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EN FINIR AVEC L’AGRICULTURE D’IMPRÉCISION

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En optimisant les intrants et en déplafonnant les rendements, l’agriculture de précision est sans conteste le levier à actionner pour améliorer les bilans comptables, agronomiques et environnementaux des exploitations. Il n’y a plus qu’à effleurer le bouton…

Vous avez dit agriculture d’imprécision ? Oui. C’est celle qui consiste à appliquer sur chaque parcelle des doses moyennes et uniformes d’engrais de fond, de semences, d’azote, d’herbicides, de régulateurs ou encore de fongicides, au mépris de l’hétérogénéité intra-parcellaire, aboutissant à des sur-dosages ici, à des sous-dosages là, préjudiciables ici à l’environnement et là au rendement, mais dans tous les cas au bilan comptable.
Beaucoup se reconnaîtront dans ces pratiques et pour cause : l’agriculture de précision n’en est qu’à ses balbutiements à travers le monde.
Du moins dans la pratique car en théorie, tous les voyants sont au vert pour appuyer sur le bouton de l’agriculture de précision, qui part d’un constat : les sols sont hétérogènes. Texture, structure, pH, teneurs minérales, matière organique, topographie, réserve utile… Tous ces paramètres sont susceptibles de varier à l’intérieur d’une même parcelle. C’est une réalité géologique, renforcée par les déboisements, retournements de prairies, remembrements, amendements, etc. La preuve en est donnée avec les cartographies de biomasse ou de rendement fournies par les satellites, les drones ou encore les capteurs embarqués. Elles ont achevé de lever l’intuition des producteurs au volant de leur moissonneuse-batteuse. Du reste, le concept d’agriculture de précision n’est pas né avec le XXIe siècle. En découpant leurs lopins de terre et en ajustant « à l’oeil » les apports de fertilisants organiques par exemple, les « anciens » pratiquaient déjà l’agriculture de précision. Sans le savoir, avec une dose d’empirisme très certainement, mais pas sans une mesure de bon sens paysan.

Les analyses de sol d’abord

A l’aube XXIe siècle, l’émergence de nouvelles technologies, telles que le géopositionnement, l’électronique embarquée ou encore les capteurs, offre l’opportunité de raisonner les interventions au centiare, c’est à dire mètre carré par mètre carré, et non plus à l’échelle de parcelles de 2, 5, ou 10 hectares et plus. Et c’est heureux car l’agrandissement des parcellaires, consécutif aux remembrements et à la mécanisation, démultiplie potentiellement les facteurs naturels d’hétérogénéité intra-parcellaire. La cartographie de la richesse minérale des parcelles est un préalable obligatoire pour mettre en oeuvre l’agriculture de précision. De cette cartographie va découler la modulation intra-parcellaire de la fumure de fond (P, K, CA, Mg), avec un objectif double : lever les carences dans les zones déficitaires et économiser des engrais dans les zones excédentaires.
Au fil des ans, une certaine homogénéisation des teneurs n’est pas à exclure. Ce qui conditionne le renouvellement de l’analyse dans les 5 à 7 ans. L’échantillonnage des prélèvements ne relève ne doit rien au hasard. Il doit être diligenté en s’appuyant sur des données historiques relatives aux opérations de remembrement et à l’occupation passée des sols (bois, prairies, terres arables). Grâce à l’analyse chimique aux apports modulés qui en découlent, le risque de carence en P, K, CA et Mg est éliminé. La parcelle peut donc exprimer tout son potentiel.
 
SYLVAIN DELALONDE À AJOU (EURE) : « - 80 €/HA D’INTRANTS, + 5 Q/HA »
« Le capteur de rendement a été l’élément déclencheur. En 2003, je visualise des écarts de rendements intra-parcellaires de 25 q/ha. Depuis, j’ai converti mon exploitation à l’agriculture de précision réalisant des cartographies de la richesse minérale de mes parcelles ainsi que des potentiels de rendement. Le tout me permet de moduler en intra parcellaires les apports d’engrais N, P, K, Mg, de fongicides et de régulateurs sur des espèces comme le blé, le colza ou le lin. En blé, j’économie 80 €/ha d’intrants tout en rehaussant mon rendement moyen de 5q/ha. Dernièrement, j’ai investi dans une trémie intercalée entre le déchaumeur et le tracteur pour réaliser les apports de phosphore et de magnésium. Cet équipement me permet de pousser plus loin la modulation intra-parcellaire car je la réalise désormais très précisément sur des plages de 6 m, c’est à dire la largeur de mon déchaumeur à disques. »
 
Mais quel potentiel ? La réponse est dans l’analyse physique du sol, consistant à balayer géométriquement toute la parcelle au moyen d’un conductivimètre, confortée par des profils culturaux ciblés. Une analyse unique et définitive, qui aboutit à l’établissement de zones de potentiel intra-parcellaires où entrent en jeu la profondeur, la réserve utile etc. Ultime étape : l’application modulée via le semoir, le distributeur d’engrais ou encore le pulvérisateur, la plupart des équipements en parc étant compatibles avec cette agriculture de précision.

