A deux mois de la prochaine campagne céréalière, estimer les productions mondiales de blé, d’orges et de maïs est un exercice périlleux cette année. Dans l’hémisphère sud, la flambée des prix des fertilisants et des carburants pourraient dissuader une partie des agriculteurs à cultiver leurs terres. Par ailleurs, les conditions de cultures se détériorent : plusieurs cas de sécheresse dans l’hémisphère nord, retour de l’El Nino dans l’hémisphère sud.
Après une campagne 2025-2026 d’abondance, caractérisée par une production mondiale record de céréales de 2 475 millions de tonnes (Mt), les prévisions du Conseil international des céréales (CIC) anticipent une nouvelle campagne sans panache.
2 413 Mt de grains seraient produites dans le monde, 60 Mt de moins qu’en 2025-2026…mais la planète produira toujours plus de grains qu’en 2024-2025 (2 328 Mt). Ces prévisions reposent sur les déclarations de surfaces de céréales implantées dans le monde et sur des conditions de cultures observées dans les bassins de production.
Lorsque le Conseil international des céréales a publié ses premières prévisions pour la campagne 2026-2027, le conflit dans le golfe Persique au Moyen Orient venait d’éclater. Et personne n’avait alors imaginé qu’il allait durer et se cristalliser sur le détroit d’Ormuz, à la fois bloqué par les flottes iranienne et américaine.
La flambée des prix des engrais et des carburants conduira une partie des agriculteurs à revoir leurs assolements. Mais à cette heure, le CIC n’a pas les moyens de quantifier les mesures qu’ils prendront et quels seront alors leurs impacts sur la production mondiale de grains.
Dans l’hémisphère nord, les céréaliers pourraient revoir à la marge leur assolement de maïs et privilégier, là où c’est possible, la culture de soja par exemple. Mais dans l’hémisphère sud, les semis de blé et d’orges ont à peine débuté et ceux de maïs ne se dérouleront que dans six mois….Une éternité compte tenu l’imprévisibilité de la conjoncture internationale actuelle.
Dans tous les cas de figure, sans hausse notable des prix des céréales, les agriculteurs n’ont pas les moyens de faire face à une explosion de leurs charges de mécanisation et de fertilisation.
Les conditions météorologiques constituent désormais un deuxième facteur de risque majeur. Des épisodes de sécheresse printanière dans les grandes plaines étasuniennes, en Russie et même sur une partie de la France, entravent le développement des céréales d’hiver.
Dans l’hémisphère sud, l’El Nino pourrait sévir dans les prochains mois. L’Australie et une partie de l’Amérique du sud seront alors confrontées à des températures caniculaires et à des précipitations irrégulières durant le prochain été austral.
Dans son dernier rapport publié le 24 avril dernier, le CIC a quelque peu intégré ces facteurs en actualisant ses prévisions. Mais estimer la production de maïs est hasardeux même si le Conseil avance le chiffre de 1300 Mt (-23 Mt sur un an ; +60Mt sur deux ans).
Prévisions pour le blé
Ce début mai, les prévisions les plus fiables portent sur les productions de blé tendre, de blé dur et d’orges, essentiellement cultivées dans l’hémisphère nord. Car parmi les pays exportateurs majeurs de la céréale, seules l’Australie et l’Argentine sont situées dans l’hémisphère sud.
Quoi qu’il en soit, 820 Mt de blé seraient produites dans le monde en 2026-2027 selon le CIC, dont 38,3 Mt de blé dur (cf encadré ci-dessous). Dans l’hémisphère nord, les pays exportateurs majeurs (UE, Russie, Ukraine, Etats-Unis, Kazakhstan et Canada) en récolteraient environ 350 Mt. Après une année record, ils engrangeraient 17 Mt de moins que l’été dernier.
En Union européenne, la récolte de 137 Mt serait inférieure de 6 Mt à l’an passé. En France, la production est pour le moment estimée à 33,6 Mt.
Dans l’hémisphère sud, le CIC ne prend pas de risque important en estimant la prochaine récolte australienne de blé à 20 Mt (- 8 Mt) et argentine à 32 Mt (-4 Mt). Il anticipe quelque peu le retour de l’El Nino en l’inscrivant dans la moyenne des cinq dernières années.
En 2026-2027, les échanges mondiaux de blé (200 Mt) seraient inférieurs à ceux de la campagne actuelle qui étaient eux-mêmes très poussifs. Mais les pays du Maghreb importeraient moins de grains qu’à l’accoutumée.
La répartition de la production mondiale de blé serait moins déséquilibrée que les campagnes passées. Le retour des précipitations au Maroc augure une bonne récolte de blé (5,5 Mt voire 8 Mt selon d’autres sources que le CIC) L’Afrique du Nord engendrerait ainsi 20 Mt de grains (+3 Mt).
Par ailleurs, la Turquie anticipe une production 22 Mt (+ 4 Mt).
L’Egypte resterait le premier pays importateur au monde de blé (12,5Mt) devant l’Indonésie (12,1 Mt). La Chine achèterait autant de blé (6,3 Mt) qu’en 2025-2026. Sa consommation évolue puisque la population vieillit et se contracte. Par ailleurs, elle privilégiera le déstockage aux achats de grains en provenance de pays tiers.
Prévisions pour l’orge
147 Mt d’orges seraient récoltées au cours de la prochaine campagne dont 84 Mt en UE, au Canada, en Russie, en Ukraine, exportateurs majeurs de la céréale dans l’hémisphère nord.
La production mondiale se replierait ainsi de 7 Mt. La moitié de la baisse serait supportée par l’UE (- 3 Mt à 52,5 Mt).
Sur les 29 Mt disponibles à l’export dans monde, la Chine et l’Arabie Saoudite en achèteraient la moitié.
L’Union européenne, et durant la seconde partie de la campagne, l’Australie, exporteraient à parts égales 15 Mt.
L’Afrique du Nord et le Maroc en particulier pourront compter sur leur récolte (3,7 Mt) pour importer moins de grains (2,4M ; -0,3 sur un an). Il en sera de même en Turquie.
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Le blé dur en chiffres
Selon le CIC, la production mondiale de blé dur devrait rester globalement stable en glissement annuel, à 38,3 Mt.
L’UE produirait 7,7 Mt de grains (dont la France 1,2 Mt où la culture ne décolle pas) et le Maghreb, 5,4 Mt. Le Maroc s’attend à engranger 1,5 Mt de blé dur, soit 50 % de plus de grains que l’an passé.
Le Canada sera toujours le chef d’orchestre des échanges mondiaux (5,2 Mt sur 8,4 Mt). La Turquie projette aussi une bonne récolte (4,6 Mt ; +0,8 sur un an) mais un retour fracassant sur les marchés n’est pas d’actualité (disponible exportable limité à 600 000 t).
L’Union européenne sera le premier importateur (2,1Mt suivie par l’Algérie (1,7 Mt) et le Maroc (0,75 Mt) bien qu’il achètera 450 000 t de moins que l’an passé.