Le premier groupe coopératif agricole français s’implique dans la transition des exploitations de ses adhérents en s’appuyant sur la connaissance et la recherche de gains de performance technico-économique. Une stratégie mise en place dans le cadre de son engagement à réduire drastiquement son empreinte carbone.
L’élevage est d’une importance capitale pour le groupe coopératif Agrial. Parmi le milliard d’euros de son plan d’investissement à cinq ans annoncé en 2025, une grande partie sera en effet consacrée aux filières animales avec des outils structurants pour les cinquante prochaines années. « Nous ne voulons pas ralentir sur les productions animales. Car moins d’élevages, cela veut dire plus d’importation, explique le président du groupe Bernard Guillard. Nous voulons au contraire les redynamiser, quitte à les accompagner sur le plan environnemental et climatique, comme nous le faisons notamment dans le cadre de notre plan climat à horizon 2035 ».
Chiffre : 35 % : C’est l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre du plan climat du groupe à horizon 2035, avec une réduction de 50 % au sein de la coopérative et de 35 % chez les fournisseurs agricoles.
Le groupe implanté majoritairement dans l’ouest de la France, est de fait très engagé dans la production laitière avec des marques comme « Grand Fermage », Agrilait et la production de mozzarella, de poudres de lait et de produits ultra-frais (yaourts) sous marques de distributeur. De fait, la ferme Agrial fédère autour de ses activités environ 600 000 vaches, dont 300 000 vaches laitières. Le groupe comporte également une filière de contractualisation de jeunes bovins pour la viande.
La stratégie du groupe en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est donc certainement pas celle d’une diminution des effectifs, mais de l’amélioration des performances environnementales, avec une marche ambitieuse à franchir. À horizon 2035, l’entreprise s’est fixée pour objectif de réduire de 35 % l’empreinte carbone de ses approvisionnements en matières premières, dont les produits issus de l’élevage comme le lait. Sachant que pour Agrial, 85,5 % des émissions sont liées à la production agricole (scope 3), le gros du travail à réaliser se concentre donc dans les exploitations, même si le groupe entreprend par ailleurs de réduire de 50 % ses émissions liées à son fonctionnement interne (scopes 1 et 2).

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Diagnostics simplifiés
Pour pouvoir progresser dans le domaine, un important travail est fourni en interne, afin de pouvoir réaliser la photographie des émissions de gaz à effet de serre de la ferme Agrial et de ses 12 000 adhérents dans son ensemble. Ce travail toujours en cours a nécessité d’innover pour créer un outil maison de diagnostic. C’est ainsi que dans le cadre de ses engagements climatiques, Agrial a mis au point Carbon’diag avec l’aide de la société STOCK CO2, lancé sur le terrain depuis décembre 2023. Il s’agit d’un outil de diagnostic simplifié qui prend de 1 h à 1 h30 pour être réalisé sur une exploitation en polyculture élevage. « Avec les engagements pris par le groupe pour le climat, nous avions besoin de pouvoir avancer rapidement sur le sujet et d’accompagner dans les pistes de progression sans attendre. Notre dispositif a donc été conçu suivant les méthodologies des instituts techniques pour obtenir des résultats rapides, et en même temps robustes à l’échelle d’une exploitation agricole, souligne Erika Samain, responsable innovation et développement durable de la branche agriculture. Nous avions besoin aussi d’une solution globale à 360° qui puisse intégrer les différents ateliers et leurs relations entre eux. Une exploitation agricole, c’est en effet beaucoup plus compliqué que la somme de ses ateliers. Avec Carbon’diag, nous faisons par exemple les liens avec les cultures fourragères, la fertilisation minérale ou organique, etc ».
En deux ans, les équipes d’Agrial sont ainsi parvenues à réaliser 1900 diagnostics, avec l’objectif de couvrir dans les prochaines années l’ensemble des 12 000 adhérents. L’outil en lui-même est amené à continuer de progresser également au fur et à mesure que les références sont produites et actualisées par les instituts techniques. Ainsi, le diagnostic s’enrichira très prochainement avec des références issues des cultures de légumes. À plus long terme, ce sera au tour des références en arboriculture sachant que le secteur d’Agrial est très concerné par la production de pommes pour le cidre ou le jus.
