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S’EMPARER DE L’INNOVATION SHREDLAGE POUR L’ENSILAGE

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L’entreprise Dubois propose à ses clients la possibilité d’ensiler le maïs avec ce nouvel éclateur. Pour cette première année de mise en service, une machine y était entièrement dédiée à cette nouvelle technique, épaulée d’une deuxième en complément. L’accueil par les clients est encourageant autant que l’organisation des travaux. Reportage.
 
Je m’intéressais depuis longtemps déjà aux techniques d’ensilage qui permettraient de réellement valoriser tout le maïs et de ne plus retrouver de grains perdus dans les bouses pour les éleveurs. Si bien que j’étais déjà « client » de cette nouvelle technologie avant même qu’elle ne débarque en France », introduit Jean-Marie Dubois, de la SARL Dubois et fils basée à la Croix-Avranchin dans la Manche, à propos de l’ensilage de maïs shredlage qu’il propose à ses clients depuis cette année. L’adoption de la technologie sur son entreprise de dix salariés permanents et qui réalise chaque année 2800 ha d’ensilage (herbe compris) l’a obligé à revoir en partie le parc matériel d’ensilage pour cette première saison avec le shredlage. « Nous nous sommes équipés des nouvelles générations d’ensileuse Claas avec trois Jaguar 900 de type 498, une 960 en 10 rangs, une 950 en dix rangs et une 950 en huit rangs (L’une des trois machines est détenue en copropriété avec un entrepreneur de Vendée NDLR) et nous faisons appel à une machine d’appoint en location, » détaille Jean-Marie. « La chaîne cinématique de ces dernières génération de machines a été repensée et les arbres renforcés pour supporter la contrainte liée à la nouvelle génération d’éclateurs. Ceci tout en limitant la perte de puissance. Pour la mise en place du shredlage, les rotors sont équipés de 20 couteaux au lieu de 24 afin d’obtenir une coupe plus longue. Pour changer de type d’ensilage, le système est modulable et passe par le changement des rouleaux éclateurs. Nous avons choisi d’attaquer notre première saison de shredlage avec un parc d’ensileuse complètement adaptable à cette technologie pour avoir toute la souplesse nécessaire en vue de nous adapter à la demande des clients et de développer le marché. Pour cette première année, nous avons fait tourner une machine à 100 % avec l’éclateur shredlage et une autre nous a permis de réaliser des travaux en complément via un éclateur en location auprès du concessionnaire local. Pour l’année prochaine nous n’aurons plus qu’à appuyer sur l’accélérateur. Les premiers retours sont bons. Nous sommes convaincus de l’intérêt de ce type d’ensilage pour les éleveurs et de la bonne mise en oeuvre des chantiers sur le terrain. Notre seule grosse interrogation pour nous sera l’usure du matériel en dépit de l’utilisation de machines renforcées. Les 10 rangs de maïs passent dans les rouleaux de l’éclateur au travers d’une fente à peine plus épaisse qu’une carte de crédit ! ».
 
