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La galère, le redressement judiciaire, et la lumière au bout du tunnel

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L'éleveur de chèvres laitières Marc Taillecours a tout connu en quelques années. Les problèmes financiers, personnels, sa femme l'a quitté, il a vécu dans une caravane, a vu son exploitation placée en redressement judiciaire... Mais il n'a jamais abandonné, avec l'aide d'une nouvelle conjointe. Aujourd'hui converti au bio, il voit la lumière au bout de ce long tunnel. Portrait d'un paysan passionné et acharné, témoin actif des difficultés de notre époque pour le monde agricole, mais aussi représentatif de l'immense espoir partagé par tous, celui de finir par s'en sortir.

La première fois que j'ai rencontré Marc Taillecours, c'était il y a trois ans, en janvier 2016. Avec lui et d'autres témoins, j'avais rédigé un article qui osait évoquer ces "agriculteurs que notre système veut laisser sur le bord du chemin". Marc Taillecours (au coeur de l'Anjou, dans le Maine-et-Loire) y parlait alors des années précédentes, représentant une galère invraisemblable, proche de l'inhumain. Reprenons l'histoire, telle qu'elle fut écrite alors :

"Eleveur caprin installé en 2002 avec 250 chèvres, il en perd 80 en 2005 suite à une maladie (...). D'où une perte de lait, une perte de finance. Il ne peut plus boucler son budget, ne dégage strictement aucun revenu, augmente la dette. Son épouse d'alors, ne comprenant pas la situation, le quitte, alors qu'ils ont trois enfants. De 2006 à 2013, pendant plus de 6 ans, Marc Taillecours vit dans une caravane, avec un fil électrique branché sur la chèvrerie. Il refuse d'abandonner ce métier qu'il aime. Il continue de voir ses enfants régulièrement, boosté par leur existence. Et puis, il rencontre Delphine, de 20 ans sa cadette, trouve un nouvel intérêt à la vie, à son combat. Oublie qu'il a fixé une corde sur une poutre, ne mettant jamais le cou dans le noeud coulant, pour ses enfants. Et puis pour Delphine, mère du quatrième."

Le redressement judiciaire ? Une seconde chance !

En 2015 donc, son exploitation est placée en redressement judiciaire. Ce redressement judiciaire, il le considère comme une chance, il y croit, se retrousse les manches. Sept jours sur sept, des heures de boulot. Delphine s'y met aussi, tous les matins de 4 à 8 heures elle va à la chèvrerie pour la traite, alors qu'elle travaille aussi à l'extérieur l'après-midi. Leur fille Léa se voit un espace aménagé avec chauffage dans la chèvrerie pour qu'elle ne reste pas seule à la maison pendant ce temps. Tout le monde s'y met !

Et les résultats suivent, l'excédent brut d'exploitation (EBE) passe de 800 à 46 000 € d'une année sur l'autre : le redressement judiciaire donne vraiment, en l'occurrence, une seconde chance !

Deux ans de sécheresse et retard de paiement des aides bio

"Pour réussir, je devais passer en bio, rapporte Marc Taillecours. Ce qui signifie une nourriture basée à 80 % au moins d'herbe pâturée." Son projet avance, il sait qu'il est dans l'air du temps, que des fromages de chèvre bio, d'un pur point de vue économique ça se vend, et en plus ils peuvent lui offrir une forme de revanche pacifique sur le sort, lui qui a été abandonné dans une caravane par la société, il est prêt à lui fournir des produits sains et bons au goût.

Malheureusement, avant de fabriquer des fromages à la ferme, il faut investir dans une fromagerie qui réponde aux normes. Or ce n'est pas si simple quand on est en redressement judiciaire. Si au moins il avait reçu les aides bio dues par l'Etat, celles de 2016 et 2018... Il a beau savoir qu'il n'est pas le seul, que tous les éleveurs convertis au bio sont logés à la même enseigne de ce scandaleux retard gouvernemental des aides dues, ça ne règle pas son affaire. Et pour compliquer le tout, 2017 et 2018 furent deux années à sécheresse, donc avec (beaucoup) moins d'herbe dans ses propres pâtures, et il a fallu en racheter.