Une gamme d’aliments
Agrial a lancé une gamme d’aliments pour animaux intitulée « Nutrition Bas Carbone », composée d’environ 45 formulations, représentant environ 90 000 t d’aliments (pour bovins, porcs, volailles). Cette gamme est conçue pour afficher une réduction minimale de 5 % de l’empreinte carbone de l’aliment lui-même (par rapport à une formulation standard) tout en garantissant une qualité nutritionnelle équivalente et sans surcoût pour l’éleveur. Une gamme Clim’activ a également été développée en nutrition végétale.
Miser sur la performance
Le diagnostic donne évidemment un score carbone pour les éleveuses et les éleveurs. Celui-ci intègre également les données technico-économiques. « Le Carbon’diag permet ainsi aux agricultrices et aux agriculteurs de connaître très rapidement leurs leviers d’amélioration technique », ajoute la responsable innovation. « Un des gros avantages dans nos filières d’élevage est, que lorsqu’on améliore les performances, on améliore aussi le bilan carbone, complète Philippe Laulhe, responsable technique nutrition ruminants d’Agrial. Clairement, les dix pour cent des élevages les plus performants techniquement et économiquement sont aussi ceux qui sont les plus performants sur le plan environnemental. Tout l’enjeu, c’est donc d’emmener un maximum d’éleveurs pour progresser techniquement ».

« Schématiquement, le premier levier – le plus puissant en matière de performance technique et environnementale en élevage – consiste à maîtriser les effectifs du troupeau en diminuant l’âge au vêlage, mais aussi en allongeant les carrières des vaches laitières, ajoute Philippe Laulhe. Ensuite, on va chercher à actionner un deuxième levier qui consiste à améliorer l’efficacité de la ration. Il s’agit de jouer sur les équilibres pour améliorer la valorisation des aliments. Une fois que l’élevage est assis sur des bases solides en matière de ration, on joue sur la nutrition de précision comme troisième pilier du gain de performance. Des aliments à la composition très pointue, avec la formulation de formes d’azote de très grande qualité, apportent par exemple des gains dans l’efficacité alimentaire, avec moins de consommation d’azote et aussi moins de rejets dans les effluents ».
Un chantier « zéro déforestation »
Agrial s’inscrit depuis 2018 dans la démarche collective « zéro déforestation » et « zéro conversion » d’écosystèmes naturels (ZC) portée avec la plateforme Duralim, qui regroupe plus d’une centaine d’acteurs de l’alimentation animale.
Bien-être animal
La branche agriculture d’Agrial surveille également attentivement l’émergence d’avancées technologiques dans la formulation d’aliments capables de réduire la production de méthane entérique par les animaux. « Cela pourrait faire partie d’un quatrième levier, mais ce n’est pas sur cet aspect qu’il y a le plus à gagner », constate le responsable nutrition des ruminants.
L’ensemble du dossier de performance environnemental se rapproche également de celui du bien-être animal. « Des troupeaux qui sont moins stressés et qui ont suffisamment de confort, ruminent mieux et valorisent mieux leurs rations avec une efficacité alimentaire supérieure, ce qui se traduit par des gains en termes d’émissions, complète Erika Samain. C’est un aspect sur lequel nous travaillons, mais qu’il est impossible à comptabiliser directement les gains environnementaux. Nous travaillons aussi sur l’aspect du stockage du carbone, via des leviers comme la fertilisation et les couverts végétaux par exemple, et la santé des sols. Nous savons qu’un sol en bonne santé est aussi plus performant pour stocker du carbone ».
Une trajectoire de réduction certifiée
La certification du plan climat d’Agrial par le standard international Science Based Targets initiative (SBTi) depuis 2022, constitue pour la coopérative un socle majeur afin d’asseoir la crédibilité de ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le dispositif valide le fait que ses engagements s’inscrivent dans une logique scientifique, mesurable et vérifiée. L’entreprise est ainsi la première coopérative agricole française à l’obtenir avec un niveau « well below 2 °C » qui témoigne que ses objectifs sont alignés avec l’accord de Paris sur le climat.