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Le Brexit agricole ne fera que des perdants

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Le Brexit ne réduira pas l’appétit des Britanniques. Or la production agricole du Royaume-Uni ne pourvoit qu’à la moitié de l’approvisionnement du marché intérieur. Le taux d’autosuffisance n’excède pas 60 % pour la viande de volaille, 55 % pour la viande porcine, 50 % pour l’alimentation animale et 40 % pour les pommes de terre réfrigérées ou transformées.

Aussi, la Grande-Bretagne importe massivement des biens alimentaires. Plus de 60 % d’entre eux étaient expédiés d’Union européenne à Vingt-sept en 2017.

Sans accord commercial sur les échanges et les droits de douane, l’Union européenne à vingt-sept membres sera commercialement assimilée à un pays tiers.

Le blé français et communautaire serait alors moins compétitif que celui produit sur les iles britanniques ou même importé par le Royaume uni en provenance de pays tiers (Russie, Etats-Unis) si des accords commerciaux sont conclus.

Les produits laitiers, la viande de boeuf et le sucre pourraient être taxés à  30 % ; les céréales, les volailles, le porc et les grains entre 10 % et 30 % et certains produits jusqu’à 50 %.

Outre les droits de douanes instaurés aux produits importés, l’instauration de barrières non tarifaires pourrait aussi compliquer les échanges commerciaux de l’Union européenne à Vingt-sept et le Royaume-Uni.

Aussi, les dévaluations de la livre sterling n’est qu’un avant gout des répercussions économiques et financière du Brexit. Une baisse de la valeur de la monnaie britannique n’est ni plus ni moins assimilable à une taxe appliquée aux importations de denrées agricoles depuis le continent. En renchérissant leurs prix, elle restreint la demande des consommateurs.

Dans un marché intérieur protégé, « les agriculteurs britanniques pourraient être tentés de produire plus mais la dépendance du Royaume-Uni est si forte que le secteur agricole ne parviendra pas à se substituer aux importations alimentaires britanniques », affirment Quentin Mathieu et Thierry Pouch, coauteurs d’une étude publiée sur le site de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. Au-delà, le Brexit renchérirait les prix des intrants importés en imposant des droits de douane.

Par ailleurs, l’absence d’accord politique (ou la signature d’un mauvais accord) déstructurera le marché du travail car la main d’œuvre agricole est essentiellement étrangère (50 % des salariés) en Grande-Bretagne. Les citoyens des pays de l’Est de l’Union européenne, venus offrir leurs services, pourraient ne plus être autorisés à rester travailler dans la campagne anglaise. Par ailleurs, la dévaluation de la lire sterling  pourrait rendre moins avantageux les salaries perçus une fois convertis en zlotys ou en levas. Or le Royaume Uni était le premier pays de l’Union européenne à avoir ouvert son marché du travail aux ressortissants des pays de l’Est. Et les Britanniques ne sont pas enclins à vouloir les remplacer pour travailler dans les champs car les métiers de l’agriculture sont peu attractifs.

« Pour les grands pays exportateurs, des interrogations se posent sur la stratégie à adopter du coté des exportateurs pour compenser la perte totale ou partielle du marché britannique », affirment Quentin Mathieu et Thierry Pouch.

Tous produits agricoles confondus, la fermeture du marché britannique pourrait avoir les mêmes impacts que ceux générés par l’embargo russe en 2014. Les produits qui ne seront plus exportés vers le Royaume Uni engorgeront le marché communautaire si les principaux pays exportateurs européens (France, Irlande, Belgique, Pays-Bas) ne trouvent pas de nouveaux débouchés vers les pays tiers.

Dans une étude rendue publique en janvier dernier (2), la Commission européenne rappelle que « le Royaume-Uni est un partenaire commercial important pour les autres États membres de l’Union européenne » en particulier pour le fromage et les produits laitiers frais.

Plus de 70% des importations de produits laitiers dans l'UE-27 en 2014-2017 provenaient du Royaume-Uni. En 2017, l'Union européenne à vingt sept membres a exporté près de 4 millions de tonnes de produits laitiers vers le Royaume-Uni (en équivalent lait), soit 20 % du total des ventes.  Les 89 000 tonnes de beurre expédiées représentaient encore 35 % des exportations totales.

Pour sa part, le Royaume-Uni fournit de grandes quantités de lait liquide à l'Irlande du Nord, menacée de scission commerciale si la province reste intégrée au marché communautaire.

Plus de 500 000 porcs sont exportés du continent au Royaume-Uni chaque année. Réciproquement, Royaume-Uni est l'un des principaux fournisseurs d’ovins vivants des vingt sept pays membres.

Sorti de l’Union européenne, le Royaume-Uni ne se passera pas de vin, importé de puis la période romaine de France, d’Italie ou d’Espagne ! En 2017/2018, 7,7 millions d’hectolitres de vin européen ont été expédiés sur l’ile, soit  24% des exportations de vin de l'UE-27 en volume et 19 % en valeur (2,6 milliards d’euros en 2017).  

Selon une étude du Cepii rapportée par l’Apca dans son étude (1), les exportations agroalimentaires européennes à destination du Royaume-Uni diminueraient de 62 % à l’horizon de 2030 si la Grande-Bretagne sort de l’Union sans accord commercial et politique. La France verrait à elle seule son chiffre d’affaires réduit de moitié à 4,07 milliards de dollars américains conte 9,1 milliards dollars sans la sortie de l’Union européenne.

 

(1) Brexit : scénario du pire et les conséquences sur le marché agricole - https://chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/FAL_commun/publications/National/Analyses_Perspectives-1902_APCA_2019.pdf

(2) https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/food-farming-fisheries/farming/documents/medium-term-outlook-2018-report_en.pdf


Ci-dessous, Michel Barnier, négociateur de la Commission européenne avec le Royaume-Uni sur le Brexit, ici en visite au salon de l'agriculture à Paris ce mercredi 27 février.

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Auteur : Hénin Frédéric
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