À 32 ans, Romain Corruble a repris depuis deux ans avec sa femme une exploitation légumière d’une quinzaine de salariés à Créances, dans la Manche.
Fils d’agriculteurs, Romain Corruble ne se prédestinait pas à rejoindre la côte ouest du Cotentin, dans la Manche. Encore moins à produire des carottes et des poireaux en cultures principales. Le jeune homme de 32 ans a en effet grandi en Seine-Maritime, dans un terroir complètement différent. « Mais la pression foncière y était trop forte pour m’y installer », rembobine le producteur. C’est ainsi qu’après avoir obtenu un BTS ACSE et une licence en agroéquipements, il atterrit en 2021 dans son actuelle exploitation légumière à Créances. Il y démarre comme salarié avec le projet concerté de reprendre l’entreprise aux cédants, Philippe et Dominique Jean, en partance pour la retraite.
Touche-à-tout
Romain s’installe finalement officiellement le premier septembre 2023. L’exploitation emploie une jeune équipe de quinze salariés âgés de 24 à 43 ans. Elle valorise environ 20 ha de carottes, 20 ha de poireaux et une petite dizaine d’hectares de navets et de pommes de terre. Bien que chef d’exploitation, Romain touche-à-tout et c’est encore lui qui prend en charge les traitements phytosanitaires et les applications d’engrais. « Je suis multitâche sur l’exploitation », confirme l’agriculteur pour qui la main-d’œuvre est aujourd’hui l’un des principaux enjeux. La femme de Romain gère quant à elle toute la partie administrative et les ressources humaines.

Une fraîcheur incomparable
Le Label rouge « carotte des sables » de Créances a été créé en 1967. C’est le premier Label rouge à avoir été appliqué à un légume. Aujourd’hui encore, il s’agit de l’une des principales filières légumières sous ce label en volume, regroupant une trentaine de producteurs situés dans le bassin manchois. Le cahier des charges exige un ramassage manuel avec conditionnement au champ, ce qui explique entre autres les importants besoins de main-d’œuvre. Afin de garantir la fraîcheur du produit, les carottes sont conservées de façon traditionnelle au champ et récoltées au fur et à mesure des besoins de commercialisation. De plus, le délai maximum entre la récolte et l’expédition doit être inférieur ou égal à 4 jours (ou 5 jours si récolte le samedi). Un paillage au minimum de 20 t par hectare est en outre obligatoire pour assurer la conservation au champ à l’abri du gel et du dessèchement.
Rotation de cinq ans
Avec la suppression de certains moyens de protection phytosanitaire, la maîtrise de l’enherbement des parcelles et des ravageurs tels que les nématodes à kystes est devenue plus complexe. L’agriculteur travaille donc sur des rotations de cinq ans. « Je suis arrivé ici après les interdictions et en fait je n’ai jamais fait autrement, constate-t-il. Selon mes observations cependant, c’est vraiment l’allongement de la rotation qui nous permet de sortir de belles carottes. C’est le point essentiel ». Le jeune agriculteur intercale également des céréales, du sorgho ainsi que du lin textile d’hiver dont il est le seul producteur du secteur. Une originalité qui lui vient de ses terres natales seinomarines, et d’un travail au sein de l’un des leaders du secteur (groupe Depestele).

Vous n'avez encore rien lu !
Découvrez le magazine en intégral pour plonger au coeur de ce focus exclusif.
Accroître les volumes
Vu les contraintes réglementaires concernant la production de carottes, pour Romain, l’enjeu principal est d’accroître les volumes en label pour valoriser la qualité. À date, il récolte la moitié de ses surfaces à la machine pour le marché du « lavé », tandis que le « non-lavé » ne part pas nécessairement en Label rouge. « Le label, c’est la solution que nous avons trouvée pour sortir par le haut », résume le jeune exploitant. Cependant ce défi du développement des volumes sous signe distinctif est très largement collectif et sociétal. « Les Français ont tendance à cuisiner de moins en moins et à privilégier la carotte lavée, souligne Romain Corruble. Il y a aussi un gros enjeu de faire savoir à tous les maillons tous les efforts que nous fournissons pour avoir la meilleure qualité de carottes en rayon. Nous travaillons en flux tendu. Qu’il vente, qu’il neige, ou qu’il pleuve. Nous récoltons à la main, et dans toutes les conditions possibles, pour respecter la fraîcheur du produit ».