Face aux résistances développées par les altises, charançon du bourgeon terminal et méligètes, les stratégies de lutte doivent intégrer les pratiques culturales, l’environnement des parcelles, le stade de la culture et la pression effective.
Depuis le retrait du Phosmet en 2023, les pyréthrinoïdes sont les seuls insecticides homologués contre les coléoptères sur colza. Or les altises d’hiver, charançons du bourgeon terminal et méligèthes ont développé des résistances à ces matières actives. « Les leviers agronomiques ont fait leurs preuves pour gérer ces ravageurs » soulignait Laurent Ruck, ingénieur de développement responsable insecticide et biocontrôle à Terres Inovia au cours du webinaire de l’institut technique le 5 juin 2025. Les mécanismes et impact des résistances sont toutefois variables selon les espèces et des solutions insecticides restent encore possibles dans certains cas.
« Les grosses altises et charançons du bourgeon terminal sont bien présents, note Céline Robert, chargée d’études à Terres Inovia. Dans cette situation fragile, il est incontournable de mobiliser différents leviers de lutte ». En effet, les résistances aux pyréthrinoïdes observées sur méligèthes, altises d’hiver et charançon du bourgeon terminal se traduisent par des pertes d’efficacité au champ. Certaines matières actives sont même devenues inefficaces. A l’inverse les résistances des charançons des siliques, de la tige du colza ou du chou ne génèrent pas ces pertes d’efficacité.

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Biomasse et dynamique de croissance sont essentielles
Concernant les grosses altises, les taux de mortalité en laboratoire s’avèrent très variables de 100 % à 0 % pour 15 nanogrammes d’insecticide par cm2 et apparaissent liées à une mutation dite super KDR (SKDR). Cette mutation s’est progressivement étendue de l’Yonne à la Région Grand Est et au Centre-Val de Loire.
Le taux de mortalité est également très variable pour le charançon mais avec des impacts sur l’efficacité plus limités que dans le cas de l’altise. Insecte peu fréquent en dehors du Sud-Ouest, du Centre et de l’Est, ses mutations se retrouvent principalement dans la moitié nord de l’hexagone. Pour ce ravageur, les populations aux plus faibles mortalités combinent capacité de détoxification et mutation de la cible principale.
Les résistances des méligèthes concernent les pyréthrinoïdes dans le nom se termine en « ine ». Par contre, aucune perte d’efficacité du Tau-fluvalinate n’a été observée ces dernières années.
« Il convient de combiner tous les leviers à notre disposition » rappelle Laurent Ruck soulignant l’importance de la robustesse de la culture. Il ajoute : « la fertilité des sols et le précédent ainsi que la qualité de l’implantation sont déterminants ». L’ingénieur de développement responsable insecticide et biocontrôle évoque également l’intérêt de l’association avec les légumineuses et note des comportements variétaux différents vis-à-vis de l’altise. Laurent Ruck complète : « la biomasse et la dynamique de croissance sont essentielles ».
Pour agir sur les ravageurs, il invite à agir sur le paysage en détournant les altises de la culture et en préservant les ennemis naturels. Afin d’éviter la rencontre entre le ravageur et la culture, Laurent Ruck souligne : « il est possible d’agir sur les dates de semis, les associations avec des légumineuses et les plantes pièges ».
Il recommande de décider d’une intervention si la culture est à un stade sensible et si la présence du ravageur est significative. Il indique : « le contexte agronomique et la robustesse de la culture sont également pris en comptes dans les outils d’aide à la décision pour les larves de grosses altises, les altises adultes et le charançon du bourgeon terminal ». En cas de décision d’intervention, le produit retenu doit prendre en compte le statut de résistance du ravageur en fonction du secteur concerné.
En secteur KDR, les pyréthrinoïdes restent efficaces sur grosse altise alors qu’ils ne sont plus adaptés en secteur SKDR. Concernant les méligèthes, les pyréthrinoïdes particuliers présentent encore de bonnes efficacités. « Il n’y a pas de solution aujourd’hui pour lutter contre les altises adultes porteuses de la mutation SKDR, précise Laurent Ruck. Il faut réussir l’implantation ».