"J'ai de la famille, des amis, qui m'ont aidé comme ils ont pu par rapport à l'achat imprévu de fourrages. Mais je ne peux plus leur demander à nouveau pour la fromagerie", précise-t-il. D'autant que les banques, si elles ont parfaitement le droit de prêter à une personne en redressement judiciaire, refusent de le faire.

La fromagerie du bout du tunnel

Pourtant, cette fromagerie, elle représente le bout du tunnel. Après des années et des années de galère, de découragement, puis de combat, de lutte, de volonté, à prendre sur soi et à y parvenir en vertu d'un cocon familial reformé, les fromages bio de chèvre de Marc Taillecours et des siens sont appelés à réussir. "Je proposerai deux fromages, précise-t-il. Des fromages frais, et des tommes de chèvre. Des tommes en particulier, il s'en fait très peu en Anjou. Et la situation de la ferme est idéale. Nous donnons sur la route qui relie Angers à Cholet, 10 000 véhicules y passent par jour. D'ailleurs, il n'y a pas une semaine sans que nous ayons des curieux qui viennent à la ferme nous demander si nous faisons des fromages. Aujourd'hui, on ne peut pas leur répondre, mais le potentiel est évident."

Qui plus est, avec la fromagerie, un emploi serait créé, celui de Delphine, qui n'aurait plus à travailler à l'extérieur en plus de ce qu'elle fait déjà à la chèvrerie.

Cagnotte en ligne... Que sont deux briques pour reconstruire une vie ?

Du coup, une solution, ouvrir une cagnotte en ligne. On la trouve sur le site Miimosa, intitulée "Fromagerie fermière bio Le coeur d'Anjou". Marc et Delphine y exposent leurs intentions quand à l'ouverture de la fromagerie. Ils y détaillent les financements qui leur manquent : l'isolation (coût 4 500 €), l'électricité (4 000 €), le carrelage avec sa pose (3 000 €), le matériel propre à la fromagerie (6 700 €), une chambre froide (2 000 €). Soit un total de 20 200 € précisément.

A peine plus de deux briques... Pour à peine plus de deux briques, un paysan en galère depuis des années, un temps proche du suicide puis s'accrochant farouchement à la vie comme à son métier, profitera enfin des joies censées être apportées par ce dernier. La nature, la vie en plein air, avec des animaux... Un véritable idéal ! Mais avec combien de méandres pour l'atteindre ?

Allez, si nous sommes 2000 à mettre chacun 10 €, nous aurons aidé un paysan à vivre dignement de son métier. Moi, je vais sur ce lien https://www.miimosa.com/fr/projects/fromagerie-fermiere-bio-le-coeur-d-anjou, et je dépose 10 euros. Et vous ?


En savoir plus : https://www.miimosa.com/fr/projects/fromagerie-fermiere-bio-le-coeur-d-anjou (lien de la cagnotte en ligne ouverte sur Miimosa) ; https://wikiagri.fr/articles/ces-agriculteurs-que-notre-systeme-veut-laisser-au-bord-du-chemin/7987 (article de WikiAgri daté de janvier 2016 rapportant les difficultés du métier de paysan. Pour information, les autres témoins de cet article ont depuis dû arrêter l'élevage...).


Les photos du montage ci-dessous ont été fournies par Marc Taillecours (sa fille Léa, des chèvres, avec sa compagne Delphine).

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Auteur : Jeandey Antoine
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Journaliste professionnel depuis 1987. Collaborations multiples et variées dans la presse agricole. J'ai été rédacteur en chef de JA Mag (mensuel du syndicat...

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  • 1Commentaire
  • #1

    Oui, on est tout à fait d'accord d'aider ceux qui sont dans la panade.. mais n'oublions jamais de nous poser la question. Pourquoi on en arrive là.. les paysans produisent la matière première et c'est sur leurs mains que les fauves s'agitent pour faire du business et du profit sur ces même produits. Les filières agricoles doivent se prendre en charge. Créer des OS, créer des boutiques de transformations qui leur appartiennent..

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