Des vendanges aux cosmétiques, le pari de la vigne… 

Marcs, pépins, rafles, sarments, Caudalie, pionnière de la vinothérapie, a bâti son succès sur le recyclage des déchets de la vigne. Née au cœur des vignobles bordelais, la marque française de cosmétiques s’est hissée au rang de référence mondiale en matière de « clean beauty ». En valorisant les coproduits vinicoles dans une démarche d’économie circulaire, Caudalie a rebattu les cartes de la cosmétique en inventant le concept de vinothérapie. 

Vignes Caudalie. ©DR

Quand Caudalie voit le jour, Mathilde et Bertrand Thomas étaient bien loin d’imaginer qu’ils allaient être à l’origine d’une vraie success-story, 100 % familiale et française. L’aventure démarre en 1993 au Château Smith Haut Lafitte (propriété des parents de Mathilde). C’est pendant les vendanges de la même année que le couple rencontre Joseph Vercauteren, directeur du laboratoire de l’université de pharmacie de Bordeaux, qui attire leur attention sur le potentiel anti-âge des marcs de raisin, qui renferment de puissants antioxydants… Tout est parti de cette intuition entrepreneuriale, qu’ils décident de suivre. Ensemble, ils s’attellent alors à la mise au point de procédés d’extraction des polyphénols. Même si leur pouvoir antioxydant est connu depuis longtemps, l’enjeu était de stabiliser ces molécules (encore inexploitées à l’époque) pour lutter contre les radicaux libres, responsables du vieillissement de la peau. 

De la vendange au flacon… 

C’est sous la houlette de Joseph Vercauteren que le premier produit cosmétique à base de polyphénols stabilisés est créé, grâce à un acide gras qui favorise la pénétration d’actifs dans la peau. Une découverte qui ouvre des perspectives nouvelles pour valoriser les résidus de la vigne, longtemps considérés comme des déchets. En 1994, le couple négocie l’exclusivité de la licence avec la société Berkem en Dordogne, spécialisée dans l’extraction végétale. La même année, le processus est breveté et les statuts de la marque sont déposés. 

La chaîne de valeur commence donc dans les pressoirs, lors des vendanges. Car pour obtenir 10 kg de polyphénols, il faut une tonne de pépins de raisin. 

Après le pressurage, les pépins sont séparés des marcs de raisin, séchés puis acheminés vers les unités d’extraction. Et c’est là que le travail scientifique commence : transformer une matière brute en actif cosmétique concentré, stable et efficace. La recherche va permettre d’identifier trois familles de molécules : les OPC (oligomères procyanidoliques), le resvératrol (issus des sarments) et la viniférine, une molécule spécifique à la vigne. Ces trois actifs font l’objet de brevets déposés par Caudalie, donnant à la marque une caution scientifique forte. 

Couvertures des magazines wikiagri 2026

Vous n'avez encore rien lu !

Découvrez le magazine en intégral pour plonger au coeur de ce focus exclusif.

Un laboratoire R&D de pointe 

Le processus d’extraction repose sur des technologies de pointe. Car pour atteindre un minimum de 95 % d’origine naturelle dans ses produits, Caudalie s’appuie sur un laboratoire R&D à la pointe de la technologie, situé au cœur de la Cosmetic Valley à Chartres. Sur place, une équipe d’ingénieurs travaille en étroite collaboration avec le professeur Joseph Vercauteren (spécialiste des polyphénols) et David Sinclair, professeur de génétique à la Harvard Medical School. Dans un marché où les consommateurs scrutent les étiquettes, s’interrogent sur l’origine des matières premières et aspirent à une cohérence entre les valeurs affichées et les pratiques réelles, Caudalie s’appuie sur un storytelling efficace combinant authenticité, terroir et naturalité.

