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Voter le CETA, c'est sacrifier les producteurs européens et canadiens au profit de multinationales

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Le vote pour la ratification par la France du CETA, accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada, doit avoir lieu ce 23 juillet à l'Assemblée nationale. Véronique Le Floch, secrétaire générale du syndicat agricole de la Coordination Rurale, a particulièrement étudié le sujet et les implications filière par filière. Voici son opinion, arguments chiffrés à l'appui.

Tribune rédigée par Véronique Le Floch,
secrétaire générale de la Coordination rurale

L’application provisoire de l’accord en 2018 démontre, chiffres de l’Union Européenne et du gouvernement canadien à l’appui, que les exportations canadiennes de produits agricoles à prix cassés vers l’Europe ont explosé ; c’est pourquoi les députés qui voteront pour le CETA sacrifieront les agriculteurs européens et canadiens, sur l’autel de la finance, en toute conscience et connaissance de cause !

Les exportations canadiennes de produits laitiers vers l’UE, hors CETA, et dont personne ne parle, ont triplé (+ 2 500 tonnes) avec un prix moyen qui chute de 2 350 € à seulement 870 €/t en un an. Elles viennent diminuer la balance commerciale de l’Europe dont les exportations ont crû de 6 000 tonnes (sur les 18 500 tonnes de contingent supplémentaire prévu avec le CETA) en 2018, à un prix légèrement en baisse à 7 420 € tonne (7,42 €/kg). La hausse des exportations canadiennes (essentiellement du lactosérum en 2018), est-elle le résultat du nouvel accord de libre-échange Canada, Etats-Unis, Mexique (ACEUM) qui prévoit une ouverture du marché canadien de 3,59 % (ce qui est supérieur au pourcentage établi dans les accords Canada-Union européenne et de partenariat transpacifique, signés par le Canada) avec des pertes de revenus pouvant aller jusqu’à 30 % pour certains producteurs canadiens ? Quel est l’intérêt de l’Europe de bien valoriser seulement 0,25 % de sa production et de récupérer des protéines canadiennes dans un marché déjà saturé, tout en mettant en péril la régulation exemplaire du Canada ? 

Si les exportations canadiennes de porcs vers l’UE n’augmentent que de 120 tonnes en 2018, leur prix décroche à 3,26 €/kg (- 1,11 €), et même à 2 € début 2019 ! Pourquoi l’Union Européenne, premier exportateur mondial de porcs (plus de 26 000 tonnes vers le Canada contre 230 tonnes du Canada vers l’UE en 2017), accepterait-elle 85 000 tonnes de cette viande en provenance du Canada ? Pour la ré-exporter ? A quoi sert d’importer depuis un marché un marché à l’export ?

Les échanges de viande bovine, jusqu’ici très faibles (près de 3000 tonnes équivalent carcasse de l’Union Européenne vers le Canada et seulement 510 tonnes du Canada vers l’UE en 2017), augmentent déjà en 2018 de 164 % au profit du Canada faisant chuter notre balance commerciale en viande bovine de 44 %. Sur cette même année, le prix de la viande canadienne à l’export chute de près de 2,30 €/kg à 9,60 €/kg pour des morceaux nobles ! De toute évidence, si cet accord, qui représente 16 % de la production européenne de ce type de viande, aboutit, les prix pourraient encore chuter (déjà en baisse de 1,25 € depuis le début de l’année), entraînant la filière de viande européenne et surtout française - puisque la France est le premier producteur européen - en faillite. L’élevage laitier serait aussi fortement impacté, faute de débouchés pour les réformes laitières ! Alors, pourquoi l’Europe voterait-elle pour encourager la production canadienne de viande bovine avec ce nouveau contingent de 65 000 tonnes, en théorie haut de gamme, alors que ses producteurs « suffoquent » déjà ?

A qui profite le CETA ?

Etant donné que la majorité des pays, comme le Brésil, la Chine, les Etats-Unis, la Norvège… protège leurs agricultures, développer des échanges de viande jusqu’ici minimes, donc non indispensables, ne peut, semble-t-il, que bénéficier aux multinationales telles que JBS, Cargill ou encore Tyson, non soucieuses du plan climat, mais qui implantées géographiquement dans les deux parties signataires de l’accord, profitent pleinement de la chute des coûts d’approvisionnement ! Au regard de la course aux rachats de sociétés à l’international, pour être présents partout, comme l’illustre la dernière acquisition de Lactalis au Brésil, l’intérêt est certainement le même pour les industriels laitiers ! Et si les multinationales nord-américaines montent en puissance au capital de nos outils, les animaux en nombre trop faible dans nos fermes de taille familiale ne les intéresseront même plus !

Les agriculteurs européens apparaissent donc bien comme les sacrifiés de cet accord de libre-échange, puisque le gouvernement canadien a déjà alloué un plan d’aide de 3,9 milliards de dollars pour les producteurs de lait, volaille et œufs quand l’Europe ne prévoit rien pour les siens dans le cadre du CETA.

Ainsi, si le CETA est voté en l’état, les risques sur les 10 années à venir s’avèrent être :

Le sacrifice de 180 à 200 000 emplois en France : avec le maintien du rythme de disparition des producteurs de bovins entre 2000 et 2016 (- 42 %), ce ne sera pas moins de 30 000 producteurs selon l’interprofession bovine, ainsi que les emplois qu’ils génèrent, qui disparaîtront, sans compter l’effet baisse de consommation induite, tant de viande fraîche que de produits transformés, du fait de la perte de confiance déjà réelle des consommateurs (farine de viande, antibiotiques, hormones...) !

C’est aussi la mise en péril de l’inscription de notre gastronomie française au patrimoine mondial de l’Unesco.

Voter non au CETA s’avère une position responsable, dans la logique de défendre notre souveraineté alimentaire.

Voter non au CETA, c’est lutter contre la mainmise de notre alimentation par des multinationales.

Voter non au CETA, c’est faire le choix de défendre d’abord nos agriculteurs et leur être reconnaissant de tous les efforts déjà fournis pour permettre à la France d’avoir l’agriculture la plus durable au monde.

Voter non au CETA, c’est choisir la traçabilité, la qualité et le droit à chaque agriculteur, européen comme canadien, de poursuivre son activité de façon libre

Voter non au CETA, c’est de toute évidence une économie de budget pour l'Europe...

Voter non au CETA, c'est refuser d'importer la baisse des prix.

Il est encore temps, mais urgent, de revoir la politique européenne en matière agricole, laquelle s’avère atteinte d’une maladie auto-immune, s’autodétruisant par l’intérieur ! Pour cela, il existe un seul remède efficace : l’exception agriculturelle qui consiste à retirer tous les produits agricoles des accords de libre-échange !

Véronique Le Floch
agricultrice en production laitière bio et viande bovine
secrétaire générale de la Coordination rurale


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Auteur : Le Floch Véronique
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agricultrice en production laitière bio et viande bovine, installée en 2007 Secrétaire Générale de la Coordination Rurale

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