Une pratique non solitaire

Pas si simple tout de même ? Certes. C’est pour cette raison que la mise en oeuvre de l’agriculture de précision s’accommode mal d’une pratique en solitaire.
En France, il y a un modèle à suivre, c’est celui de l’Eure, le département le plus avancé en matière d’agriculture de précision en France, avec environ 65 000 hectares recensés. Pourquoi l’Eure ? Parce que des agriculteurs, membres du GR CETA de l’Evreucin ou adhérents de
la coopérative Cap Seine, se sont lancés dans des essais pour caractériser cette hétérogénéité avant de tester la modulation intra-parcellaire. C’était au début des années
1990 quand la première réforme de la Pac assombrissait l’avenir de l’agriculture, restreignait les marges et piquait l’orgueil des agriculteurs, déconsidérés dans leur activité de production de matières premières alimentaires.
Ce modèle, il faut l’essaimer partout en France. En grandes cultures, les agriculteurs pionniers font état d’un retour sur investissement de 30 à 60 €/ha sur la fertilisation en phosphore et potassium, de 15 à 30 €/ha sur la fertilisation azotée, de 10 à 20 €/ha sur les semences tout comme sur protection fongicide et de 10 €/ha sur le poste herbicide. En abandonnant la dose unique et uniforme, on réalise des économies d’intrants dans les zones à faible potentiel et on déplafonne le
rendement dans les zones à plus fort potentiel. L’agriculture de précision est sans conteste le levier à actionner dans les 10 ans à venir pour améliorer le bilan économique, environnemental et sociétal des exploitations et accessoirement redonner du sens au métier. C’est doublement vital.
 
BENOÎT KENNEL À BUHL (MOSELLE) : « INVESTIR 10 EUROS PAR HECTARE ET PAR AN »
« C’est ce que me coûtent les analyses de richesse minérale intra-parcellaires, qui se décomposent en 65 €/ha d’analyses et 35 €/ha de conseil sur 10 ans. Avec ça, je lève les carences, et si je rajoute 40 €/ha d’analyse de potentiel, une analyse unique et définitive, j’accède à la modulation annuelle de l’azote voire des autres intrants. Mon investissement dans l’agriculture de précision est très récent. S’agrandir ? C’est très couteux. Maîtriser le prix de vente, c’est impossible mais augmenter le tonnage, oui, grâce à l’agriculture de précision, qui fait table rase du rendement moyen et des pratiques  uniformes. Aujourd’hui, sur 270 ha, je produis 1700 t, toutes espèces confondues, avec une bonne part de colza. Mon but est d’atteindre 1800 tonnes. »
 
EMMANUEL MARTIN À SEREZ (EURE) : « AU-DELÀ DE LA TECHNOLOGIE, L’HUMAIN »
« L’agriculture de précision, c’est de l’analyse de sol, des modèles agronomiques et des outils informatiques et électroniques aboutissant à la modulation intra-parcellaire. Mais c’est aussi beaucoup d’humain. Tout seul, je ne serais pas parvenu à développer cette agriculture sur mon exploitation. Il faut partager ses réflexions et ses passions. L’agriculture de précision est aussi un moyen de donner des perspectives aux jeunes. Il faut leur faire voir qu’on est capable d’aller chercher de l’innovation. Mon arrière-grand-père avait découpé les parcelles. Le rond mauvais, il en avait fait une parcelle. Mes enfants vont poursuivre le mouvement. Ce facteur humain est également déterminant lorsque vous avez des salariés. Mettez des cartes de modulation entre leurs mains : cela les passionne et les valorise. »
 
Auteur: Raphaël Lecocq

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  • 1Commentaire
  • #1

    La technologie la plus performante qui va révolutionner l'agriculture c'est la photosynthèse, elle fonctionne depuis des millions d'années sans aucune intervention humaine et elle à la base de tous les cycles (eau, carbone, oxygène,etc ...) et même du climat ! On nous a forcé à ne pas cultiver l'été parce qu'il n'y avait pas d'eau, mais c'est exactement l'inverse : il n'y a pas d'eau parce qu'on ne cultive pas : il ne pleut pas dans les déserts ! Plus vous produirez et incorporerez de biomasse à l'hectare plus vous augmenterez la capacité des sols à produire et à retenir l'eau, donc plus augmentez le taux de matière sèche produite à l'hectare et par an moins vous mettrez d'intrants de synthèse et d'eau ! Sol nu climat foutu, des millions d’hectares secs tous les étés détruisent les sols et provoquent des canicules, un champ irrigué l'été à le même impact sur le climat qu'une foret vieille de 30 ans parce qu'il a la même consommation d'eau et la même production de photosynthèse ! La permaculture (culture permanente) permet une production maximale de photosynthèse, l'énergie du vivant, mais elle est vitale l'été ! On va entamer un été 2021 avec des réserves d'eau aussi basse qu'à la fin de l'été dernier alors que toutes les nappes étaient pleines pendant l'hiver, il faut s'attendre, comme tous les ans depuis 20 ans, à une sécheresse historique, il reste une chose à tenter, l'implantation des couverts végétaux juste après les moissons pour ne pas couper le cycle normal de l'évaporation et donc des pluies ! bon courage à tous et n'oubliez pas : Nos sécheresses sont purement artificielles, administratives, politiques et idéologiques !

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