Deux prestations différentes
Avec le shredlage, le jeune entrepreneur doit gérer deux prestations un peu différentes, puisqu’il continue de proposer la coupe et l’éclatage conventionnels. « J’avais un peu de crainte pour l’organisation des chantiers, confie Jean-Marie, mais tout s’est finalement très bien organisé cette année avec les quatre machines malgré que la saison d’ensilage a démarré très tôt et ensuite qu’une période de froid et de pluviométrie importante a freiné les demandes en bloquant l’état d’avancement de tous les maïs , nous contraignant à décaler les plannings ». Dans la gestion de la confection des silos, la technologie shredlage ne semble pas poser de difficultés. Une machine équipée en 10 rangs avance un peu moins vite qu’une 10 rangs classique, donc le débit de matière à tasser est plutôt plus facile à gérer. Du fait de la longueur des brins, la qualité du tassage était néanmoins un sujet d’inquiétude pour l’entrepreneur. En réalité il n’a pas été constaté d’effet shredlage sur la qualité du tassage. « Nous avons même plutôt été surpris par la facilité pour tasser ces silos », constate Jean-Marie. « J’ai effectué des mesures de silos et j’ai constaté la même qualité de tassement qu’avec l’ensilage traditionnel avec une densité de tas de 335 à 340 kg/m3 ». Quoi qu’il en soit, shredlage ou pas, l’entrepreneur propose toujours une prestation de tassage sur les chantiers d’ensilage. « Il y a une période où tout le monde voulait mettre des conservateurs dans les silos, mais moi ma priorité a toujours été le tassage. A mon sens, sur un chantier il vaut mieux qu’il y ait une remorque de moins, mais toujours deux personnes pour tasser le silo », souligne Jean-Marie Dubois. Pendant la saison il a en permanence quatre personnes dédiées à cette tache, au volant de tracteurs de 14,5 à 16,5 t. Le chef d’entreprise est en revanche assez peu sollicité pour le remorquage avec pas plus de trois ou quatre chantiers complets avec remorques réalisés durant la saison. Les éleveurs de la région ont encore beaucoup recours à entre eux à l’entraide pour cette partie de remorquage. Les dates de préconisation pour les chantiers d’ensilage, de même que l’itinéraire technique du maïs et les aspects de choix variétaux restent les mêmes que pour un ensilage classique. Le shredlage donnerait tout de même un avantage, à savoir celui de pouvoir ensiler des grains un peu plus secs et ainsi viser des gains de croissance supplémentaires sur la partie végétative, en veillant toutefois à ne pas laisser se dégrader la qualité sanitaire des maïs.
 
Adossés à un élevage laitier
Le jeune entrepreneur est confiant dans le développement de cette innovation. « Je pense que l’activité shredlage va encore prendre de l’ampleur l’année prochaine. Nous allons encore réaliser des échantillons cette année, mais j’y crois assez fort ». Il faut dire que l’entrepreneur profite d’avoir un élevage laitier de 630 000 l et 65 vaches en EARL, sur le même site que l’entreprise. Il s’en est servi comme ferme pilote pour expérimenter la technique et en faire la promotion. En 2016, l’entrepreneur avait déjà fait venir le constructeur sur son exploitation pour ensiler en shredlage le stock total de maïs pour le troupeau. L’ETA a donc déjà une saison de recul sur son propre troupeau. Résultat, les apports de complément d’ensilage d’herbe ont été divisés par trois et le gain du coût
alimentaire a été évalué à 13 €/1000 l avec une baisse du coût de 108 à 95 €/1000l, malgré le surcoût lié à la technologie shredlage. Une amélioration des taux a été également constatée. L’entreprise a su également faire appel au spécialiste indépendant du contrôle de performance en élevage, Littoral Normand pour mesure et évaluer la technologie. En lien avec l’organisme, l’ETA avait organisé une journée porte-ouverte autour de la technique à destination des éleveurs. Jusqu’à présent un seul regret pour l’entrepreneur ; celui d’avoir perdu une année d’avance sur la technologie : « Elle était disponible en France depuis 2015, et je ne l’ai su qu’après coup. Si j’avais su, je m’y serai investi dès la première année de lancement ». Le nom Shredlage vient de l’anglais « shred » qui signifie déchiqueter. Concrètement l’adoption de ces rouleaux éclateurs spéciaux sur l’ensileuse ont en même temps l’effet de lacérer les tiges et les feuilles de maïs dans les deux sens de la longueur. Les couteaux de la machine sont souvent réglés pour obtenir des brins plus longs de l’ordre de 30 mm et idéalement piquants afin de favoriser la rumination. En théorie, il n’y a que des avantages zootechniques à cette innovation. La lacération augmente les surfaces d’attaque des tiges et des feuilles pour les bactéries du rumen et la pulvérisation complète des grains correspond aux exigences techniques actuelles en améliorant la valeur alimentaire de l’ensilage en unité fourragère.
 
