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Chaque hectare de terre peut-être un puits à carbone

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Les évaluations estiment que les terres agricoles en France dégagent en moyenne 170 kg de carbone par hectare et par an. Mais en appliquant les leviers identifiés, les sols pourraient devenir des stockeurs de carbone majeurs. Il serait alors possible de compenser 41% des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture, soit 6,8% des émissions totales de notre pays. 
 
Stratégie bas carbone 
 
En 2019, en France, 19% des émissions de gaz à effet de serre sont d’origine agricole. Or, à l’horizon de 2050, l’agriculture devra avoir réduit de près de moitié ses émissions par rapport à son niveau de 1990.
La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) est la feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Révisable tous les 5 ans, elle concerne tous les secteurs d’activité et doit être portée par tous : les citoyens, les collectivités et les entreprises. « Aussi, l’agriculture doit non seulement diminuer elle-même ses émissions de GES mais aussi contribuer à ce que l’ensemble de l’économie nationale tende vers la neutralité carbone », affirme Hélène Lagrange, ingénieure à Arvalis - Institut du végétal. En conséquence, une partie du carbone stocké dans les sols par le secteur agricole compensera les émissions de GES que les différents secteurs économiques ne parviennent pas à réduire. 
 
A ce jour, les terres agricoles dégagent 170 kg  (1) de carbone par hectare et par an. Dans le cadre de l’initiative 4/1000 lancée lors de la conférence sur le climat en 2015,  accroître de 4 pour 1000 le stock de carbone organique dans les sols agricoles du monde entier, permettrait de compenser les émissions anthropiques mondiales. 
Une étude a été conduite pour estimer le potentiel de stockage des sols agricoles français. Là où c’est possible, quand les leviers sont mis en œuvre, les agriculteurs contribueraient alors à stocker l’équivalent de 5,2 pour mille en moyenne. Cela reviendrait à compenser 41% des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture, soit 6,8% des émissions totales de notre pays. 
« C’est par une combinaison de leviers à l’échelle des exploitations que la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le stockage de carbone seront entrepris, explique Hélène Lagrange. Et pour y parvenir, l’agriculteur choisira parmi les pratiques agricoles référencées, celles qui sont adaptées à son exploitation pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et/ou séquestrer du carbone organique dans le sol ». 
Des projets bas-carbone lancés à cet effet pourront être financés dans le cadre du marché volontaire du carbone par les crédits payés par les entreprises, par les collectivités ou par les particuliers qui souhaitent compenser les émissions de gaz à effet de serre qu’ils ne sont pas en mesure de réduire. 
 
L’attractivité des dispositifs dépendra des montants des crédits-carbone payés, car les agriculteurs engagés dans des projets bas carbone devront réaliser d’importants investissements et adopter de nouvelles pratiques parfois onéreuses.  
« La méthodologie Label bas carbone grandes cultures labellisée par le ministère de la transition écologique vient d’être lancée (validée en septembre 2021), se réjouit Hélène Lagrange. Quelques exploitations l’expérimentent d’ores et déjà. Leurs projets s’appuient sur les leviers d’action identifiés pour réduire les émissions de GES sur l’exploitation et/ou pour stocker du carbone dans les sols ». 
 
Lorsque l’opération « bas carbone » sera étendue à la ferme France, l’ensemble des projets bas-carbone sera raisonné à l’échelle de l’exploitation.
Chacun d’entre eux reposera sur un catalogue d’initiatives spécifiques, élaborées à partir des leviers d’action référencés dans la méthodologie LBC, pour atténuer l’empreinte carbone des exploitations engagées dans la démarche. 
 
Un diagnostic initial 
 
Dans un premier temps, l’ensemble des pratiques des exploitations candidates seront passées en revue. Un diagnostic initial sera alors établi. Il permettra de comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre et les quantités de carbone stockées chaque année avec les pratiques en cours. Ce diagnostic initial sert de point de comparaison pour évaluer les bénéfices d’un projet. Notons que ce point de comparaison peut aussi être fait en se reposant sur les  pratiques régionales représentatives, identifiées  par  enquêtes. Puis on élaborera le projet « bas carbone » de cinq ans en retenant les pratiques agricoles répertoriées les plus appropriées.  
 
Le recueil de données disponibles permettra ensuite de calculer en tonnes de CO2 équivalent, pour l’ensemble des pratiques retenues parmi un choix de leviers : 
- réduction des émissions via les apports d’azote minéral ou organique (dose, type de produit, mode d’apport… ; 
- rotation avec des cultures avec des plus faibles besoins en azote, restitution de biomasse au sol via les cultures principales ou les cultures intermédiaires…). 
 
