Producteurs entre autres de colza, de moutarde et de tournesol via une structure de 1 000 ha à 5 associés en Côte-d’Or, la SAS MLGG a investi dans une unité « 100 % végétale » avec des gains agronomiques à la clé.
Dans ce secteur du nord de la Côte-d’Or (21), les exploitations de grandes cultures sont confrontées à des difficultés croissantes à surmonter avec des terres de plateau majoritairement superficielles et à cailloux. C’est ainsi que six exploitations du secteur de Marsannay-le-Bois (dont 5 associées) ont œuvré ces dernières années pour trouver une voie d’optimisation par la mise en commun du matériel, du travail et des assolements. Cependant à la fin des années 2010, une nouvelle réflexion s’engage pour les associés. « Nous avions installé plusieurs jeunes et il semblait logique de créer de l’activité supplémentaire. Par ailleurs, nous avions des défis agronomiques à relever », rembobine Vincent Lecuret, l’un des porteurs de projet installé depuis 2003. Les rotations à base de cultures d’hiver, (colza, blé, et orge) engendraient des problématiques de gestion de vulpins notamment. Les agriculteurs, qui s’intéressent de près à la santé de leurs sols, constataient aussi le besoin de réaliser des apports de matière organique coûteux à l’achat. Dans un premier temps, un projet d’élevage est ainsi envisagé. Cependant, aucun des associés ne se sentait réellement la fibre pour élever des animaux. L’idée de créer une unité de méthanisation l’emportera finalement sur la base d’un modèle d’approvisionnement 100 % végétal pour une production de gaz vert de 135 Nm3/h (Normo M3 par heure). Mis en service en 2021, ce fut le tout premier méthaniseur en injection du département à sortir de terre grâce à la présence du réseau GRDF à 50 m du site.
Un effet désherbant
Les enjeux agronomiques sont dès le départ placés au centre du projet. « Nous savions qu’il serait très intéressant de réintroduire des cultures de printemps. Cependant nous n’arrivions pas à dégager de revenu avec ces productions car les rendements sont trop bas et trop aléatoires dans notre secteur, relate l’agriculteur. Avec la méthanisation, nous semons des CIVE (Cultures intermédiaires à vocation énergétique) en hiver qui sont valorisées en énergie. Ensuite nous pouvons semer une culture de printemps, et mieux supporter d’un point de vue économique le caractère aléatoire de celle-ci ».

C’est ainsi que chaque année environ 500 ha de CIVE d’hiver sont semés pour alimenter le méthaniseur. Les associés utilisent principalement le seigle dont une partie est semée en association avec de la luzerne. Cependant les apports d’azote par les légumineuses dans la ration du méthaniseur sont surveillés car il ne faut pas dépasser certains seuils pour le bon fonctionnement fermentaire. Les producteurs tiennent également à produire leurs CIVE d’hiver sans recours aux traitements phytosanitaires. Sur les parcelles les plus « sales », la gestion des adventices se fait par un semis plus tardif après faux semis. D’expérience, la récolte des CIVE est jugée suffisamment précoce pour éviter une maturation problématique des semences de vulpins et ray-grass. Depuis environ trois ans, les associés constatent d’ailleurs une amélioration de leur problématique d’enherbement à tel point que cela a intéressé des voisins qui cultivent désormais des CIVE d’hiver qu’ils revendent à l’unité de méthanisation. Qu’elles soient achetées ou produites dans l’assolement en commun, 500 ha de CIVE d’hiver suffisent pour assurer environ 90 % des besoins de l’unité. Les 10 % restants sont composés d’achats d’issues de céréales ou de son de moutarde pour équilibrer la ration. La production de CIVE d’été permet de composer un petit stock de matière en cas d’un rendement décevant des CIVE hiver.
Recherche : des légumineuses dans le système ?
Le projet de recherche LeguMétha associe INRAE et GRDF afin d’évaluer les effets des légumineuses dans les systèmes agricoles intégrant la méthanisation. D’une part, les légumineuses contribuent à l’autonomie protéique et à la réduction des apports d’azote minéral grâce à la fixation symbiotique. D’autre part, la méthanisation agricole, modifie les flux d’azote et de carbone. Enfin, des excès d’azote dans le méthaniseur peuvent bloquer les processus de fermentation. D’où l’intérêt de bien évaluer les synergies et interactions possibles et souhaitables. De premiers résultats expérimentaux (à confirmer sur le terrain) montrent qu’on peut effectivement optimiser les taux d’azote dans la ration avec une rentabilité pour les agriculteurs.

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Des colzas plus robustes
Après une CIVE semée en septembre et récoltée en mai, les agriculteurs sèment des cultures de printemps, comme la moutarde alimentaire dans ce secteur emblématique à proximité de Dijon. D’autres cultures de printemps sont mises en place comme le sarrasin. « Nous choisissons des cultures nécessitant peu d’intrants car la production reste assez aléatoire, explique Vincent. Nous sommes producteurs de tournesol, mais nous n’en plantons pas encore derrière une CIVE d’hiver. Cela viendra peut-être grâce aux progrès génétiques en matière de précocité ».
La méthanisation apporte une solution agronomique aux agriculteurs pour sécuriser l’implantation de leurs colzas ou de leurs moutardes d’hiver. « La fertilisation organique est le premier levier agronomique pour avoir de belles levées et des colzas robustes face à la problématique des grosses altises, estime l’agriculteur. Le digestat fait aujourd’hui pleinement partie de notre réponse pour continuer à faire du colza chez nous malgré le manque d’efficacité des insecticides. Ceci à moindre coût par rapport à des achats d’engrais organiques à l’extérieur. Grâce aux digestats, nous avons depuis trois ans de très beaux colzas très poussants et avec des rendements que nous n’avions jamais obtenus auparavant ».
Améliorer les sols
Après cinq ans de recul, les agriculteurs pensent également être sur la bonne voie de gagner leur pari d’accroître la fertilité de leurs sols, grâce à des règles rigoureuses qu’ils se sont imposés. Les pailles par exemple ne sont pas exportées dans le méthaniseur. Elles ne peuvent sortir des parcelles que sur la base d’un échange paille-fumier. Les digestats sont épandus sur toutes les parcelles dans une logique de retour au sol de la fertilité minérale et de la matière organique. « On fait très attention à nos sols. On ne veut surtout pas les vider de carbone ou créer des déséquilibres », insiste Vincent.
Sylvain Marsac, Ingénieur R&D d’Arvalis : « Diversifier les rotations »
« Les oléoprotéagineux trouvent d’autres valorisations économiquement plus intéressantes que la méthanisation. Cependant ces cultures ont toute leur place dans un système agronomique associé à une méthanisation agricole. Cela diversifie les rotations en ouvrant des possibilités de semer des intercultures à vocation énergétique. Les pois, ou féveroles peuvent précéder des CIVE d’été tandis que le soja offre l’avantage de se semer tard après une CIVE d’hiver par exemple. Certains oléagineux comme le tournesol peuvent aussi directement être produits en CIVE notamment en association avec une plante comme le sorgho. En outre une culture comme le colza valorise très bien des apports modérés de digestats à l’implantation, dans la limite de la réglementation. Ajoutons qu’une part de légumineuses peut aussi être introduite dans les couverts destinés à la méthanisation avec des bénéfices en termes d’agronomie et d’autonomie pour la fertilisation azotée ».
