Le vin ne rend plus euphorique

La consommation mondiale de vin baisse. 40 % de la production mondiale de vin est exportée dans le monde. Une partie de la viticulture française est en crise. Or la France est à la fois le 2ème pays producteur au monde de vin et le 3ème pays exportateur en volume.L’Hexagone se situe en dessous de la moyenne mais l’Espagne vend les deux tiers et le Chili près de 90 %. 

La France exporte plus de 14 Md€ de vins et d’alcool et réalise un excédent commercialentre 8 et 9 Md€. Plus des deux tiers des ventes réalisées sont des exportations vers les pays tiers. Ces résultats reposent sur une production 2024 de vins de 35 millions d’hectolitres (Mhl), la plus faible depuis des années, dont environ un tiers est dédié à l’export. Depuis trois ans, les exportations de vins se stabilisent autour de 12,5 Mhl. La France n’a pas encore écoulé une partie de ses trois récoltes exceptionnelles réalisées dès 2022 de presque 47 Mhl chacune. Et les très faibles mises en tonneaux de 2024 (36,1 Mhl) et 2025 (35,2 Mhl) ne suffiront pas pour réduire les stocks et assainir son marché. 

Fortement exposés sur un marché mondialisé, les vins français restent cependant mondialement reconnus. Au Royaume-Uni, le 2ème pays importateur au monde de vin (12,3 Mhl en 2025), les Britanniques retrouvent un certain engouement pour ces boissons hexagonales après s’être davantage portés sur les vins australiens. 

Mais depuis les crises de la Covid-19, la consommation britannique recule un peu chaque année comme dans le reste du monde. En trois ans, elle a diminué de 15 Mhl pour atteindre 214 Mhl en 2024 (derniers chiffres connus).

Ne pas se laisser abattre

Aussi, la Franceà la fois 2ème pays producteur et 3ème pays exportateur au monde de vin, est particulièrement affectée par cette baisse. Certains vignobles très reconnus pour la qualité de leurs vins sont relativement épargnés. Mais les vins qui ne se démarquent pas de la concurrence sont davantage affectés par l’évolution des habitudes alimentaires de leurs consommateurs.

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Et l’inélasticité de la filière accentue la chute des prix du vin. Les consommateurs qui souhaitent diminuer leurs achats de vin, n’en achéteront pas plus parce qu’il est bon marché. 

Mais ces derniers mois, la géopolitique (taxation intempestive des importations par les États-Unis et la Chine) ajoute du déséquilibre dans un marché excédentaire. 

Pour rééquilibrer les débouchés français, 20 000 ha ont été récemment arrachés et près de 28 000 autres ha le seront cette année. Les arrachages cumulés sur trois ans pourraient atteindre 70 000 à 75 000 ha.

En mars 2026, le commissaire européen a annoncé une aide de 40 M€ destinée à une distillation de crise, soit la moitié des besoins estimés par la filière. Nous évaluons à plus de 1,2 Mhl les excédents de vins rouges et rosés. Cette mesure permettrait de rétablir les équilibres de marché dans un contexte de chute de la consommation sur le marché intérieur et du repli des exportations, et de réduire les stocks de vin.

Dans les exploitations, les propriétaires qui arrachent se verront allouer une prime de 4 000 €/ha. Mais le système des autorisations de plantation (AdP), prolongé par la Commission européenne jusqu’en 2045, avait permis la distribution d’environ 55 000 ha entre 2016 et 2025.

Viticulture convertie au bio

Les vins français issus de l’agriculture biologique progressent dans tous les canaux de commercialisation sauf en grande distribution (–8 %) : à l’export (39 % du total), en ventes directes (25 %), chez les cavistes (17 %) et dans les cafés, hôtels et restauration (9 %). Cette demande est particulièrement dynamisée par les jeunes (18-34 ans) qui représentent 31 % de l’ensemble des consommateurs de vins bio.

Reconversion ardue

Les terres sorties de la production viticole sont invendables. Et l’expérience a montré que les reconversions n’ont jamais marché. Dans le Languedoc, les parcelles de vigne arrachées dans les années 1980-90 ont été transformées en friches ou artificialisées.
Mais la plupart des viticulteurs étaient double-actifs. Et changer la destination de leurs terres héritées impliquait une reconversion professionnelle. 

Or, dans le Bordelais, compte tenu du réchauffement du climat, des vergers d’amandiers, de grenadiers ou d’autres cultures aptes à supporter des températures caniculaires, pourraient être replantés. 

« Le vignoble mondial reste stable à hauteur de 7,1 millions d’ha (–0,6 %/2024). La progression chinoise (à 753 000 ha) ralentit. Les surfaces viticoles de l’UE sont en léger recul (3,2 millions d’ha, soit –0,8 % /2024) », expliquent  Étienne Montaigne, ancien professeur à l’Institut Agro Montpellier et Alfredo Coelho, professeur à Bordeaux Sciences Agro.

Stabilité mondiale

« La production mondiale de vin de 2025 (hors jus et moûts) reste particulièrement faible, malgré une très légère reprise de 2 % et un niveau de 232 Mhl, ce qui en fait l’une des plus basses des 63 dernières années. Au sein de l’UE à 27, elle atteindrait, hors jus et moûts, 142,9 Mhl (+4,8 %/2024), niveau inférieur à la moyenne quinquennale 2019-2024 », ajoutent les experts.

Parallèlement, la consommation de vin a décliné de 15 Mhl. « Toutefois, le niveau élevé des stocks, en particulier en rouge, ne facilite ni la hausse des prix, ni l’amélioration des équilibres de marché. Cette situation devrait persister en 2026 et au-delà, selon eux. Au sein de l’UE, les stocks de vins en début de campagne 2025-2026 sont élevés, avec des situations contrastées selon les pays ».

Environ 40 % de la production mondiale de vin est exportée dans le monde. La France se situe en dessous de la moyenne mais l’Espagne en vend les deux tiers et le Chili près de 90 % quand l’Argentine consomme près de 80 % de sa production. 

Dans un pays exportateur de vin comme la France, la conjoncture de son marché dépend de sa production et de son exposition à l’export. Mais la spécificité des vins de ses terroirs et l’évolution des goûts des consommateurs mettent une partie de ses terroirs à l’abri de la concurrence. Même dans un marché excédentaire peu élastique, un produit spécifique très demandé se vend bien. 

De nouveaux vignobles au nord de la Loire

Le climat facilitera l’implantation de vignes dans de nouveaux terroirs. L’occasion de développer des activités locales attractives (Bretagne, Normandie), mais il faut trouver les bonnes variétés. 

On produira toutefois toujours du bordeaux à Bordeaux et du champagne en Champagne, mais probablement en introduisant progressivement de nouveaux cépages mieux adaptés aux conditions climatiques, résistants aux principales maladies et produisant des vins comparables à leurs prédécesseurs. D’importantes recherches agronomiques sont menées pour sélectionner des cépages adaptés au nouveau contexte de températures et de climat. Des cépages cultivés en Méditerranée sont aussi acclimatés en France. Il serait également intéressant de porter un nouveau regard sur les variétés de vigne aujourd’hui interdites.