Les tonnes d’équivalent CO2 non émises par rapport au diagnostic initial pourront être valorisées en crédits carbone. 
Enfin, une fois les crédits carbone calculés, on estimera les financements nécessaires pour financer chacun des projets programmés. 
Si une partie du parc matériel ou des bâtiments fonctionne, ou est chauffée à partir d’énergies renouvelables produites sur l’exploitation, les quantités d’énergies non renouvelables qui ne sont plus nécessaires au fonctionnement de l’exploitation, seront autant de tonnes de CO2 équivalent non émises et convertibles en crédits carbone. On pense par exemple à des bâtiments d’élevage chauffés et ventilés à l’électricité, ou à des tracteurs qui roulent au biométhane issus de méthaniseurs. 
 
Méthodologie étendue à l’ensemble des productions 
 
« Pour sa part, le bilan humique du projet sera établi selon le calcul d’un bilan humique, souligne Hélène Lagrange. Différents modèles sont utilisables. Citons par exemple le modèle intitulé AMG ».  En prenant en compte les apports de carbone au sol ainsi que les pertes par minéralisation, les quantités de carbone potentiellement stockées par les cultures en décomposition sous forme de matière organique, seront alors estimées en tonnes de CO2 équivalent sur toute la durée du projet. 
 
Les projets LBC seront le plus souvent portés par un collectif d’agriculteurs et pilotés par des organisations professionnelles agricoles. Les premiers projets ont déjà vu le jour avec des méthodes LBC carbonagri, ou sur des thématiques autour de la forêt. Les projets basés sur la méthode grandes cultures verront le jour dans les prochains mois. 
Le programme « Label bas carbone grandes cultures » répond au cadre imposé par le ministère de la transition écologique. Il a été co-écrit par Arvalis, l’ITB, l’ARTB, Terres Inovia et AgroSolutions sous un comité de pilotage composé de la CGB, AGPB, FOP et AGPM. 
 
D’autres méthodologies label bas carbone sont encore en cours d’écriture pour déterminer les crédits carbone générés par différentes pratiques d’élevage et de culture. Citons par exemple des méthodes LBC pour les exploitations ovines et porcines, mais aussi pour la viticulture ou encore les plantes à parfum. 
 
Dans tous les cas de figure, la neutralité carbone dans les exploitations agricoles est un défi permanent à relever une fois lancé. Il sera important de jouer à la fois sur la réduction des émissions GES pour contribuer aux objectifs nationaux et de stocker du carbone dans les sols pour aider à la compensation des émissions non réductibles. 
 
Frédéric Hénin 

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Auteur : Rédaction Wikiagri
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    Faites tomber l'argument du carbone pour le climat et c'est TOUTE la filière nucléaire qui tombe ... "L'énergie nucléaire va sauver l'humanité ..." propos de Jean Jouzel , glaciologue ... qui travaillait pour le CEA (commissariat à l'énergie atomique ... Nous consommons beaucoup trop d'énergie (surtout dans le transport) et nous polluons beaucoup trop mais décarboner notre économie sera un fiasco TOTAL et va même aggraver la pollution et le climat ! L'effet de serre du carbone existe mais l’effet de serre n'est qu'une petite partie de la régulation du climat qui commence par l'effet parasol ! La vapeur d'eau est le principal gaz à effet de serre (60% source GIEC) , quand les températures montent fortement l'été c'est justement par manque d'eau dans l'atmosphère et manque d'évaporation au sol (l'évaporation de l'eau évacue 60% de la chaleur) . TOUS les points chauds de la planète sont des zones sèches (villes et déserts) donc sans eau et sans végétation vivante ... Une nature sèche c'est une nature MORTE qui chauffe et qui brule ... quand c'est bien VERT c'est bien VIVANT c'est 20°c de moins et ça ne brule JAMAIS ! la régulation thermique de l'atmosphère est automatique tant que les surfaces exposées au soleil sont couvertes d'eau ou de végétation, la référence MONDIALE sur les continents étant la forêt de feuillus ! Climat , eau et biodiversité, tout dépend de la densité végétale à la surface des sols ! la photosynthèse c'est l'énergie du vivant , la période idéale de la photosynthèse c'est l'été ... quand l'environnement n'est pas Vert l'été il est mort et il brule ... https://www.mediaterre.org/actu,20201011103814,1.html

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