Vous avez une question ?Ou vous êtes expert dans votre domaine.
Rejoignez une communauté activedans le domaine de l’agriculture !
4579 MembresCréer un compte

Et si l'agribashing était une chance pour l'agriculture française ?

Home_big_cr_puscule_agriculture

L'agroéconomiste Jean-Marie Séronie vient de publier une réflexion intéressante sur l'agribashing sur son blog, que WikiAgri reproduit ci-dessous avec son aimable autorisation.

Pourquoi nos concitoyens critiquent-ils de plus en plus une agriculture qu’ils connaissent de moins en moins. Elle est accusée, en vrac et selon les circonstances, de productivisme, d’atteintes à l’environnement, de maltraitance animale ou de mal nourrir les français ?

Pourquoi : tout simplement parce qu’ils s’intéressent de plus en plus à l’agriculture ! Certes ces critiques récurrentes sont difficiles à vivre mais en même temps ce regain d’attention constitue une formidable chance pour l’avenir des agriculteurs !

Les Français s’intéressent à l’agriculture parce qu’ils sont soucieux de leur santé. Ils prennent peu à peu conscience que leur santé dépend de la qualité de leur alimentation et donc quelque part des produits agricoles. Les Français qui se sont personnellement éloignés de l’agriculture deviennent donc de plus en plus attentifs aux méthodes de production agricole dont ils ignorent tout.

Ils sont également de plus en plus préoccupés par l’avenir de la planète, du climat et de l’environnement. Conscients que les agriculteurs ont façonné nos paysages, qu’ils sont les premiers acteurs de notre environnement les Français deviennent de plus en plus exigeants vis-à-vis des pratiques agricoles sur lesquelles ils projettent beaucoup d’images fausses.

Cet intérêt des urbains pour la campagne provoque un engouement croissant pour les circuits courts par lesquels les consommateurs cherchent de l’authenticité mais surtout de la confiance. Ils recherchent une proximité plus grande avec les agriculteurs et les agricultrices que les Français adorent comme le prouvent toutes les enquêtes.

A contrario ils ont une grande défiance vis-à-vis de l’agriculture mais aussi de l’ensemble de la chaine alimentaire accusées de « productivisme », de pollution ou de malbouffe. C’est ce qui nourrit l’agribashing dont les agriculteurs se plaignent de plus en plus.

Cet agribashing est donc paradoxalement une conséquence de l’intérêt retrouvé des Français pour leur agriculture. S’il se retourne actuellement contre les agriculteurs et les agricultrices, comment alors inverser la tendance et profiter de cette force pour l’avenir ?

Pour rétablir la confiance il faut, je crois, que le monde agricole sorte d’une approche défensive, de justification et donc vécue comme agressive par la société. Je crois que, toutes composantes réunies, il délivre un message rassurant parce qu’homogène, rationnel, cohérent et répondant aux besoins de sécurité des consommateurs.

On peut y voir quatre dimensions :

- Des agriculteurs qui communiquent sur le terrain au quotidien, positivement, humainement et de manière transparente sur leurs pratiques comme le font toute une équipe de youtubeurs ou lors de portes ouvertes.

- Des organisations agricoles qui arrivent à s’accorder sur une plateforme commune partagée par les différentes sensibilités ou familles syndicales. Cette communication présenterait aux consommateurs la réalité de l’agriculture sans opposer les modèles. Soyons en effet conscients que les oppositions internes au monde agricole (conventionnel, conservation des sols, bio..) ne sont ni l’origine ni le moteur de l’agribashing mais qu’elles en constituent un efficace carburant !

- Un gouvernement et en particulier un ministre de l’Agriculture qui tient un discours clair, pragmatique et constant sur sa stratégie agricole et qui communique en s’appuyant sur des faits objectifs.

- Des entreprises agroalimentaires qui jouent la transparence totale et notamment affichent clairement l’origine des produits.

Rétablir la confiance passe par la transparence, la clarté du projet et le respect des règles.

