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L'image dégradée des agriculteurs mérite un nouveau contrat de confiance

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Le baromètre de l’image des agriculteurs 2015 montre qu'elle se détériore dans la société en raison de l’impact supposé de l’agriculture sur la santé et l’environnement. Néanmoins, différentes initiatives récentes tentent de renouer le contrat de confiance entre consommateurs et producteurs.

Chaque année depuis 1999, l’IFOP réalise avant le Salon de l’agriculture pour Dimanche Ouest-France une enquête auprès des Français sur l’image des agriculteurs. Il s’agit du baromètre d’image des agriculteurs, dont la Vague 15 a été publiée en février 2015.

Une bonne image, mais qui se dégrade ces dernières années

Or, la dernière édition de ce baromètre tend à montrer une dégradation de cette image qui avait été déjà perceptible l’année dernière. Cela ne signifie pas pour autant que les agriculteurs ont une mauvaise image aux yeux des Français puisque 68 % des personnes interrogées estiment que les agriculteurs sont modernes et pour 67 % d’entre elles que les consommateurs peuvent avoir confiance en eux. Néanmoins, leur image globale est moins bonne, en particulier sur les questions de santé et d’environnement. Les sondés sont ainsi beaucoup moins nombreux à estimer que les agriculteurs sont respectueux de la santé des Français (52 %) et a fortiori de l’environnement (seulement 44 %, tandis que 56 % pensent le contraire).

Ce qui est aussi assez inquiétant, c’est que lorsque l’on consulte les enquêtes menées précédemment, on peut voir que l’image des agriculteurs se dégrade en particulier depuis deux ans. Ainsi, la confiance des Français à l’égard des agriculteurs s’érode assez nettement depuis 2013 avec une baisse de 13 points et un plus bas atteint depuis 1999 (graphique 1).

Graphique 1 : les agriculteurs sont des personnes en qui les consommateurs peuvent avoir confiance (IFOP)

Ceci s’explique sans aucun doute en grande partie par la dégradation, plus précisément depuis deux ans, de l’image des agriculteurs sur les questions de santé (graphique 2) et d’environnement (graphique 3). Dans le premier cas, on observe une baisse de 17 points depuis 2013 pour atteindre son plus bas niveau cette année et dans le second cas, une baisse de 12 points depuis 2012.

 

Graphique 2 : les agriculteurs sont respectueux de la santé des Français (IFOP)

 

Graphique 3 : les agriculteurs sont respectueux de l’environnement (IFOP)

Cette dégradation de l’image des agriculteurs ces dernières années aux yeux des Français vaut d’ailleurs tout autant à propos de leur caractère moderne (Graphique) et de leur « égoïsme » (graphique 5).

 

Graphique 4 : les agriculteurs sont modernes (IFOP)

 

Graphique 5 : les agriculteurs sont égoïstes (IFOP)

 

Les Français interrogés estiment également que les agriculteurs sont moins compétitifs avec une baisse de 12 points depuis 2012 (graphique 6). En revanche, ils sont moins perçus comme « assistés » ou « violents » que durant la première moitié des années 2000.

 

Graphique 6 : les agriculteurs sont compétitifs (IFOP)

 

Lorsque l’on consulte les résultats de cette enquête dans le détail, il est aussi intéressant de voir se dessiner une sorte de profil-type des défiants vis-à-vis des agriculteurs sur les questions de santé (tableau 1) et d’environnement (tableau 2).

 

Tableau 1 : les catégories les plus confiantes et les plus défiantes vis-à-vis des agriculteurs (santé)

 

Tableau 2 : les catégories les plus confiantes et les plus défiantes vis-à-vis des agriculteurs (environnement)

 

Qui sont ces défiants ? On peut voir tout d’abord que les profils sont assez similaires sur ces deux enjeux de santé et d’environnement et que les plus critiques vis-à-vis des agriculteurs sont les hommes, les catégories les plus âgées, les cadres supérieurs, les résidents de l’agglomération parisienne et les sympathisants du Front de gauche.

