

L’opportunité du soja

Comme le colza, le soja a rejoint la rotation il y a trois ans. « En termes de binage, le passage se fait plus tard que sur maïs et tournesol, c’est intéressant pour nous » dévoile David Biteau. Cependant, il garde quelques doutes sur cette culture. « Je me demande si je ne suis pas en limite de zone. L’an dernier, nous l’avons poussé au maximum pour qu’il sèche alors que j’utilise la variété la plus précoce. Heureusement qu’il a fait chaud en octobre » se rappelle-t-il. 

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