Vous avez une question ?Ou vous êtes expert dans votre domaine.
Rejoignez une communauté activedans le domaine de l’agriculture !
4409 MembresCréer un compte

En Italie du Sud, la compétitivité des producteurs de tomates repose sur la main-d'oeuvre bulgare bon marché

Home_big_travailleurs_agricoles_tomates

Ils sont recrutés par des "caporali" dans les villages les plus pauvres de Bulgarie, travaillent dans des conditions inacceptables et touchent des salaires de misères. Tandis que les les "caporali" qui les rackettent gagnent eux jusqu’à 600 € par jour, selon Le Courrier des Balkans

Dans la région de Foggia, dans des Pouilles, plus de mille Bulgares travaillaient l’été dernier comme des milliers d’autres en Italie du Sud comme saisonniers. Sur les 120 000 compatriotes recensés en Italie, 25 000 sont en fait employés chaque année dans le secteur agricole. Un article paru dans Le Courrier des Balkans décrit leurs conditions de travail dignes d’une époque que l’on aurait cru révolue en Europe. Ce qui n’est pas sans conséquences en France où les employeurs sont tenus de respecter un code de travail exigeant.

Après une journée de travail payée 30 €, que leur reste-t-il à la fin du mois à des saisonniers bulgares une fois déduits les frais de logement et de transport et les commissions prises par leur « caporal » sur chacune des caisses de tomates livrée?

300 euros par mois selon Le Courrier des Balkans, qui a publié un article consacré aux conditions de travail des Bulgares venus faire la saison en Italie du sud. Tandis que les « caporaux » des équipes de saisonniers (environ 60 individus) percevraient chacun jusqu’à 600 € par jour. Ce sont des hommes soudoyés qui servent d’intermédiaires entre les saisonniers et les employeurs car ils maitrisent l’italien. Ce sont aussi eux qui ont recruté les volontaires au départ pour l’Italie dans les villages en Bulgarie et qui ont organisé leur déplacement jusqu’en Italie, sur l’exploitation où ils travaillent.

Là, chaque caporal prélève une commission de 50 centimes pour chacune des caisses de tomates remplie et perçoit cinq euros par jour et par personne pour le transport entre le lieu d’hébergement et le chantier de récolte.

Les Roumains venus travailler en Italie sont victimes des mêmes abus. Selon le Courrier des Balkans, « 90 % sont des travailleurs saisonniers sans le moindre contrat, en infraction à la législation du travail ».

Les employeurs italiens et leurs caporaux « recruteurs » exploitent ainsi la misère sociale des saisonniers qui vivent dans des conditions encore plus misérables dans leur pays d’origine, sans protection sociale.

Les Bulgares et les Roumains remplacent en fait les Marocains et les Tunisiens qui occupaient les mêmes fonctions dans les années 1970/1980, période durant laquelle les pays d’Europe centrale étaient retranchés sur eux-mêmes.

Outre cette exploitation humaine dénoncée dans les médias bulgares et roumains, le reportage publié dans Le Courrier des Balkans souligne les distorsions juridiques en matière de droit du travail, en vigueur dans l’Union européenne entre les pays membres.

Pour les producteurs de tomates et de fruits français, leurs pires concurrents sont d’abord leurs voisins européens !

Les salaires pratiqués, la durée du temps de travail, les conditions de travail etc. bien plus favorables en France sont autant de coûts et de charges que les exploitants agricoles de la région de Foggia et d’Italie du sud dans sa globalité, n’ont a à supporter. D’où des prix de revient bien plus faibles mais à quel prix ?

Mais surtout, ces distorsions sociales sont des destructions de richesse, de valeur et de revenu. Les producteurs italiens de tomates (et de fruits en général) imposent sur les marchés des règles de fonctionnement que leurs concurrents ne peuvent pas suivre. En exploitant des salariés bulgares et roumains, ils sont compétitifs à des coûts de revient inégalables. Si bien qu’en France, des filières de production sont abandonnées à la concurrence étrangère. Et quand elles ne le sont pas, les agriculteurs français sont les premières victimes du moindre retournement conjoncturel avec à la clé des revenus alignés sur des salaires de saisonniers bulgares !  

Cette distorsion sociale entre pays européens enrichit une minorité d’exploitants peu scrupuleux aux dépens de milliers de saisonniers et d’autres exploitants  français entre autres. C’est la conséquence majeure d’une Union européenne bâtie sans politique sociale commune équitable pour tous.
 

En savoir plus : https://www.courrierdesbalkans.fr/Saisonniers-bulgares-dans-la-solitude-des-champs-de-tomates-d-Italie-du-Sud (article source).
 

Notre illustration ci-dessous est issue de Fotolia, lien direct : https://fr.fotolia.com/id/166573792.

Réagissez à l'article en un clic

  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
Voir plus d'actualités sur les dossiers suivants
Auteur : Hénin Frédéric
Avatar_blank

  • Vous aimerez également
  • Home_tout_est_possible_the_biggest_little_farm

    "Tout est possible", l'autre film agricole de la rentrée sur le grand écran

    John et Sally ont transformé leur coin de désert en ferme modèle. Elle allie biodiversité et rentabilité. En faisant de leur aventure un fi...

  • Home_carburant_betteraves_e85

    Pour rouler sans polluer, les consommateurs optent pour le bioéthanol

    Les constructeurs d’automobiles boostent les consommateurs à acheter une voiture électrique, mais ces derniers penchent pour les modèles flex-fuel ...

  • Home_ferme_verticale_japon_lampes_led_toshiba

    Huit cents fermes maraichères verticales en exploitation ou en cours de construction dans le monde

    Au Japon, 400 fermes maraîchères verticales produisent des millions de légumes chaque année dans des tours d’une dizaine d’étage...

  • Home_mjolk_la_guerre_du_lait

    "Mjolk, la guerre du lait", en Islande des éleveurs se soulèvent contre leur coopérative laitière

    Les coopératives ont été créées par les agriculteurs pour s’organiser mais parfois, leur fonctionnement leur échappe. En Islan...

  • Home_anthony_born

    Convertir l'exploitation familiale à la permaculture, le défi et la passion d'Anthony Born

    Dans le Lot, Anthony Born entreprend la conversion de l’élevage de 120 bovins viande du Gaec familial à la permaculture pour réduire ses charges et...

  • Home_r_seau_agri-sentinelles_-_site_web

    Suicide agricole, le réseau Agri Sentinelles sur Internet

    Le site www.reseau-agri-sentinelles.fr recense toutes les actions de prévention du suicide et facilite l’accès aux professionnels de l’accompagnemen...

  • Home_chiffres_agriculture

    Ferme France, une conjoncture des filières agricoles contrastée

    Sur les fronts des prix et des charges, des clignotants sont au vert… ou ne sont plus au rouge ! Mais pour combien de temps encore ? Alors que les agricu...

  • Home_graines_d_agriculteurs_2019

    "Graines d’agriculteurs", dix jeunes agriculteurs allient innovation, talent et gastronomie

    Depuis 2011, Graines d’agriculteurs est un concours qui récompense chaque année des projets innovants d’agriculteurs récemment installé...

  • 0Commentaire

Donnez votre avis

Pour répondre à ce salon sans Facebook, connectez-vous ou inscrivez-vous sur Wikiagri.

Rejoignez la communauté des agri-décideurs

  • Accéder aux articles bloqués
  • Recevez l'actualité agricole
  • Recevez des alertes météo
Créer Un Compte Gratuit