Marchés mondiaux viandes bovine et ovine – A l’export, les leaders peinent à suivre la demande 

Une nouvelle hiérarchisation des pays producteurs et exportateurs de viandes bovine et ovine se dessine avec en toile de fond, une consommation en hausse et des productions mondiales qui stagnent.

Entre 2020 et 2025, le Brésil (3 730 Mtéc ; + 1 450 Mtéc), l’Australie (2 050 Mtéc ; +380 Mtéc) et l’Inde (1 540 Mtéc ; + 110 Mtéc) ont été les trois premiers pays exportateurs de viande bovine la planète (source Cyclope 2026).

Ces six dernières années, leurs ventes n’ont cessé de progresser alors que les Etats-Unis ont vu les leurs décliner jusqu’à être relégués à la quatrième place (1 130 Mtéc; – 330 Mtéc).

La Chine, les Etats-Unis et l’Union européenne sont non seulement trois producteurs majeurs de viande bovine mais aussi les trois premiers pays importateurs de la planète.

Indétrônable, l’Empire du milieu a accru de 1 600 Mtéc en six ans ses achats. En atteignant 3 900 Mtéc, elle devance les Etats-Unis (2 350 Mtéc) et loin derrière, l’Union européenne (460 Mtéc).

Comme leurs productions de viande bovine couvrent de moins en moins leur besoins, la dépendance de ces trois puissances économiques à l’égard de l’import s’est accrue. En six ans, les Vingt-sept pays européens ont augmenté leurs achats de 160 Mtéc.

Seule la Russie, quatrième pays importateur au monde de viande bovine a réduit ses emplettes de plus de 50 % à 170 Mtéc. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle a accru sa production intérieure d’autant.

Cette année, «  la production mondiale de viande bovine pourrait encore légèrement baisser, quasiment dans tous les pays, y compris au Brésil, avec la décapitalisation et un effet cumulé des sécheresses », écrit Jean Paul Simier, un des contributeurs du Cyclope 2026 « Les marchés mondiaux ». Il est notamment l’auteur des chapitres dédiés aux filières animales (bovines, ovines, porcines, volailles). Or les Hommes aspirent toujours à consommer plus de viande, n’en déplaisent les lobbys écologiques.

« Les exportations devraient aussi reculer dans le monde car l’offre est insuffisante. Les deux pays leaders à l’exportation, le Brésil et l’Australie ne progresseraient pas. L’Inde, acteur récent du marché mondial, devrait se stabiliser », soutient Jean Paul Simier.

Du côté de la demande, « c’est toujours l’Asie qui est le moteur, et notamment la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Sans parler de pénurie, mais faute d’une offre suffisante, les prix devraient se maintenir à un niveau élevé, voire encore croître. Plus que jamais, les frontières sanitaires (FCO, MHE, résurgence) pourraient modifier la dynamique du marché », anticipe l’expert.

L’an passé, 78 100 millions de tonnes équivalent carcasse (78 100 Mtéc) de viande bovine ont été produites dans le monde. Entre 2020 et 2025, le Brésil est devenu le premier pays producteur (12 300 Mtec) mondial, devant les Etats-Unis (11 800 Mtéc) relégués à la deuxième place. Ces derniers ne parviennent plus à suivre la croissance de leur marché intérieur et encore moins celui du marché de l’export.

La première puissance économique mondiale est même passée du statut de producteur exportateur net de viande bovine à celui de producteur-importateur net (-1 200 Mtéc).

Enfin, parmi les pays producteurs leaders mondiaux, les troisième et quatrième positions sont occupées par la Chine (7 900 Mtéc) et l’Union européenne (6 600 Mtéc). Mais la première a accru sa production de 1 200 Mtéc alors que la seconde a vu la sienne diminuer de 300 Mtéc.

L’organisation oligopolistique du marché mondial de la viande ovine

La production mondiale de viande ovine stagne (18 950 Mtéc en 2025) alors que la demande des pays importateurs tend à s’accroître pour combler leur déficits parfois abyssaux. Aussi, les prix battent des records.

La Chine (5 080 Mt) qui détient un tiers du cheptel mondial, l’Australie (930 000 téc) et l’Union européenne (510 000 téc) sont les trois principaux pays producteurs au monde de viande ovine.

Mais ces six dernières années, l’Australie a nettement accru ses abattages alors que l’Empire du milieu et l’Union européenne voient les leurs décliner. Aussi, ils ont davantage recours à l’import: la Chine, 420 000 téc, +30 000 téc en six ans et l’Union européenne, 190 000 téc, +40 000 téc.

En fait, les pays structurellement excédentaires en viande ovine ne sont pas les principaux consommateurs. Et l’Australie mise à part, ce ne sont pas non plus des producteurs majeurs. A contrario, les principaux pays consommateurs de viande ovine dans le monde sont structurellement déficitaires.

 « Faute de production, les importations de l’Union européenne continuent à se développer (+ 12 % en 2025), surtout de Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni (+ 10 %), mais aussi d’Australie », souligne Jean Paul Simier.

Les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ne sont pas en reste : les premiers se sont faits livrer 150 000 téc de viande (+20 000 téc en six ans) et la seconde 50 000 téc (+ 30 000 téc).

La très grande majorité des pays producteurs d’ovins viande pourvoit à leurs besoins. La quasi-totalité de leur production est autoconsommée.

Le marché mondial de la viande ovine n’est animé que par une poignée d’Etats en mesure d’exporter une partie (voire la majeure partie) de leur production. Ils approvisionnent une dizaine de pays structurellement déficitaires.

Les pays importateurs ne peuvent compter que sur un nombre réduit d’Etats pour être approvisionnés: l’Australie (550 000 téc) très dépendante des conditions climatiques, la Nouvelle-Zélande (380 000 téc) et le Royaume Uni (88 000 téc).

Or la Nouvelle Zélande n’est pas dans le top 3 des pays producteurs d’ovins. Son activité ovine est concurrencée par la production laitière et forestière. Et le Royaume-Uni (88 000 téc) reconquiert tant bien que mal les marchés perdus après le Brexit.

Pour autant, ce dernier reste un « nain » comparé à ces concurrents océaniens. Il approvisionne essentiellement l’Union européenne autosuffisante à 87 % (et la France à 45 %) et dont la production n’en finit pas de décliner.

En Union européenne, les pays membres déficitaires comptent de moins en moins sur l’Irlande pour palier leurs déficits.

En 2026, la production mondiale de viande ovine évoluera en fonction des conditions météorologiques en Océanie et de l’intensité de l’El Nino. « Si les pluies sont au rendez-vous, les éleveurs d’Océanie recapitaliseront et, à court terme, la production diminuera, avant une remontée en 2027, affirme l’expert du Cyclope. En revanche, de nouvelles sécheresses inciteront aux ventes d’ovins ».