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La bioéconomie veut réindustrialiser la France

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L’agriculture va participer à la réindustrialisation de la France. Une part croissante de la production de biomasse sera destinée à alimenter en matières premières de nouvelles industries. Mais l’essor de la bioéconomie est lié à l’abandon progressif des hydrocarbures fossiles.   

En produisant des commodités pour alimenter l’industrie et des services environnementaux, la bioéconomie, l’économie basée sur l’utilisation sous toutes ses formes de la production végétale et animale, offre de nouveaux horizons à l’agriculture selon Pascal Ferey, éleveur normand et président de la Chambre d'agriculture de la Manche. Il participait au premier débat de l’année organisé par le think tank AgrIdées (ex Saf Agr’iDées) intitulé « Déployer la bioéconomie, de la ferme au marché ».

La bioécomie tisse des liens entre l’industrie d’une part et l’activité agricole et l’exploitation des ressources de la nature d’autre part. Elle donne de la valeur à des produits qui n’en avaient pas parce qu’ils n’étaient tout simplement pas valorisables. Citons par exemple, les amendements calcaires obtenus par concassage des coquillages dans le département de la Manche ou encore l’utilisation de la paille de lin pour fabriquer des enduits employés pour les façades de maison.

La bioéconomie redonne aussi une vocation agricole à des terres en friches, dont l’exploitation n’était plus rentable, en produisant de la biomasse pour alimenter par exemple des méthaniseurs. Dans les régions bocagères, la production de plaquettes de chauffage valorise le bois des haies.

La création de richesses qui découle de ces activités hiérarchise autrement la valeur relative des commodités employées. Un coproduit devenu essentiel à un processus de transformation deviendra un produit tandis que d’autres commodités seront déclassifiées en coproduits. Aujourd’hui, la protéine du blé est un produit et l’amidon des grains bon marché, un coproduit.

Dès 1992, l’instauration des aides Pac et l’alignement des prix européens sur le marché mondial avait rendu les céréales destinées pour l’alimentation animale plus compétitive aux dépens des PSC (produits de substitution aux céréales) importés. 

Par essence, l’agriculture et l’industrie agroalimentaire sont des secteurs bioéconomiques puisqu’elles utilisent et produisent des matières organiques. Mais la bioéconomie  transforme aussi des produits agricoles, aussi bien issus de l’agriculture biologique ou conventionnelle, en produits industriels.

La biéconomie ne relève pas non plus que de l’économie circulaire. Ce sont deux disciplines différentes mais complémentaires avec des rayons d’action qui se chevauchent. Certaines filières bioéconomiques font aussi partie de l’économie circulaire (par exemple la bio-méthanisation) tandis que des filières circulaires reposent uniquement sur le recyclage de matériaux.

Tous les ingrédients sont réunis pour que la bio-économie participe à la réindustrialisation de l’économie française car notre pays dispose d’importantes ressources pour produire la biomasse nécessaire pour l’alimenter. De plus en plus de produits issus de l’agriculture ou de l’exploitation de surfaces naturelles (haies, bois) deviendront les matières premières indispensables à la transformation industrielle.

Boostée par la recherche et l’innovation, la bio-économie créera un nouveau paradigme industriel qui s’appuiera sur les activités agricoles et rurales en créant de la valeur. Elle affranchira l’économie française des importations d’hydrocarbures fossiles.

Les nouvelles recettes fiscales générées par la taxation du carbone atmosphérique émis par les activités polluantes rémunéreront les services environnementaux rendus par l’agriculture aux dépens des aides du second pilier financées par les contribuables européens. Si l’initiative 4/1000 devient un programme contraignant, l’agriculteur piégeur de carbone organique pourra être rémunéré.

La bioéconomie participera à la relocalisation de l’industrie car elle se développe là où la matière première est produite en abondance. Aussi, elle impose par exemple un énorme travail de tri sélectif des déchets ménagers et industriels.

Par ailleurs, la bioéconomie s’inscrit dans une démarche de qualité avec des consommateurs prêts à payer plus chers des produits issus de ces nouveaux procédés de fabrication plus respectueux de l’environnement.

Les nouvelles valeurs sociales et sociétales portée par la bio-économie réconcilieront la société avec l’économie en l’inscrivant dans une dynamique de croissance vertueuse. Et en rendant par conséquent désuètes les théories des partisans de la décroissance économique.

Mais l’essor de la bioéconomie industrielle impose une révision des normes et de la réglementation environnementale actuellement en vigueur, beaucoup trop axée sur la contrainte. Elles constituent autant des freins à l’innovation. Le principe de précaution devra aussi être repensé. En agriculture, la bioéconomie impose le retour à certains fondamentaux de l’agronomie.


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Auteur : Hénin Frédéric
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