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La Chartreuse à l'heure de la cueillette des plantes

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Vous êtes encore à la recherche du job saisonnier idéal en pleine montagne ? En Chartreuse, une poignée de courageux livrent tout l’été la coopérative de ramassage des plantes d’Entremont-le-Vieux en Isère. Une tradition en déclin qui pourrait retrouver du sens à l’avenir. Une seule condition pour participer : résider sur le territoire.

« J’ai commencé à ramasser la vulnéraire à l’âge de onze ans avec mon oncle, et je n’ai jamais arrêté. Même si c’est très physique, j’ai toujours aimé cette activité en harmonie avec la nature. Malheureusement, nos ramasseurs vieillissent et la tradition risque de se perdre. Pourtant, ces plantes sont toujours très recherchées par les herboristeries », alerte Pascal Rey, président de la coopérative et professeur d’électrotechnique.

Le ramassage des plantes est en effet une tradition ancestrale en Isère. Durant l’entre-deux guerres, les agriculteurs utilisaient les feuilles de frêne comme complément de fourrage. Ensuite, le secteur pharmaceutique les achetait pour valoriser leur principe actif contre les douleurs articulaires. Cette source de revenu supplémentaire conduit les ramasseurs à fonder un groupement en 1957. « Cela leur permettait de peser face aux clients industriels et d’harmoniser les prix », raconte Pascal Rey. L’initiative était plutôt originale pour l’époque. Pris au dépourvu, le préfet isérois de l’époque a enregistré l’association dans la même catégorie qu’une coopérative laitière, statut qu’elle conserve toujours !

Une dizaine de plantes cueillies en Chartreuse

La coopérative de ramassage de plantes du massif de la Chartreuse a très vite élargi sa gamme à d’autres plantes emblématiques de la Chartreuse. Selon les années, une dizaine d’espèces sont ramassées, dont les bourgeons de hêtre, l’alchimie, le plantain, la reine des prés, les pissenlits, les fleurs d’églantiers, les millepertuis et les bugles. Les clients ne demandent pas forcément les mêmes  plantes d’une année sur l’autre et les ramasseurs doivent être très réactifs. « Parfois, les herboristeries ont besoin dans la semaine de trente tonnes de millepertuis. Comme nous sommes incapables de leur fournir, elles achètent leurs plantes dans un rayon très vaste », explique le président.

La vulnéraire est l’unique plante protégée commercialisée par la coopérative, sur dérogation du préfet de l’Isère. « Cette espèce n’existe qu’en Chartreuse et à ce titre, la préfecture la protège depuis les années 1970. Peu de temps après, le Parc naturel a été inauguré. Notre activité est encadrée pour éviter toute dérive mais elle est loin de menacer les ressources. D’ailleurs, nous ne sommes pas assez nombreux pour ramasser les quantités demandées par nos clients. Et si jamais nous y parvenions, nous n’arracherions que le tiers des vulnéraires du massif. L’an passé, nous avons ramassé une centaine de kilos alors qu’on nous en demandait deux fois plus ! », souligne Pascal Rey.

La coopérative regroupe trente membres. Les adhérents doivent être impérativement domiciliés en Chartreuse pour être réactifs : les sorties sont parfois prévues la veille au soir, pour ramasser les plantes consommées vertes, comme la reine des prés ou les bourgeons. Cependant, chacun est libre de participer ou non aux différentes cueillettes.

Flore des montagnes : une économie de niche

Aujourd’hui, la coopérative d’Entremont-le-Vieux fournit deux herboristeries et les établissements Pagès dans le Puy-de-Dôme. « Ces herboristeries sont des intermédiaires. On ne connait pas précisément leurs clients, qui sont surtout des pharmacies et des liquoristes. C’est un petit milieu et tout se sait très vite… Les industriels passent donc leurs commandes à plusieurs herboristeries pour conserver le secret de leurs recettes. Notamment celle de la fameuse Chartreuse qui comprend 130 plantes différentes ! », sourit Pascal Rey.

