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Comment l’Auvergne a exclu une centaine d’éleveurs du bio avant de rejoindre Rhône-Alpes

Incroyable ! Une décision budgétaire en catimini dans l’entre-deux tours des régionales va entraîner le retrait du bio d’une centaine d’éleveurs d’Auvergne. L’un d’entre eux, Rémi Bogros, témoigne pour WikiAgri.

Cet article pourrait presque appartenir à une série qu’on intitulerait « la France marche sur la tête ». Voici le sujet. Nous sommes le vendredi 11 décembre 2015. Soit dans l’entre-deux tours des élections régionales. Nous sommes en Auvergne. Une région qui a vécu, appelée à se rapprocher de Rhône-Alpes pour devenir Auvergne-Rhône-Alpes. Et pourtant la région Auvergne délibère, choisit, détermine des lignes budgétaires pour les années futures… En sachant pertinemment qu’elle n’existera plus le 31 décembre 2015 !

L’extrait de document qui suit montre donc que ce 11 décembre 2015, les critères d’éligibilité aux aides bio ont été modifiés pour les années futures, au sein de la seule région Auvergne :

Des critères d’éligibilité qui ont été déterminés sans consultation avec la profession, et sans consultation non plus avec Rhône Alpes, ce qui fait qu‘au sein d’une seule et même région (Auvergne-Rhône-Alpes) nous aurons des distorsions pendant encore plusieurs années entre Auvergne et Rhône-Alpes ! Or voici ce que dit précisément le document en question sur les conditions d’obtention des aides pour le bio, concernant les éleveurs bovins :

Bien sûr, il faut traduire. Par « taux de valorisation des animaux en filière bio supérieur ou égal à 50 %« , on entend 50 % minimum d’engraissement à la ferme. Soit, « un critère qui élimine de fait plus d’une centaine d’éleveurs« , bondit Rémi Bogros, éleveur bio (de salers) dans l’Allier (région Auvergne donc). Il précise : « L’engraissement en bio n’est pas intéressant, car la vente à l’arrivée est à peine plus chère que le conventionnel, donc comme on n’a pas intérêt à le faire, on n’a plus de la moitié des éleveurs bio de la région qui ne répondent pas à ce critère. Et c’est impossible de se mettre aux normes en si peu de temps pour prétendre aux aides…« 

« On voudrait arrêter le bio, on ne s’y prendrait pas autrement »

Ces aides représentent la valorisation choisie politiquement en faveur du bio, pour répondre aussi aux attentes de la société. Pour l’éleveur, selon Rémi Bogros, elles peuvent aller « jusqu’à 10 000 € » (à l’année), ce qui signifie aussi que, sans elles, « mieux vaut arrêter le bio« …

Rémi Bogros ne cache pas sa colère. « Aujourd’hui, tout est fait contre le bio. C’est incroyable qu’une telle décision soit prise sans que personne ne puisse revenir dessus, puisque le décideur n’existe plus ! Les éleveurs bio n’ont pas été consultés, sinon ils n’auraient pas accepté une telle ineptie, et ne peuvent plus se retourner contre quiconque… On voudrait arrêter le bio, on ne s’y prendrait pas autrement…« 

On ne sait pas ce qui a motivé cette décision à la va-vite de la région Auvergne, pourtant officiellement en fin de parcours : le respect « à la lettre » d’un règlement idiot ? L’envie d’éviter une absence de vote de budget pour 2016 (mais alors pourquoi l’avoir fait ainsi ?) ? Un coup tordu politicard vis-à-vis de la prochaine présidence (le vendredi précédent le deuxième tour, les sondages étaient relativement précis quant à la victoire finale de Laurent Wauquiez, Les Républicains, en succession de Jean-Jack Queyranne de Rhône-Alpes et de René Souchon d’Auvergne, tous deux socialistes) ? On ne peut, à ce stade, exclure aucune hypothèse. Il est d’ailleurs vraisemblable que cette situation tordue dans laquelle se retrouvent les éleveurs bio d’Auvergne n’appartient pas qu’à eux ; d’autres domaines, et pas seulement dans ces régions, ont probablement subi la « peaudebananisation » (si vous m’autoriser ce néologisme) au moment des changements de région, que celle-ci ait été volontaire ou non…

Le résultat est lamentable : alors que l’on prône les filières de qualité dans les discours, on incite dans les actes à les quitter.

« Tout ça, c’est d’abord la faute à Le Foll »

Concernant en particulier la filière bio, tout a commencé en fait quand les aides sont passées du premier au deuxième pilier. Comprenez quand les conditions de leur obtention sont passées de la responsabilité de l’Etat à celle des régions. Rémi Bogros se souvient : « Quand Michel Barnier était ministre de l’Agriculture, il avait soutenu la filière bio en la faisant passer dans le premier pilier. Mais Le Foll a préféré le chemin inverse, faire revenir le bio dans le second pilier. En sachant pertinemment que les collectivités allaient tirer sur les budgets…« 

Car ce critère auvergnat réclamant l’engraissement n’est ni anodin, ni dû au hasard. « On sait que les régions ont reçu davantage de prérogatives sans pour autant avoir les budgets en face. Mais comme elles ne peuvent pas communiquer sur leur intention d’arrêter le bio, elles changent insidieusement les règlements pour parvenir au même résultat…« 

En d’autres lieux (région centre Val de Loire, voir lien en fin d’article), on sait que les enveloppes prévues pour cinq ans pour les conversions ont été consommées dès la première année…

Le bio a toujours la cote dans les discours, mais dans les discours seulement…

Résumé de la situation

Cet exemple précis montre :

1. Que les régions qui se sont agrandies ont conservé des orientations budgétaires différentes en leur propre sein en lien avec les précédentes frontières régionales au moins sur le bio (et très probablement sur de nombreux autres sujets) pour 2016 (et d’autres années à suivre ?)…

2. Que les budgets, dont le bio, qui sont passés sur le deuxième pilier récemment sont soumis au bon vouloir des élus locaux, lesquels ne prennent pas obligatoirement la peine de consulter les professionnels avant de prendre leurs décisions.

1 + 2 = On a donc des distorsions entre les régions, et à l’intérieur de chaque région…

Quand je vous parlais d’une série « la France marche sur la tête »…

 

En savoir plus : http://www.lafranceagricole.fr/actualites/centre-val-de-loire-il-ny-a-plus-daides-pour-la-conversion-en-bio-1%2c0%2c353403697.html (article de La France Agricole précisant que dans une autre région, Centre Val de Loire, les budgets en faveur du bio ont été très vite dépensés…).

Ci-dessous, photo fournie par Rémi Bogros de son élevage de salers bio.

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