Ukraine – L’Union européenne l’alternative aux ports de la mer Noire

L’adhésion à l’Union européenne n’est pas la priorité du moment. Pouvoir accéder au marché européen pour écouler les produits agricoles actuellement bloqués dans des ports l’est.

AgrIDées, a ouvert sa saison 2026-2027 de conférences en réunissant un panel d’experts pour traiter de « l’évolution des négociations agricoles entre l’Ukraine et l’Union européenne ». Lors de leurs interventions, Taras Vysotskyi, ministre ukrainien de l’Agriculture et Alex Lissitsa, président de l’UCAB (Ukrainian Agribusiness Club) ont davantage insisté sur l’opportunité économique que représente l’intégration européenne de leur pays que sur les soutiens publics auxquels l’agriculture ukrainienne et ses agriculteurs pourront prétendre une fois leur pays membre de l’UE. 
Quoi qu’il en soit, l’adhésion de l’Ukraine n’est pas envisagée d’ici 2034, lorsque le cadre financier pluriannuel, qui succèdera celui qui sera négocié au mois de décembre prochain (2 000 Mds d’€ en jeu), sera à son tour débattu.

Par ailleurs, Alex Lissitsa a souligné que l’agriculture ukrainienne se développe sans percevoir de soutiens publics sous entendant qu’en Union européenne, de nombreuses filières  ne doivent leur essor qu’à la Politique agricole commune et aux règles commerciales en vigueur en Union européenne.

La priorité : exporter

Pour les agriculteurs ukrainiens, la priorité du moment est la commercialisation des céréales engrangées cet été. L’Etat ukrainien a besoin de devises pour financer son effort de guerre et les agriculteurs, de trésorerie pour régler leurs charges et financer leur prochaine campagne.

Sans trésorerie, plus d’un tiers de la SAU ukrainienne pourrait être en friches.

Enfin, de nombreux pays importateurs comptent sur les commodités ukrainiennes pour être approvisionnés.

Or les agriculteurs ne savent pas comment ils vont écouler leurs récoltes. Les ports sont quasiment bloqués. Et les coûts pour financer l’acheminement des grains par le rail, la route ou par camions les ruinent. Alors autant les garder en stocks mais jusqu’à quand ?

Sur son site, Ukragroconsult rapporte que l’Ukraine est contrainte de stocker près de 11 Mt de blé, d’orges et de maïs dans des boudins en polymères.

La hausse des cours des céréales, et surtout la flambée des cours du maïs, ne profitent pas à l’agriculture ukrainienne. Les prix sortie-ferme sont défalqués des frais de transports engagés pour livrer les commodités expédiées à destination.

Par ailleurs, les exploitations manquent cruellement de salariés pour fonctionner. Une partie de leurs hommes est mobilisée. Certains sont aussi décédés sur le front ou grièvement blessés. La main d’oeuvre salariée est en grande partie féminine.

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A l’échelle nationale, près de 20 % de la population active est plongée dans une crise agricole sans précédent et l’Etat ukrainien est privé de plus de 26 milliards de dollars de recettes d’exportation.

L’Ukraine agricole, même amputée d’une partie de son territoire demeure une puissance agricole. Ses capacités d’exportation de maïs équivalent peu ou prou au déficit européen actuel (autour de 24 Mt).

Ouvrir de nouveaux contingents

La priorité du pays pour éviter qu’il ne sombre dans une crise économique sans précédent est de se voir accorder de nouveaux contingents d’importation à droits zéro par la Commission européenne. Kiev en a fait la demande à la Commission européenne.

« Cette année, déroger au contingent de 100 000 t de sucre ukrainien ne constituerait pas une menace pour le marché européen puisqu’il sera déficitaire après l’été caniculaire qui n’en finit pas! », suggère Taras Vysitski, ministre de l’Agriculture. Il participait à la conférence organisée par AgrIDées.

« En fait, l’adhésion de l’Ukraine doit se réfléchir dans sa globalité, sans laisser passer d’impasses », a déclaré Olivier Antoine, directeur général du cabinet de conseil ORAE Géopolitique 

Selon lui, la Pologne et l’essor de sa filière avicole aux dépens du reste de l’Union européenne sont l’exemple à ne pas reproduire avec l’Ukraine. 

Il va falloir que chaque activité européenne travaille pour intégrer la concurrence ukrainienne.

« L’amidonnerie française ne survira que si la matière agricole est meilleures marché or elle représente un débuché pour 1,6 Mt de grains », soutient Olivier Antoine.

En rehaussant les seuils de composition des biodiesels à au moins 10 % carburants et de bioéthanol dans l’essence et le diesel commercialisés, l’Union européenne trouvera des débouchés au colza produit en Ukraine. Elle évitera l’engorgement de son marché.

Quant au soja ukrainien, il concurrencera l’oléo-protéagineuse américaine ou brésilienne importée depuis des dizaines d’années. Mais la filière non-OGM française devra être préservée par complément de prix comme elle l’est actuellement.

Des aides priorisées

L’Ukraine a le statut de candidat à l’adhésion depuis 2022. Son intégration sera conclue par un traité ratifié par l’ensemble des Etats-Membre

Les négociations d’adhésion avec Kiev sont ouvertes depuis 2024. Les deux chapitres actuellement discutés traitent « des valeurs et des principes fondamentaux » et « des relations extérieures ». Parallèlement, l’Ukraine se réforme afin d’aligner sa législation et ses normes sur celles de l’UE.

Le projet de réforme de la Pac de la Commission européenne qui circule actuellement donne la priorité aux exploitations de dimension familiale. Les aides Pac post2027 seraient plafonnées à 100 000 €, quelle que soit la dimension foncière de l’exploitation soutenue.

Dans l’hypothèse d’une adhésion à l’Union européenne après 2034, les conglomérats ukrainiens ne seraient pas éligibles aux aides (on n’imagine pas le curseur remis en question d’ici-là). Seule les quelques dizaines de milliers d’exploitations de dimensions familiales de plusieurs dizaines d’hectares en bénéficieraient.

Mais dans l’état actuel du projet de réforme des aides Pac, les centaines de milliers de micro-fermes » pourraient toucher un « paiement surfacique ou forfaitaire » dont le montant reste à définir. Le projet de réforme actuel de la Pac le plafonne à 3000€.

Quoi qu’il en soit, l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne n’est pas envisageable tant que la guerre avec la Russie se poursuit. Et si le pays la perd, il pourrait devenir un oblast russe. L’Union européenne aura alors à sa frontière un pays politiquement tourné vers d’autres horizons sur lequel elle ne pourra pas s’appuyer pour renforcer sa souveraineté alimentaire.