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La difficile mutation du secteur de l'oeuf

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La marche peut paraître haute mais le groupement Armor-oeufs compte bien aider ses éleveurs de poules pondeuses à transformer une partie de ses élevages en batterie en systèmes alternatifs (bio, plein air dont label rouge, sol).

Les deux tiers des 95 producteurs d'œufs d'Armor-oeufs, premier groupement français (6 millions de pondeuses) basé à Pontivy (Morbihan) conduisent leurs poules dans des bâtiments en cages aménagées, parfois sur plusieurs étages. Ce sont généralement de grands élevages : ils abritent 92,5 % des poules du groupement breton.

Or, en l'espace de quelques années, ces cages ont perdu de leur crédit aux yeux du consommateur, qui y voit de plus en plus un lieu d’enfermement et de souffrance. Un débat attisé par des associations abolitionnistes comme L214, bientôt rejoint par des distributeurs, des industriels et des acteurs de la restauration hors domicile qui ont décidé de retirer ces oeufs de leur offre. Fin mars, les députés ont déposé un amendement à la loi pour l’équilibre dans le secteur agricole et agroalimentaire visant à interdire, à compter du 1er janvier 2022, la vente aux consommateurs doeufs provenant d’élevages en cages. Ils ont ainsi introduit dans la loi un vœu du candidat Macron, alors en campagne vers l’Elysée.

La consommation d'oeufs-coquilles représente entre 40 et 45 % de la consommation (220 œufs par habitant et par an sous toutes ses formes). Ce qui laisse théoriquement aux oeufs en batterie le débouché des ovoproduits. Mais pour combien de temps ? L’interprofession a proposé dès 2016 de mettre sur pied un contrat d’avenir sociétal pour que 50 % des poules pondeuses soient élevées dans des systèmes alternatifs contre 68 % actuellement. Mais la distribution ne l’a pas encore signé. Le contrat serait pourtant bien utile pour accompagner les éleveurs. La transformation de leurs bâtiments est estimée à 500 millions d’euros par l’interprofession alors qu’ils ont lourdement investi en 2012 pour mettre aux normes européennes leurs cages aménagées. En Bretagne, où la proportion de poules pondeuses élevées en cages est plus importante qu’ailleurs (78 % pour le territoire, 92,5 % pour Armor-oeufs), la marche promet donc d’être difficile à franchir.

Chez Armor-oeufs,« les producteurs ont été interrogés en 2017 sur leurs intentions », explique Franck Picard, président du groupement. Ce qui a été observé, c’est que seuls 20 % d’entre eux disposent de la place suffisante pour élever des poules pondeuses en plein air. La réglementation impose 4 mètres carrés d’aire de parcours par poule, soit 16 hectares pour un élevage de 40 000 poules, ce qui est un petit élevage. « La plupart devrait donc développer une production au sol », poursuit Franck Picard. Mais, compte tenu des niveaux d’amortissement de la mise aux normes de 2012 restants dûs, tout le monde ne peut pas investir. « On estime qu’un tiers des producteurs pourrait basculer vers de l’alternatif d’ici à 2020 et un autre tiers en 2022. Les autres, bien souvent les plus endettés, ne pourront pas le faire avant 2025. »

L’orientation de la demande du consommateur est en train de transformer en profondeur le marché de l’offre. Pendant que les acteurs historiques doivent faire leur mutation, on observe de nouveaux entrants dans le secteur. Avec clairement le risque d’une déstabilisation du marché.


Notre illustration ci-dessous est issue de Fotolia, lien direct : https://fr.fotolia.com/id/139719460.

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Auteur : Jourdain Franck
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