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En Italie, des pots de sauce tomate à 3 euros pour rémunérer les saisonniers 7,20

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Des centaines de milliers de saisonniers immigrés, employés pour récolter les tomates dans la région des Pouilles, sont exploités et sous-payés. Ce sont des migrants en cours de régularisation ou des saisonniers étrangers. Pour enrayer le phénomène, la coopérative de production de sauce tomate SfruttaZero cultive et achète des tomates auprès de producteurs qui emploient des salariés déclarés et payés au moins 7,20 € par heure.

La compétitivité de l’industrie italienne de la tomate a un coût. Les pots de sauce tomate à 60 centimes l’unité ne seraient pas vendus à ce prix au détail si les saisonniers employés pour récolter les fruits étaient décemment payés. Autrement dit, s’ils percevaient un salaire horaire de 7,20 €. Car sinon, le prix de vente de ce même pot de sauce tomate serait vendu 3 €.

En effet, l’industrie de la sauce tomate repose sur l’emploi de dizaines de milliers de saisonniers recrutés par des « caporalli » que ces derniers mettent à la disposition des producteurs de tomates pour récolter les fruits (cf lien). Or ces saisonniers travaillent plus de douze heures par jour pour un salaire de misère (30 € par jour) auquel sont défrayés les frais quotidiens. Tandis que les caporalli perçoivent une commission pouvant atteindre 600 € par jour.

A Nardo, dans les pouilles, des activistes combattent cette nouvelle forme de servage depuis des années. Et  c’est en prenant le mal à sa racine qu’ils tentent de rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée en faveur des saisonniers.

Pour parvenir à cet objectif, ils ont décidé de créer une nouvelle filière « équitable » pilotée par la coopérative SfruttaZero (zéro exploitation). Celle-ci cultive et achète des tomates puis les transforme en sauce. Et les pots alors produits sont vendus à 3 € l’unité pour rémunérer les saisonniers 7,20 €/h.

Leur action tente ainsi de mettre fin à la politique de prix bas, destructrice de valeur ajoutée qu’engendre l’organisation oligopolistique de la filière « sauce tomate ». Son chiffre d’affaires est de 3,2 milliards d’euros par an.

A ce jour la coopérative SfruttaZero emploie une vingtaine de salariés sur les terres mises à sa disposition par un propriétaire. Mais comme le volume de tomates récoltées n’est pas suffisant pour alimenter son atelier de transformation, la coopérative se fournit en fruits auprès de producteurs. Mais elle n’achète des tomates qu’à ceux qui appliquent la même politique salariale qu’elle à savoir : contractualiser les saisonniers employés et les rémunérer 7,2 €/h.

En effet, le mouvement lancé visant une meilleure répartition de la valeur ajoutée créée tout au long de la chaine de production et de transformation de la filière « sauce tomate » sera encore plus efficace et équitable si elle est adoptée par le plus grand nombre de producteurs. Autrement dit, si ces derniers en décousent définitivement avec le mode de recrutement de saisonniers actuel.

L’enjeu de cette coopérative et de ses partenariats n’est donc pas le respect de bonnes pratiques culturales. Même si au final, les règles appliquées sont quasiment celles en vigueur en agriculture biologique.

A ce jour, les pots de sauce produits sont vendus dans des magasins spécialisés bio ou pas bio. Ils rencontrent un vif succès auprès des consommateurs qui apprécient la qualité et le gout du produit. Il a été élaboré à partir de recettes de sauce tomate familiales.  

La création d’une filière, du champ à l’assiette, de production et de transformation de tomates est ainsi la meilleure réponse apportée à la lutte contre la précarité sociale et juridique des saisonniers employés.

Certains fondateurs de la coopérative se sont en effet rendu compte, il y a quelques années, que l’aide apportée à la régularisation des migrants ne mettait pas ces derniers à l’abri du besoin. Une carte de travail en main ne suffit pas pour décrocher un emploi décent et correctement rémunéré.

Mais la politique migratoire du nouveau gouvernement italien pourrait chambouler l’équilibre économique de l’industrie de la transformation de la tomate. Il souhaite ne plus accueillir de nouveaux migrants et il a l’intention de renvoyer dans leurs pays respectifs des Bulgares et des Roumains. Or toute la filière « tomate » repose sur l’emploi de réfugiés fraichement débarqués et sur des saisonniers bulgares et roumains que les Caporalli sont parfois allés chercher dans leurs villages, pour les inciter à venir travailler dans les Pouilles.

En conséquence, si cette nouvelle politique migratoire est appliquée dans son intégralité, la filière industrielle de la tomate pourrait alors être à terme confrontée à une pénurie de main d’œuvre corvéable à merci. Elle serait même contrainte d’adopter une politique sociale avantageuse pour attirer des saisonniers tentés d’aller travailler, avec leurs cartes de travail en poche, dans d’autres secteurs d’activité plus rémunérateurs. A moins qu’elle ne se délocalise !

 

Sur le même sujet : https://wikiagri.fr/articles/en-italie-du-sud-la-competitivite-des-producteurs-de-tomates-repose-sur-la-main-doeuvre-bulgare-bon-marche/16530


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Auteur : Hénin Frédéric
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