Les raisons d’une défiance

Comment peut-on expliquer ces évolutions ? Cela semble assez difficile d’un point de vue purement conjoncturel car s’il y a bien eu en 2013 le scandale de la viande de cheval qui, au passage, n’avait rien à voir avec les agriculteurs et les éleveurs français, l’année dernière, il ne s’est pas produit de crise sanitaire ou de crise liée à l’alimentation en France ou en Europe. Alors quelle explication fournir ? En ce qui concerne la dégradation de l’image des agriculteurs sur la santé, l’IFOP estime, de façon assez confuse, il faut bien le dire, que c’est probablement lié à « l’appropriation progressive d’un discours diffus s’agissant des risques alimentaires pesant sur la santé des Français, même en l’absence de crises particulières ».

Ce qui est évident néanmoins c’est que, comme le titrait un communiqué de presse d’Agri Confiance publié le 24 juin 2014, « les Français [sont] de plus en plus préoccupés par les effets de leur alimentation sur leur santé », celui-ci se fondant sur les résultats d’un autre sondage élaboré celui-là par IPSOS. Cette enquête indique, en effet, que « la préoccupation des Français quant aux effets de leur alimentation sur leur santé progresse fortement par rapport à 2007 » et que « l’inquiétude se généralise désormais à l’ensemble des catégories de la population ». Au total, 64 % des Français interrogés se disent inquiets quant aux effets de leur alimentation sur leur santé, alors qu’ils étaient seulement 52 % dans ce cas en 2007. A l’évidence, il semble en être de même en ce qui concerne l’impact environnemental des productions agricoles.

Ce que l’on peut dire à ce propos, c’est que les agriculteurs paient très souvent les pots cassés en termes d’image lorsque se produisent des crises sanitaires ou des crises de confiance, dans lesquelles ils peuvent très bien ne pas être impliqués, et plus largement pour l’image détériorée des productions issues de l’industrie agroalimentaire et a fortiori pour ce que l’on appelle la malbouffe. Ils pâtissent aussi de la mauvaise image auprès du grand public des pesticides et des OGM à la fois pour leur impact supposé ou réel sur la santé et l’environnement, mais aussi de la sensibilité semble-t-il croissante d’une partie de la population envers le bien-être animal, sans parler des enjeux autour du changement climatique alors que l’agriculture est régulièrement montrée du doigt en la matière. Enfin, cette dégradation de l’image des agriculteurs s’explique aussi sans aucun doute par l’obsession actuelle vis-à-vis des risque pour la santé et l’environnement exprimée par une partie de la population française, qui quelquefois l’amène même à rechercher un impossible « risque zéro », et le rejet de plus en plus manifeste chez certains des processus industriels et de nombre d’innovations technologiques, dont les OGM ont été le symbole le plus retentissant depuis deux décennies.

Recréer les conditions d’un contrat de confiance entre consommateurs et producteurs

Comment peut-on répondre à cette crise de confiance entre consommateurs et agriculteurs ? Il semble en premier lieu nécessaire pour les agriculteurs de rassurer le consommateur sur la qualité des produits en améliorant leur traçabilité et en favorisant la labellisation. La coopération agricole a ainsi mis en place dès 1992 Agri Confiance. Il s’agit d’une « signature » qui est apposée sur « tous les produits issus des filières de production agricoles, végétales et animales certifiés, garantissant leur valeur qualitative, sociale et environnementale sur l’ensemble de la chaîne, du champ au produit final ». La difficulté, c’est que cette initiative n'est pas nécessairement très connue du grand public. Un communiqué de presse publié par Agri Confiance en 2015 le reconnaît d’ailleurs de façon explicite : « après plus de 20 ans d’existence, Agri Confiance connaît toutefois encore un manque de visibilité auprès de ses différents publics et notamment auprès du consommateur final ». C’est sans doute la raison pour laquelle cette initiative fait l’objet d’une campagne de communication nationale depuis le début de l’année 2014.

