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Sacrées vaches, leur urine vaut de l'or en Inde

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05Oct2017

Le litre d’urine de vache vaut jusqu’à deux euros et son prix restera à ce niveau tant que les Hindous loueront ses vertus. Elle est employée pour produire des médicaments et des produits cosmétiques mais aussi de l’engrais. L’urine contient même de l’or !

En Inde, les vaches sont sacrées mais l’urine et les bouses qu’elles produisent le sont tout autant, tant les profits tirés de leurs transformations et de leurs ventes sont importants. Si bien qu’une fois réformées, les vaches trop vieilles pour produire du lait, entament une seconde carrière : celle de productrice d’urine et d’excréments. Les animaux sont alors parqués dans des gaushalas par centaines. Ce sont des refuges où les vaches sont nourries jusqu’à la fin de leur vie. Là, des ouvriers recueillent leur urine chaque matin vers quatre heures et leurs bouses sont collectées toute la journée.

Les Hindous portent d’innombrables vertus à l'urine de vache, pure ou transformée. Même celle de contenir de l’or, jusqu’à 10 milligrammes par litre produit par une vache de la race Gir. Aussi, lorsqu’un adepte de cowpathy, la médecine de la vache et de ses produits dérivés, achète une bouteille d’urine, il en a pour son argent !

Business, or et religion constituent ainsi un cocktail détonnant. Il renforce la sacralité des vaches, se réjouissent les nationalistes Hindous opposés à leur abattage. Et la filière est juteuse, si l'on ose écrire, puisque ces animaux retraités sont sources de profits à vie! Ils ne sont pas nourris pour rien.

Le quotidien Le Monde du 3 septembre dernier ne pouvait pas manquer de passer en revue cette filière animale en pleine expansion. On décompte 70 millions de vaches en Inde. L’urine la plus convoitée est celle produite par des jeunes vaches de race indienne. Selon les Hindous, les laitières issues de croisements ne sont pas réputées pour produire de l’urine de qualité. Dans les champs, elles empêcheraient même l’herbe broutée de repousser !

Une encyclopédie ayurvédique compulse l’ensemble des remèdes à base d’urine. Le Monde rapporte que Ram Dahiya, un instituteur en retraite « s’en inspire pour mettre au point de nouveaux médicaments » convaincu « que les traitements à base d’urine soignent le cancer et le sida ! ». Ils « améliorent aussi la mémoire ».

Mythes, croyances et vertus sur les excréments des vaches sacrées

Ce culte plurimillénaire voué aux vaches est entretenu par le Premier ministre Narendra Damodardas Modi et son gouvernement, depuis que les nationalistes hindous ont accédé au pouvoir. « La vache est le totem politique des nationalistes pour imposer leur idéologie », rapporte Le Monde. « Des groupes de protection de la vache sèment la terreur parmi les minorités religieuses en s’attaquant à ceux qui sont soupçonnés de manger du bœuf ou de transporter des vaches aux abattoirs », ajoute le quotidien.

Il est dans l’intérêt du gouvernement hindou, nationaliste et vigoureusement opposé à l’abattage de bovins d’entretenir les mythes, les croyances et les vertus que les Indiens vouent sur les excréments et l’urine de vache pour conforter la sacralité de l’animal. Sinon, les animaux réformés ne pourraient pas être nourris indéfiniment pour rien.

Des marchés locaux, où sont vendues différentes catégories d’urines et d’excréments fleurissent dans les villages. Et des gaushalas sont implantés dans les lieux publics, jusque dans les prisons.  

Pour tenter néanmoins de discerner ce qui relève du vrai et du faux de la cowpathy, le gouvernement indien a formé un comité scientifique. Il a pour mission d’étudier les vertus curatives de cette discipline, autrement dit de tous les sous-produits bovins dérivés (viande exceptée évidemment). Pour l’agriculture, des techniques de production d’engrais et de produits de protection des plantes seront mises au point.

Sur le terrain, le développement des gaushalas (les abris pour les vaches sacrées) impose la formation de techniciens compétents pour les gérer. C’est pourquoi le gouvernement subventionne, par exemple, la création d’un centre de formation équipé de machines pour former de nouveaux techniciens. Perfectionniste, le gouvernement indien ne lésigne pas sur les détails pour structurer une filière, clé de voute d'une société et de ses valeurs, pour rester au pouvoir.
 

En savoir plus : http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/02/la-vache-a-cash-des-nationalistes-hindous_5180049_3234.html (article source du Monde) ; http://www.wikiagri.fr/articles/la-bouse-de-vache-vendue-sur-ebay-un-debouche-davenir-/7698 (précédent article de WikiAgri, cette fois sur la bouse de vaches).
 

Notre photo ci-dessous illustre une vache et son urine, mais sans rapport avec l'Inde, bien sûr. Photo Fotolia, lien direct : https://fr.fotolia.com/id/163406430.

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Hénin Frédéric

Journaliste

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