Vous avez une question ?Ou vous êtes expert dans votre domaine.
Rejoignez une communauté activedans le domaine de l’agriculture !
4587 MembresCréer un compte

Pour la première fois, l'ébauche d'un mouvement agricole de contestation contre les banques

Home_big_christophe_bitauld_s_bastien_alaire

On ne peut pas parler de manifestation d'envergure, ils étaient trois à distribuer des tracts devant le stand du Crédit agricole au Salon de l'agriculture ce dimanche, près d'une heure et demie durant. Mais cette ébauche de mouvement mérite néanmoins d'être mentionnée, car les victimes de dysfonctionnements bancaires parlent volontiers sur les réseaux sociaux, et commencent à se rendre compte que des problématiques communes émergent.

Un grand sourire, la main tendue avec un tract titrant "scandale bancaire, la finance avant l'humain, une banque très présente dans le monde agricole, et aussi dans les faits divers" à destination des visiteurs passant le stand du Crédit agricole... Et c'est tout. Pour l'heure, nous n'en sommes qu'à l'ébauche du commencement d'un mouvement contestataire.

Pour autant, lorsque l'on rentre dans le détail, le mouvement en question pourrait s'amplifier rapidement. Christophe Bitauld, arboriculteur d'Ille-et-Vilaine, en procès face au Crédit agricole depuis de nombreuses années, s'affiche ainsi avec une corde autour du cou (une façon d'accuser la banque de le pousser au suicide) et distribue ce tract qui inclut un article du Parisien qui raconte son histoire.

A ses côtés, Sébastien Alaire, fils d'agriculteur, est un ancien entrepreneur en bâtiment qui a dû cesser son activité parce que les assurances qu'il avait souscrites n'ont pas reconnu une invalidité dont il a été victime. Depuis, il a créé une association dont l'intitulé parle de lui-même : Banque info recours. Il s'est fait une spécialité de réponses à donner aux banques et autres recours juridiques quand les discussions échouent, dédiés à tous les citoyens victimes d'un dysfonctionnement... Et aujourd'hui, il reçoit 50 à 80 coups de fil par jour ! Une quantité non négligeable d'agriculteurs figure parmi celles et ceux qui font appel à ses services (à la base gratuits, chacun donne ce qu'il veut pour contribuer à faire vivre l'association).

Françoise Nicolas, lanceuse d'alerte anti-corruption (un autre sujet donc), les a accompagnés dans le tractage.

Un tractage qui suscite des réactions

Ce tractage a évidemment surpris. Il s'est passé sans heurts, c'était d'ailleurs l'objectif des organisateurs : pas de vague, juste faire connaitre la situation. Au chapitre des réactions des réceptionnaires des tracts, il y en eut de différents niveaux. Plusieurs personnes ont été dans le sens "moi aussi j'ai des problèmes avec ma banque, ils ont raison, il est temps d'en parler". Une autre a montré un soudain étonnement : "Je suis à cette banque, il faut que je me méfie !" Un agriculteur membre d'un conseil d'administration du Crédit agricole s'est lui insurgé contre le tractage, répétant avec conviction que sa banque "fait tout pour accompagner les personnes en difficulté".

Sur la page Facebook de Banque info recours (aimée par plus de 16 000 personnes), l'information sur le tractage a bien sûr été diffusée. Les "like" s'enchainent par dizaines, les partages et les commentaires aussi.

Christophe Bitauld, interdit d'investir aujourd'hui en raison de l'utilisation d'un compte qu'il a clôturé en... 1998

Si Christophe Bitauld en veut au Crédit agricole, ce n'est pas pour rien. D'autant que son affaire plusieurs fois renvoyée sera effectivement jugée bientôt, à la mi-mars. Elle parait pour le moins incroyable : plusieurs mouvements sont constatés en 2012 sur un compte qu'il a clôturé en 1998. Et il s'agit d'endettements importants, de l'ordre de plusieurs centaines de milliers d'euros, ce qui lui vaut un fichage à la banque de France. Et quand lui, sur le compte qu'il a ouvert depuis, veut investir dans un nouveau projet agricole, il apprend qu'il est interdit de financement, en raison de prêts court terme réalisés à la banque de France... sur un compte fermé alors depuis 16 ans et auquel (bien sûr) lui ne pouvait plus avoir accès ! L'argent travaille, l'affaire Kerviel a révélé au grand public l'existence de spéculations boursières... A l'autre bout de la chaine se situent les victimes.

