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La production remonte vers le Nord et l’Est

Inexorablement, la production de tournesol conquiert de nouvelles zones géographiques. Il s’en cultive aujourd’hui de plus en plus en Bourgogne-Franche-Comté et jusque dans l’Oise. Pour s’adapter à ces nouveaux climats, il est nécessaire d’adapter l’itinéraire technique historique du bassin Sud-Ouest.

Sommaire

Si le réchauffement climatique a de nombreux aspects négatifs sur l’agriculture, il offre également la possibilité de cultiver des productions méridionales de plus en plus haut dans l’hexagone. C’est le cas particulièrement du tournesol qui a franchi la limite symbolique de la Loire et même de la Seine. Selon la dernière enquête tournesol de Terres Inovia, sur l’ensemble des régions Bourgogne-Franche-Comté, Grand-Est et Hauts-de-France, la sole est passée de 41 625 ha en 2018 à 137 660 ha en 2021. La guerre en Ukraine et la pression sur les prix ne font qu’accentuer le phénomène. « Historiquement dans les Pays de la Loire, le tournesol était cultivé en Vendée et en Maine-et-Loire. Actuellement, il s’en fait de plus en plus en Loire-Atlantique, en Mayenne et dans la Sarthe » témoigne Pierre Retailleau, conseiller agronomie et référent tournesol au sein de la chambre d’agriculture régionale. Selon lui, la culture devrait s’implanter durablement dans ces nouvelles zones du fait de l’évolution du climat. Le référent tournesol évoque également la déprise des activités d’élevages dans les départements du nord des Pays de la Loire qui nécessite de diversifier les cultures de printemps, tout en maîtrisant la charge de travail. Deux problématiques auxquelles répond bien cette production. « Dans certains cas, le tournesol est une culture qui est mise en place par défaut, notamment vis-à-vis des dégâts de corbeaux qui sont moins importants que dans un maïs » relève-t-il. 

Champs de tournesol proche de la maturité en Vendée. © TL

 

Le bon équilibre de la date d’implantation

La date de semis pour le tournesol nécessite de trouver un juste équilibre entre un sol ressuyé et réchauffé et une implantation la plus précoce possible. À ce jeu-là, les régions historiques du Sud-Ouest sont les premières à démarrer avec les premiers semis dès la dernière décade de mars et peuvent poursuivre les chantiers jusqu’à la mi-mai. De manière opportuniste, des semis en dérobés derrière une céréale moissonnée précocement peuvent être tentés. Cela s’est vu sur une année atypique comme 2022.
Pour les nouvelles régions de production, les semis se concentrent plutôt sur le mois d’avril. « Les résultats montrent l’intérêt de semer précocement pour obtenir des rendements plus élevés et limiter les éventuels frais de séchage pour les secteurs Nord et Est » indique Terres Inovia. Les chiffres relevés par l’enquête 2021 mettent en évidence des rendements de 33 à 35 q/ha pour les semis de la première décade d’avril pour l’ensemble des régions Nord et Est. Seul la Champagne-Ardenne et la Seine-et-Marne gardent ce niveau de performance pour des semis lors de la deuxième décade d’avril. Les rendements en Lorraine, Alsace et Bourgogne-Franche-Comté pour les semis sur cette période décrochent pour se rapprocher des 30q/ha.
Pour autant, les pratiques culturales ne correspondent pas toujours à ces périodes optimales, notamment du fait des conditions climatiques. Selon l’institut technique, la date moyenne d’implantation est le 11 avril pour la Bourgogne-Franche-Comté et le Grand-Est. Dans le nord de la France, elle se situe au 19 avril. « Dans les nouvelles zones de culture au nord de la région Pays de la Loire, les dates de semis se situent sur la fin avril, début mai. Le tournesol est implanté derrière un couvert, avec une préparation à la herse rotative et il lève très vite » rapporte Pierre Retailleau. Il met lui aussi en garde contre une récolte trop tardive et donc trop humide. « Dans le sud-Vendée, la récolte se fait toujours sous les 10 % d’humidité, mais plus au nord, il faut faire attention à ne pas se faire piéger avec des taux de 10, 11, voire 12 % d’humidité qui engendrerait des frais de séchage importants » recommande-t-il. 
 

