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Cuirs, la France manque de peaux

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L’industrie française du cuir domine le marché mondial mais peine à trouver de belles peaux dans l'Hexagone : sur les 5 millions de peaux de bovins mises sur le marché chaque année, 7 à 10 % sont exploitables pour le luxe. En cause : des pratiques d’élevage pas toujours douces avec les peaux.

Réduire de 70 % les défauts des cuirs : c’est l’objectif ambitieux que s’est fixé le syndicat général des cuirs et peaux. En 2014, il a publié un guide de bonnes pratiques à destination des éleveurs. « Nous voulons les sensibiliser pour obtenir des peaux de meilleure qualité, et donc mieux valorisées pour tous les acteurs de la filière. Indirectement, l’éleveur a intérêt à préserver les peaux de ses bêtes car l’abattoir répercute cet effort dans le prix du cinquième quartier », rappelle Denis Geissmann, président du syndicat. En sortie d’abattoir, les cours des peaux suivent un marché fluctuant, allant de 35 à plus de 100 euros pour une peau de qualité supérieure.

L’interprofession du cuir a déjà consacré 12 millions d’euros entre 2010 et 2014 dans des campagnes de sensibilisation et de vaccination antiparasitaires. Le syndicat général des cuirs et peaux intervient régulièrement dans les lycées agricoles, visite plusieurs centaines de fermes par an et propose des formations aux abattoirs. « C’est un travail de longue haleine et il faut renouveler régulièrement ces communications », explique Denis Geissmann, président du syndicat. Les efforts se concentrent sur les peaux de veaux : d'une part, les abattages de veaux sont en diminution constante. D'autre part, seuls un tiers des peaux de veaux sont valorisables en cuir supérieur par la maroquinerie de luxe, alors qu’elles sont les plus recherchées. Aujourd’hui, les campagnes s'étendent aux jeunes bovins pour sécuriser les approvisionnements.

Trois types de défauts majeurs sur les peaux

Uniquement visibles au dépeçage, les défauts des cuirs bovins ont trois origines principales : les blessures (à cause des barbelés, des boulons qui trainent dans les boxes, des coups de fourches et d’aiguillons, des coups de cornes, des piétinements, des chutes…), les cicatrices parasitaires (teignes et poux), et le manque d’hygiène (notamment les brûlures des urines et des selles, les abcès non soignés…). En progressant sur ces points, l’éleveur réduit le stress des animaux et gagne en croissance.

« Nous nous battons avec le ministère depuis des décennies pour que la vaccination contre la teigne devienne obligatoire. En 2016, on estime que seuls 40 % des veaux abattus ont été vaccinés », regrette Denis Geissmann, qui espère que les conseils régionaux mettent en place rapidement des programmes collectifs volontaires.

Une expérience innovante du pôle d'excellence rurale « cuir »

Car évidemment, les éleveurs ne s’engageront pas sans aide. C’est l’ambition du Pôle d’excellence rurale « filière cuir du Périgord » (2012-2017) initié par la chambre économique de la Dordogne. Comme il regroupe l’ensemble de la filière (des éleveurs, deux abattoirs, une tannerie et plusieurs transformateurs réputés), un travail de fond a pu être engagé. Depuis 2014, les éleveurs qui s’engagent dans une charte de bonnes pratiques (essentiellement la suppression des barbelés et la lutte contre le parasitisme) sont récompensés financièrement.

Leader mondial de la sellerie de luxe, l’entreprise CWD Sellier accorde une prime de 30 euros par peau, et les deux abattoirs inscrit au PER (pôle d'excellence rurale donc) ajoutent 10 euros. Si l’éleveur adhère à la coopérative Univia, il reçoit encore 10 euros supplémentaires. Le soutien financier est réservé aux naisseurs-engraisseurs qui font abattre plus de 30 bovins limousins (les peaux des limousines se tannent particulièrement facilement) par an. Il s’applique aux veaux sous la mère, aux jeunes bovins et gros bovins. De plus, le PER a obtenu des fonds européens, régionaux et départementaux pour aider les éleveurs à remplacer les barbelés (50% de l’investissement est pris en charge, matériel et main d’œuvre compris). Le plus difficile a été de mettre en place une traçabilité opérationnelle : inscrits sur une liste précise avec la carte d’identité des animaux, les animaux PER sont également identifiés par des pastilles et la tannerie marque les peaux en micro-percussion. Les retours permettent aux éleveurs de progresser.

Des peaux de qualité justement rémunérées

Pour monter en gamme, le plus gros levier de progression des éleveurs est le parasitisme. « Beaucoup choisissaient de traiter seulement les veaux, ou seulement les mères. Cela augmentait le risque de contamination. Les éleveurs du PER ont systématisé les vaccinations. Les résultats sont payants : en un an, le nombre de peaux de premier choix a plus que doublé à la tannerie de Chamont. On ne s’attendait pas à obtenir ces chiffres aussi vite. A long terme, l’objectif est d’élaborer une grille tarifaire en fonction de la qualité des peaux », annonce l’animatrice Julie Magne qui espère que l’expérience fera tâche d’huile.

Le PER regroupe une vingtaine d’éleveurs qui livrent plus de 1200 peaux par an à CWD. Les éleveurs de veaux sous la mère sont particulièrement mobilisés : « J’ai été sollicité par Julie Magne (Ndlr : animatrice au PER cuir du Périgord) dès la création du pôle. J’étais très intéressé car j’avais déjà des clôtures électriques pour mes vaches et mes bâtiments étaient récents. Je n’avais donc pas besoin d’investir. De plus, le veau sous la mère est la production la plus adaptée à la valorisation des cuirs, car les bêtes ne sortent pas », témoigne l’un d’entre eux. En produisant 45 à 50 veaux par an, il obtient une recette d’environ 2000 euros. « C’est carrément intéressant car je dépense seulement 250 euros de traitements contre les poux, et 60 euros contre la teigne. De plus, les veaux sont en meilleure forme et ils profitent mieux. J’espère de tout cœur que le PER va être prolongé », ajoute-t-il.

 

En savoir plus : http://cuirsetpeaux.net (site du syndicat général des cuirs et peaux) ; http://www.cwdsellier.com (site de l'entreprise CWD Sellier) ; https://www.senat.fr/questions/base/2015/qSEQ150616798.html (question écrite, avec sa réponse, d'un sénateur de l'Ain au ministère de l'Agriculture à propos de la vaccination contre la teigne pour une meilleure qualité des cuirs).

Les photos ci-dessous ont été fournies par le PER.

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Auteur : Jacson-Allemand Christel
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Journaliste en milieu rural, je suis passionnée par l'élevage et les filières agricoles innovantes et originales.

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