Ensuite, il paraît indispensable de reconnecter les consommateurs aux produits et aux producteurs notamment via des circuits courts et de nouveaux modes de distribution. C’est ce qui explique le succès actuel des AMAP, des drive fermiers ou d’un site comme La Ruche qui dit oui, ou le fait qu’une exploitation agricole sur cinq fait de la vente directe. Les coopératives agricoles l’ont bien compris également. Ainsi, In Vivo, qui regroupe 223 coopératives agricoles, a lancé en 2014 son premier magasin Frais d’ici dans le Sud-Ouest, tandis qu’un second devrait ouvrir ses portes dans le courant de l’année près de Dijon. Ces magasins misent sur ce qu’ils appellent des « produits frais de provenance locale ou régionale » en annonçant que 70 % des fruits et légumes, des viandes, des fromages et du pain du premier magasin ouvert proviennent de la région Midi-Pyrénées. L’idée à l’origine de ce nouveau concept de magasin a donc été de fournir des produits locaux de qualité, mais dans le cadre d’un magasin assez traditionnel dans lequel on peut trouver toutes sortes de produits, et pas seulement quelques produits de niche. Une autre particularité de Frais d’ici est que, pour chacun des produits proposés, un panneau permet de présenter leur histoire, ainsi que celle du producteur.

La troisième manière de répondre à ce déficit de confiance semble être aussi de montrer une autre image de l’agriculture et des agriculteurs, qui soit plus en prise avec la réalité que L’Amour est dans le pré ou bien « l’horreur est dans le pré », du moins si l’on suit le point de vue de nombreuses organisations écologistes. A ce propos, on doit signaler une initiative toute récente particulièrement intéressante, celle d’un webdocumentaire interactif très bien fait appelé Messages d’agriculteurs qui ambitionne tout simplement de répondre à un certain nombre de critiques adressées aux agriculteurs en donnant la parole non pas à des experts, mais bien aux exploitants eux-mêmes de façon très directe et très simple. Les critiques auxquelles ils répondent dans ce webdocumentaire sont les suivantes : les engrais sont néfastes pour l’environnement ; les animaux sont maltraités ; les pesticides, c’est mauvais pour la santé ; les vaches ne mangent plus d’herbe ; les OGM sont dangereux ; on mangeait mieux avant ; et les agriculteurs sont arriérés. Celui-ci a été réalisé par Blandine Bonière, une ingénieure agronome de formation, qui travaille dans le monde agricole et dont les parents sont eux-mêmes agriculteurs, et surtout une jeune femme qui se définit comme « amoureuse de l’agriculture française ». Sa démarche est d’autant plus intéressante qu’elle ne cherche pas nécessairement à se positionner dans les débats traditionnels, comme le débat entre agriculture intensive et agriculture biologique, mais à montrer de façon concrète et très accessible le visage actuel de l’agriculture au-delà des clichés.

En savoir plus : www.ifop.com/media/poll/2943-1-study_file.pdf (Le baromètre d’image des agriculteurs, Vague 15, réalisé par l’IFOP pour Dimanche Ouest France, février 2015), www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=2943 (analyse des résultats du baromètre d’image des agriculteurs sur le site de l’IFOP), www.agriconfiance.coop (site d’Agri Confiance), www.agriconfiance.coop/doc/CP-resultats-enquete-IPSOS-Agri-Confiance230614-VDEF.pdf (communiqué de presse d’Agri Confiance du 24 juin 2014), www.agriconfiance.coop/doc/DP-Agri-Confiance-2015.pdf (communiqué de presse d’Agri Confiance présentant l’initiative), www.fraisdici.fr/decouvrez-frais-dici (présentation du premier magasin Frais d’ici), http://messagesdagriculteurs.fr (web-documentaire interactif sur l’agriculture).

Notre illustration est issue du site Fotolia.fr. https://fr.fotolia.com/id/59225949

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Auteur : Fougier Eddy
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J'interviens régulièrement dans Wikiagri.fr dans la rubrique "Réflexions". Je suis un "chasseur" de tendances émergentes, d'initiatives originales et d'innov...

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  • 1Commentaire
  • #1

    En réponse à Xavier, Je ne sais pas ce que tu fais, ou ce que tu feras dans la vie, mais une chose est sure, les propos que tu tiens sont irrespectueux, il sont la preuve de plusieurs manques tels que l’éducation, le savoir vivre, le respect, l’ignorance et bien d'autres encore... Tu pense savoir mais il n'en est rien!!! J’hésite entre deux préconisations pour remédier à ça, la première peut s’apparenter à une bonne correction (comme il y à 50 ans) et la deuxième, à une visite chez un professionnel de la santé pour effectuer un examen neuropsychiatrique....ou les deux... ATTENTION, L’apocalypse est peut-être pour bientôt....

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