Comment intégrer le biocontrôle dans sa stratégie agronomique

Marché en plein développement, le biocontrôle apporte aussi des solutions de protection des grandes cultures.

Avec 170 millions d’euros, 200 si on inclut le cuivre, le biocontrôle représente 8 % du marché de la protection des plantes, 9,5 % avec le cuivre. En agriculture comme dans les espaces verts, le recours à ces solutions basées sur l’utilisation de mécanismes naturels poursuit sa croissance à 2 chiffres. « Pour la troisième année consécutive, le marché du biocontrôle augmente d’environ 25 %. Cette croissance soutenue nous incite de revoir nos objectifs à la hausse. Le biocontrôle pourrait représenter 15 % du marché de la protection des plantes d’ici 2022, et non plus 2025, et atteindre le cap des 30 % en 2030 », avance Denis Longevialle, secrétaire général d’IBMA France, l’association qui fédère les entreprises du biocontrôle.

Si les premières solutions sont apparues dans les années 1980, c’est dans le cadre du plan Ecophyto 1, il y a plus de 8 ans, que le biocontrôle a été reconnu par les pouvoirs publics comme l’une des pistes pour protéger les cultures tout en limitant le recours aux molécules de synthèse. Une nouvelle étape pourrait être franchie l’année prochaine avec le lancement d’une stratégie nationale de déploiement du biocontrôle, proposée dans la loi Egalim et articulée autour de quatre leviers : l’accélération de la recherche et de l’innovation, la réglementation à porter jusqu’au niveau européen, l’information et la formation. La consultation publique est attendue prochainement.

A intégrer dans un itinéraire technique revu

Mieux implanté en cultures spécialisées, le biocontrôle commence à percer en grandes cultures. IBMA France reconnait qu’il n’y a pas encore de solutions pour tous les usages. « Insecticides et fongicides concernent près de trois produits de biocontrôle sur quatre. Les solutions herbicides sont bien moins développées. Pour couvrir un maximum d’usages, il faut accélérer la recherche et l’innovation, souligne Denis Longevialle. Un crédit d’impôt recherche majoré pourrait y contribuer. » IBMA France est membre fondateur de l’académie de biocontrôle et de la protection biologique intégrée. Créée en 2013, cette académie forme des formateurs au biocontrôle, pour démultiplier le message technique apporté aux agriculteurs.

S’il a son intérêt pour réduire les IFT, certains reprochent au biocontrôle une efficacité moindre, ou du moins, irrégulière. « Nous en sommes encore au début du déploiement de la plupart des solutions, tempère Denis Longevialle. Avec le biocontrôle, on ne remplace pas un bidon A par un bidon B, c’est bien à une nouvelle stratégie de protection des plantes qu’il faut s’atteler et l’accompagnement pour ce changement de pratiques ne doit pas être négligé. Il y a encore du progrès, des innovations à attendre. » Et d’ajouter : « Il faut bien connaître le mode d’action des produits pour bien les utiliser. Par exemple, quand ils contiennent des organismes vivants, un stockage dans de mauvaises conditions peut leur faire perdre tout ou partie de l’efficacité. »

Mais il faut également intégrer le biocontrôle dans une stratégie de techniques combinées. « Il faut changer de paradigme et plutôt comparer les itinéraires que les produits », conseille Denis Longevialle. Le biocontrôle se raisonne dans un itinéraire technique complet, avec des choix agronomiques complémentaires, en s’appuyant sur des outils d’aides à la décision pour intervenir au bon moment. « Le biocontrôle cherche à atteindre un équilibre des populations d’agresseurs, plutôt qu’une éradication, rappelle Denis Longevialle. Il faut adapter son niveau d’exigence. »

Action Pin adapte le conditionnement de ses fongicides

Utilisé pour lutter contre la septoriose, Heliosoufre est une solution à base de soufre, applicable en agriculture conventionnelle comme biologique. Face aux résistances, notamment aux triazoles, le soufre apporte une alternative efficace. Pour mieux répondre aux attentes de ses utilisateurs, Action Pin le propose désormais en conditionnement de 300 litres. Ce volume, plus adapté aux superficies à traiter, limite le nombre d’emballages à retraiter.

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C.J.