Les densités et écartements optimales

Le développement de la culture du tournesol de manière opportuniste dans des régions d’élevages peut pousser les producteurs à utiliser le matériel disponible sur les fermes. « Pour faire simple, les exploitants utilisent du matériel à maïs pour gérer la culture et des cueilleurs à maïs pour la récolte » constate Pierre Retailleau. L’utilisation de semoir à céréales est également significative, notamment dans les nouvelles régions de production Nord et Est. « 15 % des parcelles sont implantées avec des densités supérieures à 85 000 graines/ha et peuvent correspondre aux semis avec des semoirs de céréales » indique Terres Inovia dans les résultats de son enquête 2021. Tous modes d’implantations confondus, la densité de semis moyenne s’élève à 77 000 graines/ha pour les régions Nord et Est contre 73 000 graines/ha à l’échelle nationale. Une valeur que l’institut technique juge un peu élevé. « Ces données correspondent à une fourchette haute des conseils de densité de semis. En effet, l’objectif est d’obtenir un nombre de pieds levés aux alentours de 50 à 60 000 plantes/ha. La densité pourrait donc être légèrement diminuées aux alentours de 70 000 graines/ha pour les semis de précision » précise Terres Inovia. Une densité trop importante génère notamment des problèmes d’accès à la ressource en eau. Des semis à plus de 70 000 graines/ha ne sont adéquats que dans des zones avec une faible contrainte sur cette ressource et avec des fins de cycle humide.
D’une manière générale, les experts recommandent d’éviter des semis trop denses avec des inter-rangs de 75 cm qui accroissent le risque de verse. Pour l’implantation, des inter-rangs de 40 à 60 cm sont à privilégier en tournesol. Un écartement de 60 cm présente l’avantage d’être compatible avec du matériel courant sur les fermes. C’est parfois plus compliqué, que ce soit pour les passages des bineuses ou l’empattement du tracteur sur des inter-rangs plus petits. 
 

Irriguer ou non

Si le tournesol est une culture qui supporte mieux la chaleur que le maïs, un ou deux tours d’irrigations avant et après la floraison peuvent permettre d’améliorer le rendement. « Cette année, en Vendée, nous avons vu des producteurs qui mettaient moins de maïs et plus de tournesol pour préserver leur quota d’irrigation. Cela leur permet en parallèle de prévoir jusqu’à trois tours d’eau sur tournesol pour optimiser le rendement » relève Pierre Retailleau. Des essais menés par Terres Inovia en 2006 mettent en évidence un gain de 5 q/ha sur des sols superficiels avec un apport de 40 mm d’eau. « Le positionnement de cet apport unique à la fin de floraison, par rapport à la préfloraison, permet d’augmenter à la fois le rendement et la teneur en huile » précise les auteurs. 

 

Pierre Retailleau, référent tournesol à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, dans un champ de tournesol semé en dérobé en juin 2022. © TL

 

Le binage, une solution efficace

La production de tournesol offre l’avantage de ne demander que très peu d’interventions en culture. Concernant le désherbage, la stratégie de traitement en pré-levée est privilégiée. « Seule le secteur Rhône-Alpes, à forte pression d’ambroisie à feuille d’armoise pratique des stratégies de prélevée et de post levée » précise l’enquête 2021 Agreste.
L’état des parcelles est jugé bon par 75 % des agriculteurs après ce désherbage. Les principales adventices mal contrôlées en culture de tournesol sont le chardon, les renouées ou encore les chénopodes selon les réponses à l’enquête. Les auteurs relèvent également un recul de l’utilisation du binage, potentiellement lié en 2021 à des conditions très humides durant le printemps et l’été. Dans les régions Nord et Est, seul 14 % des parcelles sont binées. Pour Terres Inovia, c’est une méthode qui permet de renforcer l’efficacité contre certaines adventices lorsque les conditions climatiques le permettent. « En plus du désherbage, cette pratique offre l’avantage de réchauffer et de re-minéraliser les sols » ajoute Pierre Retailleau. 
 

La fertilisation azotée pas toujours nécessaire

Le tournesol est une culture peu gourmande en azote. « Un quart de la sole de tournesol ne reçoit aucun engrais azoté, qu’il soit minéral ou organique » relève l’enquête de Terres Inovia. « Sur une petite terre, un couvert de légumineuse peut suffire » estime le conseil agronomique de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. À ce titre, l’implantation d’un couvert végétal avant un tournesol est en augmentation d’année en année. En 2021, 41 % de la sole de tournesol avait connu un couvert végétal contre 35 % en 2019 et 10 % en 2009. Selon les données Terres Inovia, 55 % de ces couverts sont des légumineuses, 43 % sont à base de crucifères et 30 % sont constitués de phacélie.

 

A savoir :

Dans les Pays de la Loire, le projet SCOT mené de 2018 à 2021 avait pour but de prévenir les dégâts de pigeons et de corvidés sur tournesol avec l’implantation d’un couvert de féverole ou d’orge un mois avant le semis. En détruisant le couvert quelques jours avant l’implantation ou lors de semis, l’intérêt est de cacher les lignes de tournesol au sol avec les résidus végétaux. Les résultats montrent un intérêt de cette technique pour limiter les dégâts des oiseaux sur la culture, mais les auteurs précisent qu’elle est très complexe à mettre en œuvre. Il faut d’une part réussir la levée du couvert en mars et d’autre part adapter la destruction du couvert pour qu’il ne gêne pas la levée du tournesol. 

Timothée Legrand

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