Il faut redonner confiance aux agriculteurs et faire cesser les agressions physiques et verbales venant d’une poignée de militants extrémistes, cela relève pour beaucoup du pouvoir régalien mais aussi de la responsabilité personnelle des leaders d’opinion.

Les consommateurs sont de plus impatients, il faut les rassurer sur les changements en action. Le temps médiatique est très court, alors que le temps agricole, le temps de la nature, le temps de la recherche de nouvelles solutions sont plus longs. Il faut résoudre ce décalage. Cela passe beaucoup par la communication. Pour rendre l’agenda acceptable il faut une mise en perspective crédible parce que claire, argumentée, basée sur la science et non la croyance, appuyée par un message cohérent et constant.

C’est par là qu’on dépassera la facilité de l’agribashing et qu’on transformera en force pour l’avenir de l’agriculture l’intérêt grandissant que lui portent les français.

Jean-Marie Séronie
Agroéconomiste indépendant
Agroeconomie.com

Cet article est également paru sur le blog de Jean-Marie Séronie.


Notre illustration ci-dessous est issue de Adobe.

Réagissez à l'article en un clic

  • 1
  • 12
  • 4
  • 2
  • 4
  • 0
Voir plus d'actualités sur les dossiers suivants
Auteur : Séronie Jean-marie
Thumb_jean-marie_s_ronie

Ingénieur agronome et expert comptable Agro-économiste indépendant.

  • Vous aimerez également
  • Home_achats_panique_coronavirus

    Coronavirus, les coopératives alimentaires au coeur de l'anticipation des achats panique

    Deux économistes reconnus, Olivier Mével et François Cazals, ont réfléchi aux éventuelles difficultés d'approvisionnement...

  • Home_artichauts_plein_air

    Coronavirus, paysans toujours prêts à vous servir

    Après cette crise, est-ce que les Françaises et Français garderont en mémoire que se nourrir en qualité et en quantité est « e...

  • Home_tournesol_recherche

    Mutagénèse apparentée aux OGM par le Conseil d'Etat, l'opinion de André Heitz

    Le 7 février 2020, le Conseil d'Etat a fait savoir que "certains organismes obtenus par mutagénèse doivent respecter la réglementation OG...

  • Home_v_ronique_le_floch_sg_cr

    Voter le CETA, c'est sacrifier les producteurs européens et canadiens au profit de multinationales

    Le vote pour la ratification par la France du CETA, accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada, doit avoir lieu ce 23 juillet à l'Assembl&eacut...

  • Home_herv__coupeau_indre

    Et pendant ce temps, les Chinois achètent nos terres du Berry

    Hervé Coupeau, agriculteur dans l’Indre, s’est exprimé récemment dans l’émission C dans l’air, sur France 5, sur l’a...

  • Home_carte_fermes_usines_greenpeace

    Greenpeace en mode hors-piste

    Greenpeace vient de publier une cartographie des "fermes-usines" sur le territoire national. Cette publication suscite beaucoup d’émoi au sein du monde...

  • Home_usine_frangosul_doux_br_sil

    Pourquoi la fin du volailler Doux est une injustice sociale

    Le volailler français Doux, qui a compté jusqu’à 13 000 salariés en France et dans le monde, a définitivement fermé ses portes...

  • Home_cerises_drosophile_suzukii

    Le temps des cerises, en France, c'était avant...

    Jérôme Mazely, arboriculteur des Bouches-du-Rhône (entre autres producteur de cerises) avait été l'auteur d'une tribune prémon...

  • 1Commentaire
  • #1

    L'agribashing a été lancé par EELV ... des écolos citadins qui n'ont jamais mis les pieds sur Terre !

Donnez votre avis

Pour répondre à ce salon sans Facebook, connectez-vous ou inscrivez-vous sur Wikiagri.

Rejoignez la communauté des agri-décideurs

  • Accéder aux articles bloqués
  • Recevez l'actualité agricole
  • Recevez des alertes météo
Créer Un Compte Gratuit