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Bovins, les éleveurs ne profitent pas des gains de productivité de leur travail

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17Nov2017

Malgré les crises sanitaires (FCO, Schmallenberg), les exploitations d’élevage de bovins viande n’ont pas cessé de s’agrandir au cours des 10 dernières années. Par ailleurs, la productivité par unité de main-d’oeuvre (UMO) a augmenté de 50 % dans les élevages de naisseurs-engraisseurs. Mais dans le même temps, les revenus sont n’ont pas décollé. Certaines années, ils étaient inférieurs de plus de 40 % à leur niveau de 2005.

La croissance de la taille des exploitations de bovins viande se poursuit d’année en année. Tout au plus l’agrandissement s’est-il ralenti au plus fort des crises sanitaires (FCO, Schlallenberg). Mais pour quel résultat ?

Lors de la conférence Grand Angle Viande du 7 novembre dernier, Baptiste Buczinski et Philippe Dimon se sont appuyés sur les résultats de 124 exploitations du réseau Inosis pour montrer que la taille des exploitations a crû de 15 % au en dix ans pour atteindre 163 ha en moyenne. Mais surtout, la productivité du travail a augmenté de 50 %. Compte tenu du décalage requis pour traiter ces données, les années de référence sont 2005/2015.

Dans ce réseau, les trajectoires des exploitations pilotes « reflètent ce qui est observé dans l’ensemble des exploitations », affirment les auteurs. Autrement dit les évolutions observées sont tout à fait transposables à l’échelle de la filière. 

Chaque UMO a dorénavant en charge un troupeau de 46,4 vaches contre 31,9 dix ans auparavant. Pour les naisseurs, l’évolution est moindre avec une hausse de 32,9 % de la taille du troupeau par UMO. Mais la productivité numérique (nombre de veaux produits) est restée inchangée hormis les années de crises sanitaires. 

Au cours de ces dix dernières années, l’élevage de bovins viande s’est donc intensifié. Toutefois, la hausse de la taille des troupeaux et de la productivité du travail ne profite pas aux éleveurs puisque leur revenu est à peine resté à son niveau de 2005, proche du salaire minimum. Certaines années, il était même inférieur de 40 % au Smic.

Les explications de ce constat résident dans la nouvelle ventilation des produits charges de production observée depuis 2005.

A droite du compte de résultat, le chiffre d’affaires (rapporté aux 100 kilogrammes d’animal vif) a progressé de 10 %, soit autant que les charges au cours de la période retenue.

En fait, ce chiffre d’affaires a crû de 22 % tandis que le montant des aides a diminué en moyenne de 14 % au cours de la même période. La taille des exploitations est une des raisons de cette baisse mais celle-ci masque des disparités selon leur localisation. Celles situées en zones défavorisées sont mieux dotées en aides.

A gauche du compte de résultat, les deux postes les plus pénalisants depuis dix ans sont l’alimentation (+ 29 %) et la mécanisation (+23 %). En forte progression, ils ont capté à eux seuls l’essentiel des gains de productivité avec le poste « frais d’élevage ». 

En euros, ils ont capté 75 % de la hausse du chiffre d’affaires, les 25 % restants compensant la baisse des aides.

A contrario, un poste de charges, qu’il aurait été souhaitable de ne pas voir diminuer, est la rémunération du travail, en recul de 10 % en 10 ans. En fait, comme le revenu global par UMO n’a pas progressé, faute de prix rémunérateurs, cette charge de travail est répartie sur un volume d’animaux produits plus important puisque le troupeau de vaches allaitantes et leur suite a crû dans de nombreuses exploitations jusqu’à 50 %.

De ces chiffres, il ressort que ces exploitations pilotes, dont l’évolution reflète les tendances observées au niveau de la filière selon l’Idele, se sont agrandies sans avoir opté pour des systèmes plus efficients dans l’utilisation des ressources fourragères. Elles ne sont pas non plus allées vers une plus grande précocité dans les mises bas. Et avec les conséquences évoquées ci-dessus, en termes de mécanisation.

En effet, l’agrandissement des troupeaux et s’est faite au détriment de la sécurité alimentaire avec l’achat de concentrés. Par ailleurs la proportion des vêlages en automne plus importante génère davantage de charges.

Les années de sécheresse ont aussi rendu les systèmes encore plus vulnérables car les éleveurs ont dû se procurer des fourrages onéreux.

Par ailleurs, les économies d’échelle ont été obtenues par des investissements en matériels disproportionnés puisque l’augmentation de la surface des exploitations aurait dû avant tout diluer ce poste de charges sur un nombre d’hectares plus important. Or il n’en a rien été.

En fait, le suréquipement dans les exploitations offre à l’éleveur, souvent seul sur son exploitation agrandie, l’assurance de pouvoir réaliser son travail à temps.  

Résultat, la taille importante de l’exploitation conduit à une capitalisation avant tout en cheptel et en matériel au détriment du revenu. Autrement dit à un transfert d’une partie des gains de productivité aux fabricants d’aliments et aux constructeurs de matériels agricoles.

Sur l’exploitation, le capital immobilisé représente dorénavant 7 fois le montant de l’EBE disponible contre 4,5 fois 10 ans auparavant, ce qui rend les fermes difficilement reprenables car elles ne dégagent pas suffisamment d’Ebe- pour couvrir les annuités.


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Hénin Frédéric

Journaliste

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