Celles et ceux qui ont lu l'ouvrage dont je suis coauteur avec Camille Beaurain, "Tu m'as laissée en vie", savent que dans un cas au moins l'attitude de la banque est l'un des éléments qui peut conduire au suicide, même s'il existe d'autres responsables.

D'où l'intérêt de ce mouvement contestataire. Encore faible mais déjà audible, il peut inciter à intégrer une valeur qui manque désormais trop souvent dans les rapports entre banques et particuliers : l'humanisme. Il ne s'agit ni de social, encore moins de misérabilisme, juste de rapports humains, autre que le seul profit...
 

Ci-dessous, Christophe Bitauld (corde autour du cou) et Sébastien Alaire distribuent des tracts devant le stand du Crédit agricole.

Ci-dessous, Christophe Bitauld répond à une interview de RFI.

Christophe Bitauld intéresse les visiteurs, à la base surpris par un tel tractage à cet endroit précis du Salon de l'agriculture.

Réagissez à l'article en un clic

  • 0
  • 2
  • 21
  • 0
  • 3
  • 1
Voir plus d'actualités sur les dossiers suivants
Auteur : Jeandey Antoine
Thumb_aj

Journaliste professionnel depuis 1987. Collaborations multiples et variées dans la presse agricole. J'ai été rédacteur en chef de JA Mag (mensuel du syndicat...

  • Vous aimerez également
  • Home_prot_lis

    Avec Protélis, les coopératives se lancent dans l'épargne de précaution

    Les coopératives agricoles complètent leur gamme de services en mettant à disposition de ses adhérents Protélis (www.protelis.fr), un outil...

  • Home_broutards

    Crise du coronavirus, les marchés agricoles désorientés

    Les agriculteurs ont commencé à percevoir les répercussions de l’épidémie du covid-19 bien avant que les mesures de confinements aien...

  • Home_vaches_prairie

    Le contrat d'assurance "prairies", comment ça marche ?

    Au salon de l’Agriculture, Groupama a promu son contrat d’assurance Prairies socle et ses options complémentaires réservés aux éleveur...

  • Home_christian_ouillet

    Comment une école supérieure d'agriculture s'engage pour prévenir le suicide paysan

    Une école supérieure d'agriculture, l'Ihedrea (qui se présente sur son site internet comme "la seule école d'agro management en E...

  • Home_agribashing_fougier

    "Malaise à la ferme", l'agribashing décrypté par Eddy Fougier

    L'agribashing était un mot inconnu il n'y a pas si longtemps. Aujourd'hui, il apparait partout. Derrière ce dénigrement de l'agriculture ...

  • Home_zones_de_non_traitement_christophe_hillairet

    Zones de non traitement, quels sont les engagements du Président de la République ?

    Au tout début de sa visite au Salon de l'agriculture, le Président de la République Emmanuel Macron a rencontré plusieurs (hauts) responsables...

  • Home_paysans_sans_pr_sident

    Salon de l'agriculture 2020, la manifestation qui n'a pas eu lieu

    Le Salon de l'agriculture 2020 a ouvert ses portes ce 22 février avec la traditionnelle visite présidentielle. Un comité d'accueil particulier lu...

  • Home_assurance_climat_agriculture

    Faut-il créer un pool d'assureurs pour indemniser des milliards d'euros de pertes de récoltes ?

    Compte tenu de la fréquence des épisodes climatiques extrêmes, il devient urgent de repenser la couverture des risques agricoles en créant un pool ...

  • 0Commentaire

Donnez votre avis

Pour répondre à ce salon sans Facebook, connectez-vous ou inscrivez-vous sur Wikiagri.

Rejoignez la communauté des agri-décideurs

  • Accéder aux articles bloqués
  • Recevez l'actualité agricole
  • Recevez des alertes météo
Créer Un Compte Gratuit