Quand il a pris la présidence, la coopérative réalisait un chiffre d’affaires de 40 000 euros : « Il n’était pas rare que nous remplissions trois camions de 38 tonnes. Aujourd’hui, l’activité est plus variée mais également plus réduite. On nous demande des petites quantités et notre chiffre d’affaires oscille entre 5000 et 10 000 euros.  Pour donner une idée, nous ramassions 16 tonnes de feuilles de frêne contre trois tonnes aujourd’hui. Le ramassage reste une activité secondaire pour les habitants du pays, mais ça peut être un coup de pouce pour les jeunes l’été. »

L’intégralité de la recette est reversée aux ramasseurs. Le kilo de feuilles de frêne est payé un euro. La vulnéraire est bien plus rémunératrice, mais il faut compter une demi-journée pour ramasser un kilo ! Il est difficile de s’installer comme indépendant, à moins d’avoir de solides connaissances en botanique et d’identifier des plantes rares très recherchées.

Une activité qui a du sens…

Pour Pascal Rey, ce savoir-faire ne doit pas disparaitre car il sera crucial à l’avenir : « Je pense qu’on va revenir très vite à la nature, aux choses essentielles. Sans doute qu’il faudra attendre que la situation économique se complique encore pour motiver les gens à assumer ce travail physique… Par manque de main d’œuvre, les herboristeries se fournissent à l’étranger mais les coûts de transport deviennent problématiques. Quand les ramasseurs d’Asie, d’Ukraine ou du Maghreb réclameront des hausses de salaire légitimes, la question deviendra cruciale. Auparavant, nous fournissions un laboratoire à Dijon qui engage désormais des ramasseurs dans les pays de l’est. Les consommateurs ne s’interrogent malheureusement pas assez sur l’origine de leurs produits », soupire Pascal Rey.

… mais aussi quelques freins !

Pour valoriser davantage ses cueillettes, la coopérative envisageait en 2013 de transformer son tilleul en tisanes avec l’aide d’un pharmacien. Cependant, elle a renoncé pour des questions de norme : il aurait fallu analyser tous les lots, ce qui n’aurait pas été rentable à moins de 200 kg de chaque plante. La coopérative se contente de certifier que ses plantes ne sont pas cultivées.

Par ailleurs, les pousses ne sont plus aussi importantes. « La chartreuse est devenue trop boisée, du fait de la déprise agricole. Les milieux sont trop humides, on trouve de la mousse là où poussaient les plantes, et les bois en bordure de chemin sont de mauvaise qualité. Il y  a longtemps qu’on n’a pas connu de bonnes années à vulnéraire. Ce sont peut-être les effets du changement climatique, mais je ne peux pas être formel », suggère le président.

 

En savoir plus : http://www.st-pierre-chartreuse.com (site de l'office de tourisme de Saint-Pierre d'Entremont) ; http://www.parc-chartreuse.net (site du parc naturel régional de la Chartreuse) ; http://www.jdmmontagnes.org (association Jardins du monde montagnes, actions en faveur des pharmacopées locales) ; http://petitsjardiniers.fr/chartreuse (site de Fabienne Décoret, qui cultive des plantes médicinales. L'association citée juste avant organise une visite chez elle le 17 août 2015) ; http://www.chartreuse.fr (site de la liqueur Chartreuse, avec son histoire, ses 130 plantes...).

Photos ci-dessous, fleurs de vulnéraire (deux photos, seconde en gros plan, crédit : Michel Delamette).

Ci-dessous, feuilles de frêne (photo signée Anne Meyer, fournie par l'association Jardins du Monde Montagnes).

Ci-dessous, Pascal Rey, président de la coopérative de ramassage des plantes d’Entremont-le-Vieux.

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Auteur : Jacson-Allemand Christel
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Journaliste en milieu rural, je suis passionnée par l'élevage et les filières agricoles innovantes et originales.

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