 
Un conseil zootechnique indispensable
L’innovation encore toute récente sur le marché français a déjà fait l’objet d’un suivi qui démontre la qualité de l’éclatage au delà des préconisations. Il est cependant encore trop tôt pour conclure sur une augmentation de la production d’un litre de lait par vache et par jour, comme l’annonce le constructeur. Côté éleveur il est en revanche certain qu’il faut revoir les rations en réduisant la richesse en fibre. Sur le terrain, cette technologie ne passera donc que par un encadrement adéquat. Le conseil de l’entrepreneur en la matière prend tout son sens mais, mais il n’est pas suffisant lorsqu’il s’agit de caler une ration. « Pour les éleveurs qui sont prêts à recaler leurs rations, les gains en temps et en fourrages sont prometteurs. Certains éleveurs vont jusqu’à supprimer tout apport en fibre supplémentaire », indique l’entrepreneur de travaux. La technologie d’éclatage Shredlage est détenue par brevet par le constructeur Claas. Aux Etats-Unis, la technologie aurait déjà été adoptée par une majorité d’éleveurs de l’Ouest des Etats-Unis et par 30 % des éleveurs de l’Est. En France, la riposte commence à voir le jour. Le constructeur New Holland a annoncé lors du Space de 2017 qu’il allait lui aussi mettre sur le marché français dès 2018, le système d’éclatage Dura shredder qui serait capable de pulvériser le grain et de défibrer les parties végétatives.
 
Un partenariat avec une entreprise vendéenne
« Nous avons l’avantage de concentrer l’essentiel de notre activité dans un rayon de 15 km autour de l’entreprise. Cela nous permet d’être efficace notamment sur les temps morts et les temps de trajet », indique Jean-Marie Dubois, responsable de l’ETA Dubois que son père Jean- Claude avait créé en 1984. Dès le départ l’entreprise proposait des prestations d’ensilage. L’entreprise qui compte aujourd’hui 10 salariés permanents avec également une importante activité de moisson, avait embauché son premier salarié en 1989. Pour l’ensilage et la moisson, Jean-Marie s’entraide avec un entrepreneur de Vendée qu’il a rencontré lors d’une porte-ouverte sur sa propre entreprise. Ils possèdent en copropriété une ensileuse et une moissonneuse et ils envoient pour les moissons chacun chez l’autre une partie de leur parc matériel pour profiter du décalage des saisons. En pleine période, l’ETA Dubois fait ainsi tourner jusqu’à 12 moissonneuses.
 
L’ETA DUBOIS :
>> 10 salariés
>> rayon d’action de 15 km
 
PARC MATÉRIEL :
>> 12 tracteurs Fendt de 100 à 390 cv
>> 2 tonnes à lisier 25 et 18 m3
>> 2 épandeurs à fumier à table d’épandage et hotte
>> 1 combiné de semis 8 rangs x 6m et 1 semoir 8 rangs/6m classique
>> 1 combiné de semis céréales 6m et 1 semoir céréales classique
>> 2 presses enrubanneuses John Deere C441 r
>> 2 Round-baller John Deere
>> 3 Big-baller Krone
>> 1 autochargeuse schuitemaker 80 m3
>> 4 remorques de transport et 1 remorque TP
>> 1 aplatisseuse avec mise en boudins
>> 2 ensembles débroussailleur
>> 2 télescopiques Claas
>> 1 automoteur 30 m Artec
>> 2,5 ensileuses (1 en copropritété)
>> 6,5 moissonneuses (1 en copropriété)
 
CALENDRIER DES TRAVAUX
 
Toute l’année
>> Fauchage
>> Enrubannage
>> Autochargeuse
>> Débroussaillage
>> Elagage
>> Hors périodes d’interdiction : Epandages (engrais, lisier, fumier, chaux) et Pulvérisation
Automne
>> Ensilage : jusqu’à 4 ensileuses
>> Labours et semis de céréales à paille
>> Battage de maïs humide
>> Broyage de maïs humide
Hiver
>> Entretien du matériel
>> Travaux pour les collectivités
Printemps
>> Labours, préparation de sols et semis de maïs combiné ou simple
>> Fauchage
>> Ensilage d’herbe (2 ensileuses)
>> Protection phytosanitaire
>> Fenaison
>> Enrubannage avec deux presses enrubanneuses
Été
>> Moisson : Jusqu’à 12 moissonneuses batteuses
>> Pressage de paille
 
Texte et photos: Alexis Dufumier

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