Blé dans le monde : l’abondance ne profite pas à tous 

La production mondiale de blé bat tous les records. Le marché est engorgé. Les pays traditionnellement importateurs de grains modèrent leurs achats. La céréale est produite sur les 5 continents, mais seuls 8 pays en exportent massivement. La France ne produit plus la totalité de la farine qu’elle consomme et elle est déficitaire en blé bio.

©DR

A l’échelle de la planète, le réchauffement du climat ne pèse pas sur la production mondiale de céréales à paille (hors riz) et de maïs. Cette campagne-ci, plus de 100 millions de tonnes (Mt) de grains supplémentaires seront récoltées comparées à la campagne précédente. Mais depuis quelques années, l’El Niño  (un phénomène couplé océan-atmosphère induisant un refroidissement des eaux océaniques), irrigue l’Argentine et l’Australie. Si bien que les productions de l’ensemble des céréales cultivées dans le monde atteindront 2 430 Mt d’ici la fin du mois de juin prochain, selon le Conseil international des céréales (CIC). En six ans, au moins 200 Mt supplémentaires auront ainsi été engrangées.

Pour sa part, la production mondiale de blés tendre et dur est estimée pour cette campagne à 830 Mt, soit 80 Mt de plus qu’en 2019-2020. La céréale est cultivée sur tous les continents mais 8 pays (la Russie, les Etats-Unis, l’Union européenne, le Canada, l’Ukraine, l’Argentine, le Kazakhstan et l’Australie) en produisent plus de la moitié (423 Mt) pour en exporter une grande majorité (195 Mt). 

L’Union européenne est le 2e exportateur de blé au monde (33 Mt, cf. encadré) derrière la Russie (46 Mt). 
La majorité des pays produisent d’abord pour approvisionner leur marché intérieur, la Chine (140 Mt) et l’Inde (117 Mt) en tête.

Toutefois, l’Empire du Milieu et la Russie ont les moyens de peser sur l’évolution des cours et les échanges mondiaux de blé (207 Mt prévus pour 2025-2026), conscients des enjeux géostratégiques qu’ils représentent aussi bien à l’import pour la Chine qu’à l’export pour la Russie. Le blé est devenu une arme alimentaire puissante.    

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Des échanges commerciaux léthargiques

Les cours mondiaux de l’ensemble des céréales sont au plus bas et le demeureront de nombreux mois, sauf si un accident climatique ou une crise géopolitique survient. Chaque mois depuis le début de la campagne, les productions mondiales de céréales sont réajustées à la hausse, au fil de l’avancée des volumes de grains engrangés et de l’avancée des moissons dans l’hémisphère Sud. Le site Ukragroconsult.com rapporte que l’Argentine récoltera 27,7 Mt de blé, autrement dit 9 Mt de plus que durant l’été austral 2024-2025. L’Australie n’est pas en reste puisqu’elle est en mesure de battre son record de la campagne passée (35 Mt versus 34 Mt et 26 Mt en 2023-2024). 

Or les échanges commerciaux de blé stagnent (207 Mt) à des niveaux inférieurs à 2023-2024 et les grains nouvellement inventoriés sont voués à grossir des stocks de fin de campagne annoncés en hausse. La campagne passée, la chute de la production européenne, et surtout française de blé n’a suscité aucun émoi sur les marchés des céréales pas plus que le cauchemar actuellement vécu par les producteurs ukrainiens de céréales confrontés à des problèmes logistiques et climatiques démentiels. Ils retardent notamment la commercialisation de leurs récoltes et l’emblavement de leurs cultures de céréales d’hiver. 

Une répartition inégale

La production mondiale de blé progresse chaque année mais elle est de plus en plus mal répartie, entre la poignée de pays producteurs-exportateurs majeurs et une liste à la Prévert de pays importateurs de plus en plus dépendants des marchés pour couvrir leurs besoins. Une partie d’entre eux sont victimes du dérèglement du climat, ils sont confrontés à une croissance démographique importante et à une évolution occidentale du régime alimentaire de leur population. 

L’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est importent plus de 150 Mt de blé. 

La Russie, l’Ukraine et l’Union européenne approvisionnent le sud de la Méditerranée et le Golfe persique, un marché de 60 Mt qu’elles se partagent. L’Égypte, où la population croît de plus d’un million d’habitants par an, est le 1er pays importateur au monde de blé, à égalité avec l’Indonésie. Une partie des importations de blé approvisionne son industrie meunière en plein essor.

Ces pays importateurs n’ont pas les moyens de réduire massivement leur dépendance à l’égard des marchés. Leurs politiques agricoles la réduiront à la marge. Mais l’essor de la culture irriguée de blé en Algérie ou en Arabie saoudite, dans des zones désertiques, est très critiqué. Leur bilan écologique est catastrophique.

Tendre vers l’autonomie céréalière

Au Moyen-Orient cette année, la production de blé s’est effondrée en Syrie (1,2 Mt contre 3Mt en 2024), en Irak et en Iran, où la population manifeste contre la vie chère. Dans ces pays, les épisodes redondants de sécheresse sont fortement redoutés par les régimes en place, sans moyens politiques et économiques pour juguler la pénurie de céréales qui en découle. Un des facteurs déclenchants de la guerre civile en Syrie en 2012 a été une sécheresse et l’exode d’une partie de la population rurale qui s’en est suivie. 
Parmi les pays importateurs, seule la Chine, qui était il y a moins de cinq ans un pays importateur majeur de blé, parvient progressivement à tendre vers l’autonomie céréalière. Sa production croît chaque année, sa consommation stagne et l’Empire du milieu déstocke pour acheter moins de blé. Actuellement, ses réserves de blé, la moitié des stocks détenus dans le monde, équivalent à 134 Mt, l’équivalent de 11 mois de consommation.

Union européenne : une campagne en demi-teinte

À mi-campagne, l’Union européenne a exporté 10,8 Mt de blé vers les pays tiers, dont 7 Mt depuis la France et la Roumanie à parts égales. Autrement dit, l’Hexagone a déjà expédié 2,5 Mt de blé en plus que l’an passé. 

Selon la Commission européenne, le Maroc en a importé 850 000 t (essentiellement français), l’Arabie saoudite, 850 000 t aussi, l’Égypte, 800 000 t (dont 500 000 t depuis la France) et, l’Algérie et le Nigéria 1,2 Mt à parts égales. D’ici la fin du mois de juin prochain, 33 Mt devront être exportées (dont 7,6 Mt depuis la France) alors que l’Australie et l’Argentine concurrencent déjà le blé ukrainien et russe sur les marchés orientaux et africains. 

Les pays destinataires sont essentiellement africains, à la fois maghrébins et subsahariens. Mais l’Algérie boycotte l’origine française pour des raisons géopolitiques.
Sur le marché européen, la France a expédié 2,6 Mt de blé en Belgique (630 000 t), aux Pays-Bas (560 000 t) et dans une moindre mesure en Espagne (400 000 t) et en Italie (250 000 t). D’ici la fin du mois de juin prochain, 7,4 Mt devraient avoir été exportées, selon FranceAgriMer. 

(1)  Au 1er janvier 2026