Vous avez une question ?Ou vous êtes expert dans votre domaine.
Rejoignez une communauté activedans le domaine de l’agriculture !
5072 MembresCréer un compte

Le prix du lait a baissé 25 fois plus fortement que celui de l'aliment pour bétail

Home_big_aliment

Ces derniers mois, le coût de l’aliment dans les filières de l’élevage (lait, viande bovine et porcs) a baissé. Mais ramené au prix de vente des produits animaux eux aussi en recul, ce repli équivaut parfois à peine à un pour cent de la valeur des animaux vendus dont les prix ont parfois diminué de 20%, générant une forte réduction des marges des éleveurs.

Une baisse du coût de l’alimentation animale en France permet éventuellement de supporter une baisse des prix des produits animaux sans rogner les marges. Mais à condition que certaines proportions soient respectées. Or ces douze derniers mois, le décrochage entre l’évolution du coût de l’alimentation animale et des prix de vente des animaux est flagrant. Il explique en grande partie le mécontentement des éleveurs.

Intitulée « Le prix de compensation du coût de l’aliment dans les filières d’élevage », une étude du ministère de l’Agriculture (lien en fin d'article) démontre que la valeur des produits animaux a parfois diminué 5 fois plus vite que le coût de l’alimentation.

Autrement que ce prix de compensation, égal, en pour cent au prix à la production qui compenserait l’évolution du coût de l’aliment, est parfois cinq fois inférieur à la baisse en pour cent des prix de vente constatés. Et dans chacune des filières étudiées, cette baisse est d’autant plus ressentie que la part du coût de l’alimentation par rapport à la valeur de l’animal vendu est faible (23 % en production laitière contre 60  % environ en production porcine).

En production laitière par exemple, le prix du lait a reculé en moyenne de près de 20 % en rythme annuel en février 2015 tandis que le coût de l’alimentation n’avait baissé que de 3,8%. Or ce dernier ne représente que 23 % de la valeur du prix de vente du lait.

Aussi, les marges des producteurs auraient été préservées si le recul du prix du lait n’avait pas excédé le prix de compensation du coût de l’alimentation estimé à 0,8%. Or en ce mois de février (pris en référence), la baisse du prix du lait avait été 25 fois plus forte !

En tenant le même raisonnement, la variation de 2 % à 4 %, au cours des douze derniers mois, du coût de l’alimentation animale en production bovine équivalait à 1 % de la valeur des animaux. Or le recul du prix de la viande bovine en rythme annuel, observé durant la même période, a atteint certains mois 8 %! 

Le porc n'est pas en reste

La crise actuelle de l’ensemble des filières d’élevage est donc bien un problème de prix, de marge et de valeur ajoutée que les baisses des coûts de l’alimentation animale ne compensent pas depuis des mois. Surtout, comme nous l’avons mentionné, lorsque la part de l’alimentation comparée à la valeur de l’animal est faible (autrement dit si les charges de structures sont élevées).

En production porcine, la situation est différente. Une baisse du prix du cout de l’alimentation de 1% équivaut à une hausse du prix de vente de 0,6 % environ. Aussi la baisse de ce poste de charges (jusqu’à 9,8 % en rythme annuel au cours de ces douze derniers mois) aurait permis de supporter un recul des prix plus élevé (jusqu’à 6 %) que pour les autres filières tout en préservant les marges des éleveurs.

Mais la diminution des cours du porc a été plus violente. Elle a flirté le seuil de 20 % en rythme annuel.

Perte de 5 à 10 % de valeur ajoutée

Sous un angle différent, l’étude « Le prix de compensation du coût de l’aliment dans les filières d’élevage » confirme la grande vulnérabilité des exploitations d’élevage face aux prix des marchés produits animaux vendus qu’aux coûts de l’alimentation animale.

Toutefois, si le prix de vente de ces produits animaux était davantage lié aux coûts de l’alimentation, les exploitations auraient certes davantage de facilités  pour s’adapter à l’évolution de la conjoncture mais la question de la faiblesse des revenus des éleveurs resterait d’actualité. 

