La céréale fourragère est une alternative très appréciée au maïs dans l’alimentation animale. Sa commercialisation est très discrète sur les marchés, à l’écart d’enjeux géopolitiques et énergétiques majeurs actuels auxquels sont davantage rattachés le blé et le maïs. Le conflit russo-ukrainien n’interfère quasiment pas dans les échanges commerciaux de la céréale.
Cette campagne-ci, les productions mondiales de blé et de maïs se replient mais celle d’orge bât tous les records. D’ici la fin du mois de janvier prochain, 160 millions de tonnes (Mt) seront engrangées lorsque les pays de l’hémisphère sud auront achevé leurs moissons. Et les échanges commerciaux d’orges sont à peine impactés par le conflit en Mer Noire.
Sur la trentaine de millions de tonnes exportées dans le monde en 2026-2027, la Russie et l’Ukraine n’en commerceront que 5 Mt en 2026-2027.
Par ailleurs, les acteurs majeurs de la filière Orge ne sont pas ceux de la filière Maïs. L’Union européenne est le premier producteur d’orges au monde.
Le Brésil et les Etats-Unis sont absents sur les marchés de l’export et l’Argentine est un acteur très faible comparée à la place qu’elle occupe sur le marché du maïs.
Enfin, la Russie ne vend que 3,5 Mt d’orges à des pays tiers versus la quarantaine de millions de tonnes de blé commercées chaque campagne.
La céréale est avant tout consommée par les pays qui la produisent. La Turquie et le Royaume uni sont les 5ème et 7ème producteurs de la céréale dans le monde (15 Mt en 2026-2027) mais ils exportent moins d’1 Mt.
En conséquence, seuls sept pays commercent plus d’1 million de tonnes de grains dans le monde chaque année. L’Australie (11 Mt) et l’Union (7 Mt) couvrent à eux deux plus de la moitié des échanges mondiaux (32 Mt).
A contrario, quelques dizaines de pays importent de l’orge, soit pour compléter leur propre production fourragère (le Maghreb et le Moyen Orient notamment) soit pour approvisionner leur industrie brassicole.
Cet aliment pour le bétail est moins nourrissant que le maïs mais bon marché. Il est utilisé dans les pays méditerranéens, maghrébins et moyen-orientaux, producteurs d’ovins viande.
Une offre mondiale insuffisante
Mais cette campagne-ci, la production mondiale de la céréale est plus équilibrée entre les pays exportateurs et importateurs, les échanges se replient.
En effet, la production d’orges a augmenté cette année dans l’ensemble des pays maghrébins qui cultivent la céréale. La Jordanie ou encore l’Irak sont dans ce même cas de figure. Mais les productions européenne et australienne d’orges se replient cette année après une campagne 2025-2026 très satisfaisante.
La Chine donne une dimension géopolitique dans ses achats d’orges. Elle a fortement réduit ses importations de blé et de maïs qui la lient aux Etats-Unis, à la Russie et au continent sud-américain.
A contrario, l’Empire du milieu n’a jamais renoncé à l’orge importée d’Union européenne, du Canada et d’Australie, des origines bien plus « secure ». Cette campagne-ci, il prévoit encore l’achat de 13 Mt d’orges après 14 Mt en 2025-2026.
« Dans un contexte de quotas tarifaires restrictifs sur le maïs, d’interventions visant à réduire les importations de maïs et de tensions commerciales affectant l’approvisionnement en autres aliments de substitution, la Chine a augmenté ses importations d’orge de 4 millions de tonnes par rapport à 2024/25 afin de répondre à la demande d’aliments fourragers économiques des importateurs privés », analyse l’USDA.
L’Arabie saoudite est le deuxième importateur mondial d’orges, avec des importations dépassant les 4,7 Mt. « Les acheteurs saoudiens privilégient depuis longtemps l’orge mélangée à de la luzerne plutôt que d’autres aliments composés pour leurs élevages ovins et caprins, même si les volumes importés restent inférieurs aux sommets historiques suite à la suppression des subventions à l’importation en 2019/2020 », explique l’USDA.
L’Iran est le troisième importateur au monde d’orges (2,5 Mt) et le Japon le 4ème (1,5 Mt).
L’ensemble des pays du Maghreb et du Moyen Orient achèteront plus de 10 Mt d’orges durant la campagne 2026-2027 selon l’USDA.
En fait, la consommation mondiale d’orges fourragères est limitée par une offre mondiale insuffisante. Trop discrète, la céréale ne bénéficie d’aucun engouement depuis des dizaines d’années.
Chaque campagne, la consommation d’orges s’ajuste à la production. Les stocks de report oscillent toujours autour de 20 Mt.
Le dérèglement et le réchauffement du climat rendent de plus en plus délicate la culture des variétés de printemps en raison des risques accrus d’échaudage. Et le sorgho s’impose comme une alternative au maïs.