Ces produits apportent des briques de solution pour résoudre des difficultés auxquelles les solutions agronomiques conventionnelles n’apportent pas de réponse.
Les plantes ont développé depuis des millions d’années des stratégies pour assurer leur développement, leur alimentation et leur protection. La performance et la santé des cultures résultent ainsi de la bonne expression de ces différents « programmes » physiologiques qui combinent nutrition, croissance et mécanismes de défense. Dans l’exécution de cette partition, les biostimulants ont un rôle à jouer pour activer ou amplifier certains mécanismes bénéfiques, au bon endroit et au bon moment.

Les fumiers de la résistance
Au début du XXe, l’agronome français Albert Demolon a ainsi montré que des apports réguliers de fumier étaient associés à une meilleure résistance du blé face à la maladie du piétin-échaudage. Il a ensuite été démontré que cet effet « protecteur » du fumier est lié à la présence de certaines bactéries qui accroissent la biodisponibilité du manganèse dans le sol, permettant aux plantes de mieux synthétiser leurs composés de défense (effet dit éliciteur). Le même type de protection peut être obtenu en réalisant des greffes de sols résistants (contenant la bactérie intéressante) vers des sols non résistants.
Ce cas d’école nous montre en quoi les biostimulants peuvent apporter des briques de solutions dans les itinéraires pour compléter les approches actuelles de protection et de nutrition. Il permet aussi de mieux comprendre pourquoi les formulations actuelles de biostimulants peuvent inclure des micro-organismes, des prébiotiques (pour activer les bactéries) ou post-biotiques (les composés utiles produits par les bactéries), ainsi que des oligoéléments. D’autres grandes familles de produits sont par ailleurs utilisées en biostimulation. Ce sont principalement les extraits d’algues, les acides aminés, les substances humiques et certaines roches micronisées.
Aujourd’hui, un biostimulant est reconnu dans le règlement européen (UE) 2019/1009, comme un « produit qui stimule les processus de nutrition des végétaux indépendamment des éléments nutritifs qu’il contient, dans le seul but d’améliorer (…) l’efficacité d’utilisation des éléments nutritifs, la tolérance au stress abiotique, les caractéristiques qualitatives ou la disponibilité des éléments nutritifs ».

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Libérer du phosphore
En France, en région Rhône-Alpes, le groupe Perret fait office de pionnier dans le secteur. Le négociant y a créé, sous la houlette de Franck Girard, le directeur du pôle fertilisation, un département spécial biostimulants et conditionneurs de sol depuis 2013. Le groupe développe d’ailleurs ses propres produits et solutions en interne avec l’aide de ses partenaires.
« En vigne, arboriculture et maraîchage, les biostimulants sont employés quasiment tout le temps, y compris à l’automne car nous accompagnons la fertilisation organique d’automne de biostimulants et notamment de levures, pour compléter le travail d’humification, souligne le directeur du pôle fertilisation. Au printemps, nous focalisons un peu plus le travail autour de la nutrition, avec des bactéries qui vont par exemple nous aider à aller chercher 30 ou 40 unités de phosphore dans nos sols calcaires sensibles aux blocages de cet élément. En cette saison, nous apportons aussi des acides humiques et fulviques pour accompagner le démarrage de la végétation ».
Au moment critique de la floraison, le groupe conseille souvent d’intervenir avec des spécialités de biostimulation à base d’acides aminés et d’oligoéléments (bore, manganèse, zinc). « Nous voulons à cette étape envoyer un signal clair à la plante. Lui signifier qu’elle est dans de bonnes conditions pour une induction florale abondante et fertile, explique Franck Girard. Nous poursuivons ensuite régulièrement avec des fertilisants UAB de type 4/2/8, complétés par des acides aminés en plus de notre biostimulant à base de glycine-bétaïne au rôle osmorégulateur. Notre biostimulant osmorégulateur et lactofermenté domine aujourd’hui largement les usages et nous le déclinons sous différentes formes. Il permet de combattre les excès du climat et surtout de réguler le rédox (Eh, potentiel électrique et d’oxydoréduction) de la plante dans une plage défavorable aux bioagresseurs. Aujourd’hui, on sait très bien que le mildiou, l’oïdium et beaucoup de maladies fongiques ont du mal à se développer quand on maintient la plante dans la bonne plage de potentiel redox ».

Qualité des récoltes
« En fin de cycle, nous travaillons l’abondance de la récolte, mais aussi la qualité, insiste l’expert du groupe Perret. Nous allons toujours miser sur les effets osmorégulateurs (glycine-bétaïne) soutenus selon les cas par des acides aminés aminogrammes bien précis, mais aussi des extraits d’algues (brunes, rouges, d’ascophyllum, de laminaire…) qui vont apporter une quantité d’hormones naturelles (cytokinines) et qui vont mettre le végétal dans les meilleures conditions possibles. Quand on pilote par exemple une production de cerises et qu’on apporte ainsi une réponse au problème du cracking et de la conservation post-récolte, l’impact économique positif est important. En vigne, on va aussi pouvoir gérer, avec des apports d’acides aminés, une partie de la problématique du taux minimal cible d’azote dans les baies, pour obtenir des moûts qui partent facilement en fermentation, sans nécessiter l’ajout d’additifs azotés qui sont toujours complexes à bien maîtriser. En cultures hors sol également, où les conditions sont parfaitement contrôlées, nous venons déplafonner efficacement des rendements avec des programmes dédiés ».
Franck Girard évoque également les solutions de biostimulation pour aider à la dégradation des couverts végétaux et au mulchage avec notamment des spécialités issues de lactofermentation. « Derrière, il y a un redémarrage de toute la vie microbienne du sol qui est complètement dingue avec des indices d’activité biologique qui explosent, assure le directeur du pôle fertilisation. En plus, c’est un produit que nous fabriquons localement sur la base de fermentations lactiques de fruits ».



Accompagner les produits
« Avec les biostimulants, nous travaillons sur du vivant, et il faut un vrai accompagnement technique et commercial. On ne peut pas jeter une bactérie comme ça dans la nature. Il faut respecter certaines conditions, appuie Franck Girard. Il ne s’agit pas seulement d’appliquer le bon produit au bon endroit au bon moment, il faut s’engager dans une approche globale, une réflexion complète ».
« Trouver les bons boutons »
Le groupe Perret a acquis, entre autres, une grande expertise depuis plus de dix ans dans l’usage de la bactérie Bacillus amyloliquefaciens, capable de stimuler la production d’exsudats racinaires « et de solubiliser entre 30 et 40 unités de phosphore dans le sol », selon Franck Girard. « C’est une bactérie qu’on maîtrise bien, mais on a mis quelques années à trouver les bons paramètres d’utilisation, concède-t-il. L’un des gros enjeux aujourd’hui, c’est d’avoir du recul et de la donnée sur les produits, pour pouvoir les positionner ». Selon Franck Girard, le retour sur investissement des biostimulants est d’ailleurs clairement positif aujourd’hui lorsqu’on travaille tous ces aspects liés à la nutrition.