Les Sources de Caudalie, un spa pas comme les autres

Le spa des Sources de Caudalie, inauguré en 1999, au cœur du vignoble de Pessac-Léognan, est le berceau de la Vinothérapie®. Installé aux abords du Château Smith Haut Lafitte, l’établissement bénéficie d’un emplacement rare. Il est situé au-dessus d’une source d’eau chaude naturelle puisée à 540 m de profondeur et qui alimente piscines et bassins. Les soins Signature sont puisés directement dans les coproduits de la vigne : bain en tonneau au marc de raisin, enveloppement aux polyphénols, massage à l’huile de pépins de raisin, soin levure de vin… Un processus vertueux où les résidus de pressoir finissent leur parcours sur la peau des curistes. Depuis, neuf établissements Vinothérapie® ont été créés dans le monde, de Paris à Singapour.

Une formulation clean qui fait partie intégrante de son ADN de marque

Trente ans après sa création, la marque de cosmétiques est toujours aussi populaire. Aujourd’hui, les produits Caudalie s’exportent dans le monde entier. L’entreprise, dont le chiffre d’affaires annuel est estimé à plus de 350 M$, continue son expansion. Les marchés étrangers (États-Unis, Europe, Asie) représentent 70 % de ses ventes. Chaque année, plus de 5 000 t de pépins de raisin sont valorisées pour la fabrication des cosmétiques. Il va sans dire que la valorisation des coproduits de la vigne dépasse largement le seul cadre du domaine de Martillac.

La marque, qui compte plus de 100 références, 19 000 points de vente et 9 spas Vinothérapie®, a depuis diversifié ses sources d’approvisionnement. Afin de sécuriser sa chaîne d’approvisionnement, elle travaille avec « un ensemble de fournisseurs, et pas uniquement avec le Château Smith Haut Lafitte (…) et notamment avec des vignerons de la région Champagne, en raison des volumes de pépins de raisin dont nous avons besoin. Par ailleurs, nous élargissons nos approvisionnements à l’échelle européenne, en nous fournissant également en Espagne, au Portugal et en Italie, afin de garantir qualité, régularité et diversité des ressources », indique un responsable RSE du groupe. 

Changement climatique : quel impact sur les vignes ? 

Comme n’importe quelle espèce cultivée, la vigne subit aussi les effets du changement climatique. La précocité des vendanges, la modification des arômes, et le stress hydrique sont autant de paramètres qui peuvent affecter la qualité des raisins et surtout le volume de production. L’entreprise se veut confiante : « les évolutions constatées en viticulture concernent le profil organoleptique du raisin et ne se sont pas traduites, à ce jour, par des altérations mesurables de nos matières premières. L’enjeu pourrait davantage porter sur les volumes disponibles. Les aléas climatiques sont susceptibles d’affecter les rendements et d’entraîner ponctuellement des pertes de récolte, avec un impact potentiel sur l’approvisionnement, sans que cela constitue aujourd’hui une contrainte avérée ».
La marque a tout intérêt à sécuriser ses filières d’approvisionnement en privilégiant des sources durables. En 2025, 94 % (en volume) des matières premières d’origine viticole proviennent de l’agriculture biologique… Actuellement, l’entreprise étudie de nouvelles voies de « valorisation de ces coproduits avec d’autres régions viticoles en France comme à l’international », sans donner plus de détails. Et si la sortie de la crise viticole passait aussi par une valorisation accrue des ressources de la vigne ? Caudalie, pionnière sur ce créneau, est l’un des modèles les plus aboutis.  

Plateforme logistique

Un nouveau pôle logistique, situé à Gidy dans le Loiret, s’étend désormais sur 13 500 m². D’ici 2027, l’entreprise prévoit la mise en service d’un autre bâtiment dédié à la fabrication pour mieux gérer la chaîne de production. Deux sites de production vont aussi être relocalisés à Gidy pour gagner en efficacité opérationnelle et 120 emplois supplémentaires devraient être créés.  

Photo d'un vignoble
Caudalie sécurise ses approvisionnements en élargissant les origines. ©DR