Sinon, l’étude du ministère « Le prix de compensation du coût de l’aliment dans les filières d’élevage », souligne une dégradation économique des filières animales depuis 2008. L’inflation des prix des matières premières agricoles s’est traduite par une hausse de la part des charges d’alimentation dans la valeur du produit brut des exploitations spécialisées de plus de 5 points en production laitière et en bovins viande et de près de 10 points en production porcine. Aucune baisse des prix de l’aliment et aucune hausse des prix de vente n’ont permis aux éleveurs de retrouver un coût de l’alimentation rapporté au produit de vente équivalent à celui d’avant 2008.

Les filières animales semblent avoir ont ainsi perdu plusieurs points de valeur ajoutée, autrement dit de richesse créée, sans avoir eu la possibilité de les regagner.

 

En savoir plus : http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/conjinforap201509cpro_tdb.pdf (étude du ministère de l'Agriculture intitulée « Le prix de compensation du coût de l’aliment dans les filières d’élevage »).

Réagissez à l'article en un clic

  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
Voir plus d'actualités sur les dossiers suivants
Auteur : Hénin Frédéric
Avatar_blank

  • Vous aimerez également
  • Home_bovins_bre_sil_ne_lores

    Filières bovines, le Mercosur et la Chine interdépendants

    A l’export, plus de 55 % des viandes expédiées d'Amérique du sud étaient destinées à la Chine l’an dernier. Les autr...

  • Home__levage_ovin_transhumance

    Les élevages ovins lancés dans la durabilité environnementale et économique

    En France, l’étude Durabilité des exploitations en élevage ovin (DEO) lancé en mars 2020 par l’Institut de l’élevage (Ide...

  • Home_mouton___vache_

    Viande, en France le déconfinement épargne les filières ovine et bovine

    Depuis le déconfinement, les Français continuent à privilégier la viande française de mouton et de bœuf alors que les importations se...

  • Home_prix_du_lait_2020

    Lait en Europe, la crise sanitaire aggrave les écarts de prix entre pays producteurs

    Le marché intérieur de l’Union européenne est certes un marché unique mais les prix payés aux agriculteurs peuvent être forteme...

  • Home_ok__leveur

    Okeleveur.com, le "compagnon de route des éleveurs"

    L’Institut de l’élevage et les chambres d’agriculture ont créé sur internet un moteur de recherche pour les éleveurs. Les sept f...

  • Home_capture_d__cran_phenix

    Les éleveurs peuvent profiter de la valorisation des déchets alimentaires

    Le saviez-vous ? Les éleveurs ont la possibilité de participer à la lutte contre le gaspillage alimentaire tout en profitant de ce que l'on appelle l...

  • Home_porcs__franckjourdain_

    Cochon de Bretagne, les éleveurs prennent en charge leur montée en gamme

    Marque d’éleveurs née en Bretagne il y a vingt ans, Cochon de Bretagne monte en gamme et propose désormais au marché une offre pouvant &ecir...

  • Home_vaches_viande_bovine

    Les producteurs de bovins viande en grande difficulté sont majoritaires dans le Gr...

    Hausse des charges, les exploitations en bovins viande sont plus résistantes dans les bassins allaitants que dans le Grand Ouest. La proportion d’éleveurs...

  • Home_vaches_laiti_res

    Filière laitière, les deux années de sécheresse freinent le redressement des explo...

    D’après une étude de l’Institut de l’élevage, il ne suffit pas que le prix du lait augmente pour que la situation financière des...

  • 1Commentaire
  • #1

    J'espère que vous comprenez ce que vous avez écrit, parce que pour moi c'est le flou total!!!

Donnez votre avis

Pour répondre à ce salon sans Facebook, connectez-vous ou inscrivez-vous sur Wikiagri.

Rejoignez la communauté des agri-décideurs

  • Accéder aux articles bloqués
  • Recevez l'actualité agricole
  • Recevez des alertes météo
Créer Un Compte Gratuit